‹ Histoire d'AllemagneChapitre 67 sur 150 · CROISADE DE FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

CROISADE DE FRÉDÉRIC II

Sur ces entrefaites sa femme Yolande meurt à la suite deses couches. Malgré cette circonstance, Frédéric n'abandonne pas son projet, et, après avoir chargé l'archevêque de Magdebourg, qui retournait en Allemagne, de demander encore au pape la bénédiction de son expédition et de lui offrir telle satisfaction raisonnable qu'il pourrait désirer, il met à la voile à Brindes, le 18 juin, avec cinquante navires ou vaisseaux de transport, un certain nombre de chevaliers, la plupart souabes, et même quelques Arabes de Lucera, attachés à sa fortune. C'était le coup de théâtre de la soumission et de l'obéissance. Le pape affecte d'annoncer à la chrétienté et dans ses discours, à Sienne et à Pérouse, en termes dédaigneux, que ledit empereur, dictus imperator, poussé par le diable etministre de Mahomet, s'était mis en mer avec quelques prélats et chevaliers pour aller on sait où, en faisant mine de se rendre à Jérusalem, faciem euntis in Jérusalem |; etil se prépare à l'attaquer après son départ, dans son royaume. La chrétienté n'en accompagne pas moins de ses yeux et de ses yœux le grand empereur en Orient.

Croisade do Frédéric If excommunié en Terre Sainte. — Son traité avec le Soudan, — 11 est couronné roi dans Jérusalem et interdit ; il revient en Europe imposerau papela paix de San Germano (1229-1230).

Un témoin oculaire nous raconte comme une sorte de triomphe le voyage du croisé impérial sur les côtes de la Grèce, dans la mer de l'Archipel et sur les côtes d'Asie jusqu'à Saint-Jean-d’Acre. IL touche à Corfou, à Céphalonie,

À # Br., Hist, dipl, L Ill, p, 75 à 82-98.

à Modon, à Cerigo où il se ravitaille et passe un jour et une nuit (40 et 11 juillet) sur la côte de Crète. De là, après être resté également quarante-huit heures à Rhodes, il longe la côte de Lycie, fait relâche à Patare, lieu de naissance de saint Nicolas, prend la haute mer.et, le vingt-quatrième jour de sa traversée, il aborde à Limisso en Chypre.

Un roi mineur, Henri, fils d’'Amaury de Lusignan, qui avait été investi de ce royaume par Henri VI, père de Frédéric, vient à Limisso faire hommage à l’empereur avec ses feudataires. Un seul, Jean d’Ibelin, tuteur effectif d'Henri, refuse de lui restituer le château de Baruth et s'enfuit à Nicosie. À l’approche des croisés menaçant le château de Saint- Hilarion, qu'ils appelaient Dieu d'Amour, il consent à laisser fa tutelle réelle du roi et l'administration de son revenu à l'empereur et garde Baruth, en prêtant hommage. Frédérie met des châtelains fidèles dans tous les forts de l’île et, emmenant avec lui de Famagouste, le jeune roi, Jean d’Iibelin et quelques seigneurs cypriotes, il aborde enfin (septembre) à Saint-Jean-d'Acre, la capitale de ses États d'outre -mer. Venus à sa rencontre les chefs des croisés déjà arrivés, les grands maîtres du temple et des Hospitaliers de Saint-Jean le reçoivent avec honneur et lui prêtent hommage, même le clergé qui refuse cependant à l’excommunié le baiser de paix !.

L'arrivée de l'empereur rompait de droit la trêve faite deux ans auparavant à Damiette entre les chrétiens et les musulmans. Mais Frédéric ne disposait pas de beaucoup de monde, quoiqu'il eùt envoyé à plusieurs reprises en 12%, 1227 et 1228 des renforts en Terre Sainte. A la nouvelle de

{ Voir, pour la croisade, le continuateur de Guillaume de Tyr et la Chron. sicilienne.

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sa maladie, beaucoup étaient revenus en Europe après avoir relevé les fortifications de Jaffa et de Césarée. Avec ce qu'il avait amené et ce qu'il trouva, Frédéric pouvait peut-être disposer de dix mille hommes et des huit cents chevaliers des trois ordres, s'ils se montraient d'accord, ce qui commençait à devenir rare. Mais l'excommunication que les frères franciscains et dominicains répandaient en Terre Sainte, avec la défense d'obéir à l'excommunié, jetait le trouble et le désarroi dans le cœur de beaucoup. Frédéric se crut obligé de partager le commandement des croisés entre Hermann de Salza, avec les Allemands, Filangiéri, avec les Italiens, et Otto de Montbéliard avec les gens de Jérüsalem et de Chypre ; un peu selon les nationalités. Quind il se dirigea sur Jafa, les Templiers et les Hospitaliers, jaloux des Allemand: contentèrent de le suivre à une journée de marche. Fri ic ne pouvait compter, outre les siens, que sur l'Ordre Teutonique sur terre, sur les Génois et les Pisans sur mer. Il fut convenu, pour tout concilier, que les ordres seraient donnés au nom de Dieu; et cela ne remédia à rien.

Les puissances musulmanes d'autre part, n'étaient pas plus nnies. Le jeune fils du sultan de Damas, Ennazer-Daud, était ménacé par ses deux oncles El-Kamel d'Egypte et El- Aschraf, prince de Damas en Mésopotamie. Mais il était encore assez puissant pour se défendre. El-Kamel et El- Aschraf tentaient une expédition sur les terres de Damas, quand ils apprirent la marche de Frédéric sur Jaffa. Craignant d'être coupé de l'Egypte, ils rebroussèrent chemin suivis par En-Nazer. Un instant les deux armées des Infidëles étaient à portée de Jaffa ; El-Kamel et El-Aschraf au sud, En-Nazer au nord. Si elles s'étaient réunies, elles auraient pu écraser les chrétiens.

Au fond, les deux principaux personnages, Frédéric et EI-Kamel, qui avaient déjà échangé des présents, des propositions d'accommodement, avaient plus envie de traiter que de combattre. Ils jouaient au plus fin. Frédéric sentait la difficulté de sa position de croisé anathème. Il ne pouvait espérer, avec peu de monde, faire un coup d'éclat, remporter une grande victoire, et, désavoué par le pape, il offrait peu de garanties dans ses négociations. De son côté, El-Kamel n'osait combattre, autant de peur des siens que des chré+ riens, et craignait, en restituant Jérusalem, de se discréditer auprès des musulmans. En-Nazer, qui ne voulait point en tendre parier de paix, était en meilleure situation. Frédéric était grand amateur de négociations. Il renvoya en Italie le comte Henri de Malte et l'archevêque de Bari solliciter encore son absolution de Grégoire. Puis, se logeant dans un château au-dessous d’Acre, à l'embouchure de l’ancien fleuve Belus, il dépêcha au soudan du Caire, alors à Naplouse, le comte d’Acerra et Baliau, sire de Sidon, pour traiter.

Al-Kamel connaissait parfaitement les embarras de l’empereur et les menées souterraines des agents de Grégoire 1X en Terre Sainte. Il envoie l'émir Fark-Eddin porter de nouveaux présents à Frédéric, avec une réponse dilatoire, et recule vers Gaza, sur la frontière d'Egypte pour trainer en longueur et avoir la paix à meilleur compte. De son côté, Grégoire 1X, en Europe, grâce à l'argent et aux hommes fournis par l'archevêque de Milan et ses suffragants, jette Jean de Brienne avec un sien neveu, Gautier, comme prétendant dans la Marche de Spolète. Son chapelain Pandoiphe et des moines mendiants, avec des soldats fournis par les

‘ H. Br.,t. Il, p. 83.

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