RETOUR DE FRÉDÉRIC EN EUROPE
avez eu tort, lui aurait dit Frédéric, de ne point suivre vos lois et coutumes. Si vous veniez dans mon pays, je ne pourrais vous en garantir autant. »
En Europe, ou appréciait différemment aussi la conduite de Frédéric, selon qu'on tenait pour le pape ou pour l'em® pereur. Un sentiment parut dominer cependant : celui du regret exprimé par Hermann de Salza, que l'excommunication et l'hostilité de Grégoire IX eussentempêché pent-être le recouvrement de tout le royaume de Jérusalem. « Ç'a êté ua lort fait aux chrétiens, disent les annales de Worms, , jusqu'au jour du jugement dernier. » — « Seigneur Dieu, s'écriait le poète allemand Freïdank, où pourra-t-on célébrer tes louanges, si la ville où Jésus a élé martyrisé et enseveli estinterdite. » En Ilalie même, un maître Marquardyide Padoue, compare presque Frédéric au Christ !. Ce sentiment, sans aucun doute, travailla en faveur de l'empereur, quand le-10 juin 1229, après avoir laissé le royaume à gouverner au Bali de Sidon, et réglé les affaires du royaume de Chypre, précédant les croisés auxquels il avait donné l'ordre de revenir, il aborda, avec deux vaisseaux, au château d'Ascone, dans la Pouille.
Rarement la présence d'un homme, revenant de loin dans ses étatstroublés, produisit un aussi étonnant effet. Fidèle à ses habitudes de déférence extérieure, Frédéric envoya de suite deux chevaliers de l'Ordre Teutonique offrir desa part des explications au pape pour rentrer en grâçe. Sous l'impression des lettres du partriarche Gerold, Grégoire IX repoussatoutaccommodement et crut devoir instituer les rois etlesprinces chrétiens juges de sa querelle. Dans deslettres virulentes, adressées (18 juillet) au roi de France, au duc
4 Monum. Germaniæ, xvir, 38, — Wilk., G. der Kr., VI, 508-510.
d'Autriche, au roi d'Espagne, il dénonca « la trahison de l’empereur envers la chrétienté », et il demanda aux évêques de France, aux rois de Portugal, d'Angleterre, àtout le monde, de se lever en sa faveur « contre l'impie ». Mais les princes
“que le pape invoquait étaient loin. La seule nouvelle de l'arrivée de Frédéric dissipa comme de la poussière ceux qui occupaient déjà une partie du royaume de Naples. Jean de Brienne, le cardinal Colonna se pelotonnèrent pour battre en retraite; les Lombards, qui, selon leurs promesses à Grégoire IX, s'étaient mis en roule pour aller à son secours, se dispersèrent. Frédéric unit les chevaliers teutons, les croisés allemands, quiarrivaient de Terre Sainte, aux Napolitains ses partisans et aux Sarrasins de Lucera que lui amenaient Raynald de Spolète. A la tête de cette singulière armée, ilpart, le 31 août, de Barletta, traverse les montagnes par Ja route de Foggia à Avellino, apparaît, 8 septembre, devant Capoue, voit fuir devant lui, sous le cardinal Pélagius, l'armée des porte-clefs, et les poursuit l'épée dans les reinsjusqu’à San- Germano. En un instant, il redevient maître de sonroyaume, moins le Mont-Cassin et Gaële. La ville de Sora miseren cendre, Foggia et d'autres villes condamnées à perdre leurs murailles, payent leur révolte. 11 n'en fallait pas davantage pour ébranler au nord de l'Italie la ligue Lombarde. Six villes firent défection.
Même effet en Allemagne. Le duc de Lunebourg, dont on on avait voulu faire un prétendant, déclare qu'il ne voulait pas mourir comme Olton IV. Le roi Henri met à feu et à sang le territoire de la Bavière. Le duc Louis demande la paix et donne des otages. Devant le roi Henri vainqueur, le cardinal Otto de Saint-Nicolas, agent de Grégoire IX, se rend en Alsace, à Strasbourg, appelé par l'évêque et les habitants en guerre avec le roi des Romains. Mais le fils de Frédéric