TOUTE-PUISSANCE D'INNOCENT III DANS LA CHRÉTIENTÉ
les partisans de Philippe!. Point de pallium pour les archevèques ou évêques qui ne jurent pas fidélité au candidat du pape2. Voici le serment dicté par Innocent : Profiteor me teneri ad obediendum absolute etiam super negotio Romani imperii mandatis domini papæ3. S'il y a compétition, celui-là l'emporte qui jure d'obéir absolument (absolute) aux ordres du pape sur l'affaire de l'empire. C'est ce qui se passe à Mersebourg, Augsbourg, Bamberg, Passau, Aquilée. Philippe garde encore à peu près pour lui la moitié de l'Allemagne laïque ; mais Otton commence, à l'exception des archevêques de Magdebourg et de Salzbourg, à avoir pour lui presque toute l'Allemagne ecclésiastique. A Sæst, oùse réunissent un certain nombre de ses partisans, il se vante d'aller bientôt relancer son adversaire dans son domaine de Souabe, et le pape lui écrit d'achever sans retard ce qu'il avait commencé, guod bene cœpistis, compleatis, Là était la difficulté.
Cette Église allemande, gagnée par les faveurs ou effrayée parles menaces d'Innocent IF, ne pouvait être d'un grand secours à Otton. Il y avait d’ailleurs dans le clergé même des résistances dignes de faire réfléchir le pape, L'évêque de Halberstadt, qui avait passé trois ans en Terre Sainte pour échapper à ces luttes, répondait aux sollicitalions d'Innocent en faveur d'Otton, qu'il aïmait mieux être désobéïssant que traître. En tout cas, déconsidérée par son avidité où sa limidité, allant de l'un à l'autre, l'Église allemande tenait plutôt, entre les deux compétiteurs, entre
# Gerlne. Milov., p. 709 : nn. partem luebatur Oltonis in tantum ut episcopos sibi faventes faveret et contradicentes opprimereL.
2% Arn. Chron., VI, 2 : Apostolicus archiepiscopum nullum pallio Anduebat, nisi Oltonem omni fidelitate honoraret.
2 Registr. de neg. imp., 106, 108,
l'Église et l'État, une conduite ambiguë. Beaucoup de ses évêques, négligeant le commandement du pape, reglecto mandato apostolico, dit la chronique d'Arnold de Lubeck, « tergiversaient, ferginersabant. Après s'être mis en règle avec le pape, ils venaient tendre la main à la cour de Philippe ou correspondaient avec lui. Ce n'étaient pas seulement les princes séculiers, mais les prélats qui, entre l'argent et l'amour ou la crainte », dit César d'Heisterbach, passaient de l'un à l'autre, nune uni nune alteri juraverunt. Quelques-uns, parmi eux, signaient leurs actes avec impartialité regno Ottonis et Philippi. « Sous le règne d'Otton et de Philippe, » et d'autres: duobus regibus electis in imperio Romano, neutro vero stabilito: « deux rois ayant été élus dans l'empire romain, ni l’un ni l'autre n'étant encore affermi. »
Philippe de Souabe d'ailleurs avait pour lui, dans les biens de l'empire et dans ses vastes domaines de Souabe et de Franconie, des vassaux, des serviteurs armés (ministeriales) qu'Olton n'avait pas dans ses domaines recouvrés de Saxe. Au milieu de l'année 1204, il entre à la tête de ses partisans dans la Saxe où les Ottoniens étaient maîtres et rencontre en chemin, vers Wolfenbuttel, le comte palatin Henri. On s'attendait à une bataille. Philippe aime mieux lulter de promesses, de faveurs, et d'argent avec le pape. La moralité baissant, l'Allemagne était au plus offrant. Le comte palatin n'était pas satisfait que son royal frère Olton ne voulût point lui céder la plus forte place de l'héritage d'Henri le Lion, Brunswick, et il n'était pas sûr d'obtenir le comté de Stade de l'archevêque de Brême, qui en appelait à Rome. Philippe vainqueur lui laisserait-il même le Palatinat ? Le chef de la maison de Sonabe, devinant touf, offre au frère du chef de la maison de Welf la garantie du