PAIX DE SAN-GERMANO AVEC LE PAPE
coup pour la paix, arrivée quelques jours après, parut un instant tout compromettre, quoique les Impériaux eussent évacuë ce qu'ils occupaient encore dans les Marches d'Ancône et de Spolète. Quand Frédéric arriva en effet à Ceperano, le S août, pour y recevoir l'absolution, les cardinaux ap-, portaientune nouvelle liste d’exigences. Ils ne demandaient rien moins que l'affranchissement de tout impôt et de toute juridiction civile et la liberté des élections, pour le elergé sicilien, etdes immunitès parliculières pour quelques-uns des partisans du pape. Frédérie débattitencore cesexigences et ne cèda qu'avec des restrictions : la liberté des êlections fut soumise à l'approbation du roi comme à celle du pape ; l'exemption d'impôts du clergé ne fut accordée que sauf les droits particuliers du roi. Mais, quand il eut concédé au clergé l'exemption de la juridiction laïque à laquelle il tenait particulièrement, tout fut terminé. Le 29 août, à Ceperano même, les excommunicalions et interdits lançés contre Frédéric furent retirés solennellement !, en présence des négocialeurs, par les cardinaux, dans l’église de Santa- Justa. Les cloches mises en branle annoneërent que la paix tait faite aux soldats de l'empereur en armes dans la ville.
Au cours des négociations, les pontificauxavaient demandé que les vœux et promesses de l'empereur pour la croisade fussent considérés comme existant encore dans leur intégrité(omnibus cautionibus in sua integritatemanentibus), afin que l'empereur y satisfit encore de la façon dont l'Église l'avait voulu. C’était considérer comme nulle et non avenue, aux yeux de l'Église, l'expédition de Frédéric en Palestine et tout remettre en question. Mais ils n'insistèrent
# Mon. Germ. leges, U, 273, 74. Rich, Sangerm., p. 1016-1023, ad annum 1230.
point et on n'en parla plus. Le silence sur ce point capital constatait la victoire de Frédéric. Sans doute, ilcédait beaucoup. Il évaeuait le territoire pontifical; il faisait des concessions à l'Eglise dans son royaume. Mais son absolution même et la reconnaissance tacite de l'accomplissement de son vœu, attestaient son indépendance impériale, son droit de souverain, exercé malgré le pape, à faire une croisade, quand et comme il avait voulu, et à prendre et à garder la couronne de Jérusalem.
Ce qui se passa en Terre-Sainte en est la preuve. Sous le gouvernement du sire de Sidon l'autorité de l'empereur s'y affermit. Malek Aschraf, devenu prince de Damas, à la tin de l'année 1229. ne réclama point contre le traité fait entre Frédéric et El-Kamel. Les Templiers, auxquels on restitua ce qu'on leur avait pris, renoncèrent aux droits qu'ils réclamaient sur les villes de Tyr et de Sidon. Les barons de Jérusalem, assemblés, déclarèrent, à l'occasion de la revendication de la couronne par la mère du roi de Chypre, qu'ils ne reconnaissaient d'autre souverain que le fils de Frédéric et d'Yolande de Brienne, Conrad, pour lequel ils avaient prêté hommage à l’empereur; et ils le firent savoir à celui-ci, par une ambassade à Foggia. Enfin, la paix de Ceperano conclue, le patriarche de Jérusalem, sur l'ordre du pape, admit et ratifia letraité de 1229, qu'il avait si amèrement blâmé, et leva l'interdit jeté sur le Saint-Sépulcre, en présence des patriarches d'Antioche et d'Aquilée.
La chrétienté put croire à la réconciliation complète du pape et de l'empereur. Le er septembre 1230, Frédéric alla trouver à Anagni le pape Grégoire, dans sa ville natale. Celui-ci reçut l'empereur comme son « cher fils, » entouré de ses cardinaux et des premiers personnages de la ville. Il Jui donna le baiser de paix. Ils prirent un repas ensemble,