TRAITÉ AVEC LE SOUDAN DU CAIRE
Lombards, qui portaient les clefs sur l'épaule, passent le Garigliano et se jettent dans les Abbruzzes. Entre le pape et Malek-el-Kamel, Frédéric se décida plutôt à faire des concessions au musulman.
Pendant qu'il marchait sur Naplouse, il envoie de nouveaux ambassadeurs à El-Kamel pour diminuer ses prétentions. Au lieu de tout l'ancien royaume de Jérusalem, il se contentera cette fois des Lieux saints. « Il n'était point venu, disail-il, pour conquérir la terre, mais pour avoir la jouissance des saints Lieux, en quoi git la croyance et foi des chrétiens. Si le soudan voulait les lui rendre en paix, sans combat, il lui laisserait sa terre et serait son ami. Musulmanset chrétiens pourraient visiter Jérusalem, puisque c'était pour eux tous une ville sainte. » El-Kamel pouvait aisément faire le sacrifice d'une ville et de territoires qui appartenaient à son neveu, pour avoir contre celui-ci l'appui ou la neutralité des chrétiens. C'est sur ses bases qne fut conclu, le 18 février 1229, ce curieux traité, tenu secret par les deux souverains, à cause de leurs scrupules, et que nous ne connaissons que par une lettre du grand maître Hermann de Salza.
Une trêve de dix années était conclue entre les deux souverains. El-Kamel cédait à Frédéric Jérusalem avec l'église ‘du Saint-Sépulcre ; les mahométans s'y réserveraient seulement l'usage exclusif de leur culte dans le templum Domini où la mosquée de la Coupole, dans la mosquée d'Omar et la mosquée d'El-Aksa où temple de Salomon, renfermés dans la même enceinte, avec quelques vieux prêtres mahométans pour le service du culte. La cession de Bethléem et de Nazareth, lieux-saints, avec la route inter-
1 Reg. Greg, U, n“ 67, 10.
médiaire jusqu'à Saint-Jean d’Acre, celle du château de Thoron, de la ville et du port de Sidon, avee la permission de fortifier ces points ainsi que le château neuf de Montfort, qui appartenait aux Teutoniques, assurait en outre le pélerinage aux chrétiens. L'honneur de posséder Jérusalem, le Saint-Sépulcre, etlelibreaccès à la villesainte, pardesbandes de territoire qui ÿ aboutissaient en partant des côtes, étaient aux chrétiens. La cohabitation, côte à côte, des musulmans etdes chrétiens, facilitée déjà par plus d'un siècle de viecommune el souvent pacifique, était une solution heureuse. C'était plus qu'on n'avait obtenu par les armes depuis les pertes qui avaient suivi la conquête de la première croisade, moins peut-être que tout ce qu'on aurait pu obtenir, si les deuxchefs de la chrétienté, comme le fit remarquer Hermann de Salza, avaient été d'accord. Frédéric, en signant, jura de manger plutôt sa main gauche que d'enfreindre le traité. El-Kamel, en présence d’Hermann de Salza, mitsa main sur le traité et en jura l'observation, sous peine d'être exclu de la communauté de Mahomet et de reconnaître le Père, le Fils et le Saint-Esprit des chrétiens. Ce traité était une nouveauté. Deux souverains de deux r8ligions différentes faisaient une convention toute politique, sans recourir aux autorliés religieuses dont leur conscience dépendait. L'empereur trailait le pape de Rome, dans une question religieuse, comme le soudan traitait le calife de Bagdad. Ils s'émancipaient également de leurs chefsreligieux respectifs réduits en même temps, par une coïncidence singulière, au même rôle. Les auteurs arabes constatent qu'il y eut mécontentement dans le monde mahométan, où l'onre-
4 Huill, Breb., Hist. dipl, LU, p. 86, 93, 104, Perte, Mon. G- le: ges, 272.