TRAITÉ AVEC LE SOUDAN DU CAIRE ENT
des Sarrasins ? Nous ne voulons pas dire par là, ajoute Hermann, que cet état de choses plaise au seigneur empereur, et que celui-ci n'aurait pas été bien aise de faire mieux, s’il avait pu. Mais, Dieu le sait, il n'a pu parvenir autrement à la conclusion de la paix. » Le bon sens et la sagesse parlaient sans doute par la bouche d'Hermann de Salza, un des premiers politiques de son temps.
En dépit de ce qu'on pouvait penser, quand Jérusalem eut &1é évacuée par les Sarrasius, Frédéric y fit sa solennelle entrée pour y prendre la couronne. Désireux de voir le patriarche s'y montrer avec lui, il le lui fit demander par Hermann de Salza, qui lui communiqua le traité, dans l'espoir de le rassurer, Gerold resta fidèle à son rôle de prêtre et à la direction pontificale. Il ne voulut point couvrir de sa présence ce qu'il regardait comme une convention du Christ avec Bélial, conventionem Christi ad Belial, comme un crime insensé, énsanum scelus. L'empereur passa outre. Suivi d’une bonne armée italienne et allemande, joyeuse ét fière de lui, il partit de Jafla et, le 17 mars 1299, il prit possession de Jérusalem que lui livra le cadi Schems-Eddin ætilrendit sa visite au Saint-Sépulcre. Ses amis les plus zélés voulaient qu'il y fît célébrer la messe. Sur le conseil d'Hermann de Salza, toujours sage, il s'en abstint; mais, dans ses babits d'empereur, il se dirigea vers l'autel, y prit, comme c'était la coutume à Jérusalem, une couronne qu'il y avait fait déposer, et, en présence des archevèques de Palerme, de Capoue et de beaucoup de barons, il la posa sur sa tête. Hermann de Salza lut alors, en latin et en allemand, une déclaration daus laquelle Frédéric, après avoir rappelé tous les faits antérieurs à la croisade, excusait le pape qui, après l'avoir obligé à s'embarquer, l'avéiL énsuilé excom-
munié pour éviter les reproches dela chrélienté silexpri mait Towz V. © 46
la certitude que celui-ci ne lui eût pas créé les obstacles qui avaient retardé et amoindri le succès de la croisade, s'il avait pu connaître ses intentions comme il les connaissait maintenanl; etilse disait prêt à faire tout ce quiserait conforme à l'honneur de l'Église et à celui de l'empire : « à réparerles griefs dont la papauté pouvait avoir à se plaindre et à montrer à tous que si Dieu l'avait exalté, il était prêt à s'humilier, à causé de lui, devant son représentant sur la terre, » Habile déclaration, quin'empêchait pas le lendemain l'évêque de Césarée, au nom du patriarche, de mettre l'interdit sur le Saint-Sépulcre!
Par une rencontre, sinon fortuite au moins extraordinaire, au moment où il ceignait la couronne de Jérusalem, Frédéric était en danger de perdre celles de Sicile et d'Allemagne. Le jour même de son’couronnement, à Jérusalem, le grand justiliaire du roi de Naples et de Sicile était dttaqué par les porte-clefs du pape (Clavigeri), sous la conduite du chapelain Pandolphe, près du Mont-Cassin, et défait. San-Germano et le Mont-Cassin tombaient en leur pouvoir, et toute la terre de Labour jusqu'à Bénévent. Les conséquences de cette défaite pouvaient être graves. Dans la Marche, le duc de Spolète, Raynald, attaqué par Jean de Brienne et Jean Colonna, repassait la frontière; les Abbruzzes, la Capitanate, l'Apulie tombaient aux mains des bandes que conduisaient les moines mendiants; les barons, à peine soumis, relevaient la Lête au nom du pape. Dans peu de temps, la Basilicate et la Calabre et quelques autres places allaient être les seules où flotterait le drapeau de Frédéric. En Sicile même, le comte de Lentini donnait bientôt le signal de la défection.
En Allemagne, au même moment, muni des instructions de Grégoire IX; le cardinal Otto de Saint-Nicolas, en-