‹ Histoire d'AllemagneChapitre 66 sur 150 · DÉPART DÉFINITIF DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

DÉPART DÉFINITIF DE FRÉDÉRIC

Jizum et eruore conspersum. » A qui ajouter foi ? à qui obéir ? L'empereur ordonnait à tous les magistrats de son royaume de faire célébrer, par tous les prélats et ecclésiastiques, le service divin sous peine de confiscation du tem— porel. Le pape interdisait à l'empereur de lever, pour la croisade, ni impôt, ni chevalier !. Celui des deux qui frapperait le plus l'opinion, l'emporterait sans doute sur l’autre. Frédéric IT eut cette habileté. La croisade était l'objet officiel du conflit. Grégoire IX prétendait empêcher Frédéric IT d'accomplir cette expédition voulue et préparée par Innocent et Honorius. Ce fut un trait de génie de la part de Frédéric de laisser là la lutte et de partir pour la croisade, afin de montrer qu’elle était sa chose, une œuvre d'empereur !

En ce moment même, de la Terre Sainte (26 mars), Frédéric recevait à Barletta des nouvelles qui l'encourageaient à espérer faire prévaloir en Orient une politique d'intérêt sinon de foi. Le comte d'Acerra, son lieutenant en Palestine, lui annonçait la nouvelle de la mort du soudan de Damas, Malek-Moadham, détenteur de la ville de Jérusalem. Celui-ci né laissait pour successeur qu’un fils en bas âge, dont l'héritage était convoité par ses deux oncles, Malek-el-Kamel, le plus âgé, soudan d'Égypte, et Malek-Aschraf, son jeune frère. Possesseurdu Nil et desesembouchures,Malek-el-Kamel était un musulman éclairé. [l avait de fréquents rapports avec les princes chrétiens de la Méditerranée et surtout avec Frédérie, auquel il avait fait offrir, déjà, l'année précédente, la cession de Jérusalem et des villes saintes, dès qu'elles seraient en son pouvoir. Il lui envoyait des présents, un éléphant, des mules, de précieux objets et des lettres ami-

4 Richard Sangerm., L. C. : Ne quis imperatori aut baiulis suis dare aliquid pro redemptione dala vel collecla presumet,

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cales !. Rien ne pouvait être plus favorable à Frédéric IL.

La croisade, l'Orient préoccupaient surtout les chrétiens dans le conflit impérial et pontifical. Laissant done là les factions et les misères, les Romains, les Lombards, les compétitions pour les évêchés et les abbayes, en homme de génie qui sait saisir l'occasion et frapper les imaginations, Frédéric IL partit pour l'Orient, dans l'espoir de revenir tout-puissant en Europe et de mettre alors tout le monde chretien à ses pieds.

Après avoir envoyé à l'avance en Terre Sainte, lemaréchal Filangieri à la tête de cinq cents chevaliers, Frédéric convoqua en avril une assemblée de son royaume à Barlelte. Il y eut sous le ciel libre grande affluence de seigneurs et même de prélats, malgré l'interdit du pape, L'empereur siégeait sur un trône élevé. Une nouvelle heureuse lui étaitarrivée : sa femme Yolande lui avait donné, à Adria, un fils du nom de Conrad. Il nomma Raynald, titulaire du duché de Spolète, son lieutenant dans son royaume, ainsi que dans la marche d'Ancône et dans les biens de la comtesse Mathilde, dont il révoqua la précédente donation faite par lui au Saint- Siège. S'il devait mourir,comme son grand-père, äla croisade, il nommait pour lui succéder à Naples son fils aîné Henri et, à son défaut, son nouveau fils Conrad, désigné bientôt dans les actes sous le nom de roi de Jérusalem, et, à leur défaut ses filles nées en légitime mariage ?. Ses droits, les droits de ses enfants, sousl'excommunication pontificale, il n'abannait rien. Tous ceux qui étaient présents juraient d'observer ses volontés et de maintenir la paix pendant son absence.

4 Voir Makrizi el Aboulfode, cités par leinaud dans la Bibliolhèque des hist. ar. des croisades, IV, 421.

% Rich, Sangerm., p. 1005 :,0mnes prelati regni Sic. convenerunt ad generale curiam Baroli.

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