SUCGÈS DE PHILIPPE DE SOUABE
Palatinat, le bailliage de Goslar et de l'argent! : ce fut assez. Henri de Welf, passant du côté de Philippe, abandonna son frère Otton qui se réfugia dans Brunswick.
Cette défection entraîna dans la contrée tous ceux qui hésitaient ou qui étaient indifférents. De Saxe, Philipp e se présenta en Thuringe devant Weissensee où était le landgrave-poèle Hermann. L'archevèque de Magdebourg, le duc de Saxe et le margrave de Misnie, les Anhaltet les Wetten vinrent se joindre à lui avec leurs hommes (juillet). Olton n'osail chercher à délivrer la place assiégée, quand Ottokar de Bohème, descendant du Fichtelberg avec ses hordes, arriva à travers la vallée de la Saale (septembre), par Orlamunde à Langenwiesen, une longue prairie faite pour une bataille. 11 n'y en eut pas davantage. Otlon voyant le nombre et la bonne ordonuance des troupes de Philippe, fit allumer le soir des feux plus nombreux encore que de coutume, et s'échappa avec les siens sans bruit ni butin. Quelques jours après, le landgrave-poète, Hermann de Thuringe, abandonné, changea encore une fois de parti. AL préla serment à Philippe ; et, bientôt, après la mort du roi de Hongrie, Emmerich, le frère et successeur de celuici, André, sorti de prison, promit pour gage de sa fidélité à celui que favorisait alors la fortune, des otages et sept mille livres d'argent. Philippe n'avait plus qu'à relancer Otton dans la partie nord-ouest de l'empire.
Lè, la puissance de celui-ci baissait aussi. La mort du comte de Hollande, son partisan, ls guerre du frère de celui-ci, comte de la Frise orientale, contre ses compétiteurs, occupaient toute l'attention du pays. Parmi les autres
! Contin. Weingart., p. 430. Hominia præslito quædam beneficia cum palatio recepat.
soutiens d’Otton 1V, l'archevêque de Cologne, Adolphe de Berg, auteur de sa fortune, menacé en Westphalie, et le duc de Brabant Henri, son ami, avaient donné déjà des inquiétudes à Innocent. Philippe n'épargna les promesses ni à l'un ni à l’autre. A Henri de Brabant il demanda sa fille, fiancée déjà à Otton, pour son neveu Frédéric. La ville de Cologne, la première de l’Allemagne, retenue dans le parti d'Otton par les intérêts qu’elle avait en Angleterre, où Jean était toujours l’allié de celui-ci, empêchait l'archevêque de faire sa défection. Elle s’entourait de fortes murailles et de profonds fossés 1. « Est-ce que la mère peut oublier son fils, celui qu'elle a créé, qu'elle a nourri ? » écrivit Innocent aux bourgeois; etil menaçait de sa colère l’archevêque Adolphe de Berg et Henri de Brabant. Rieu n'y fit.
L'archevêque Adolphe eut, à la fin de l’année, à Andernach, une entrevue avec les évêques de Trèves, de Spire et de Constance, et il y traita de sa défection et de celle du duc de Brabant. Pour sa part, il reçut (car il était fort en detté), 5.000 marcs d'argent et la garantie de ses droits de duc en Wesphalie. « Corrompu par l'argent, » s'écria Innocent Ill avec douleur, « il a trahi effrontément son maître? ! » Le duc de Brabant eut la ville de Duisbourg, engagée pour 1.500 marcs, Maestricht, l’abbaye de Nivelle et maintes autres promesses. Les deux défectionnaires prêtèrent le 11 novembre, à Coblentz3, serment de fidélité entre les mains de Philippe, ainsi que le comte de Juliers et tous
1 Mon. Germ. Ss. Ann. S. Gereon : Inceperunt cives colonienses <dificare murum super vallum.
3 Registr. de neg. imp., 116 : Corruptus pecunia, dominum suum temerarius prodidil.
8 Ann. col. max. : Coloniensis cum duee Brabantiæ confluentiam venit et Philippo juramentum fidelitatis cum duce fecit.