LE PAPE ATTAQUE FRÉDÉRIG EN ITALIE
voyé sous prétexte de réformer les couvents, en effet assez corrompus, poussait à la défection Louis de Bavière, dont la fidélité à l'empereur était chancelante (elaudicabat), et excitait l'ambition impériale du dernier héritier des Welfen, Otton de Lunebourg, récemment remis en liberté !. Un, certain nombre d'archevêques, d'évèques ét de barons ne répugnaient pas à le proclamer (in hoc assensientibus), Le roi d'Angleterre était prêt à l'appuyer de son crédit, Le roi Henri se contentuit de réunir une diète à Haguenau, où l'abbé de Saint-Gall dénonçait le légat du pape et le duc de Bavière, pour déjouer leurs projets. Le nouveau roi de Jérusalem était donc forcément rappelé en Europe, Frédéric ordonna de fortifier Jérusalem ; il s'apprêla à reprendre le chemin de Saint-Jean-d'Acre2?, où la flotte sicilienne dut se rassembler. Sous prétexte que la trêve était nulle etnon avenue, le patriarche de Jérusalem essaya de retenir une partie des croisés, en les soldant sur les fonds laissés par Philippe-Auguste. Frédéric défendit de soudoyer des troupes dans son royaume, sans sa permission. « Pour l'ordre d'un banni, dit le patriarche, je ne mettrai point mon âme en péril. » Frédéric réunit alors les principaux chevaliers et pélerins, accusa le patriarche, les grands maîtres du Temple et des Hospitaliers de lui faire la guerre ?, mit des machines de guerre à toutes les portes de Jérusalem, pour en defendre l'accès aux Templiers, menaça de bloquer dans leurs palais ou leurs maisons le patriarche
1 Voir Ann. Sehefll., p. 338. Ann. col, Maæ., p. 81 : Olto card. mältitur… expelere Oltonis duei de Lunembg.
3 Chron, Sie.: Mense aprilis reveraus est in Acconensem civitatem ubi audivit quod exeroitus papalis usque Capuam lotam terram occupaveral.
3 Hich. Sang. : Contra ipsum intestina bella moverant.
et les chevaliers des ordres ennemis, et fit battre de verges quelques prêtres qui prêchaient en chaire contre lui.
En guerre avec l'Église et dur pour les chrétiens, Frédéric entretenait les meilleurs rapports avec « son cher ami » le sondan El-Kamel. Pour lâcher de rendre la paix durable, il lui envoyait des balistes mises en réserve pour la défense de Ptolémaïs. Avec une curiosité et une liberté d'esprit dont on ne saurait s'étonner de la part d'un souverain élevé en Sieile, il prenait même plaisir À écouter dans les mosquées le chant des muezzins, à se meltre au courant des rites et des mœurs des Arabes. Aussi, peu jaloux des rites chré tiens, il conférait sans scrupule l'ordre de la chevalerie à t'émir Fark Eddin, négociateur du traité, comme un honneur. Jeune et homme de plaisir, ce chrétien, qui avait oublié Yolande pour une jeune Syrienne, que celle-ci avait amenée dans son palais d’Acre, ne se faisait faute de faire danser devant lui, à sa cour, de jeunes chrétiennes et des almées. Auteurs arabes! et chrétiens, d'accord en cela, exagèrent peut-être même sa conduite. Les chrétiens assurent qu'il se plaisait à imiter les mœurs musulmanes; les Arabes prétendent qu'il étalait devant eux son incrédulité etjusqu’à sa servilité envers le soudan, dont il « se déclarait, avec les chrétiens, l'obligé, puisque lui el eux tenaient de lui la restitution de leurs églises. » Au moïns, si les égards et les ménagements que les deux souverains apportaient dans leurs rapports n'étaient pas toujours bien pris par leurs coréligionnaires, ils recommandent leur libéralité d'esprit. El-Kamel avait fait dire au cadi de Jérusalem d'ordonner au muezzin de n’y point annoncer la prière tant que l'empereur serait là : — « Vous
+ Amori. Bibliolh. arab. sicul., p. 115, 116. Raïnand, loc. cit,