‹ Histoire d'AllemagneChapitre 81 sur 150 · CONRAD DE MARBOURG · texte numérisé non relu

CONRAD DE MARBOURG

faible et récemment humilié, il y avait guerre partout, entre le duc de Bohême et le duc d'Autriche, entre l'archevêque de Mayence et le duc de Thuringe, entre les évêques de Ratisbonne et de Wurtzbourg. Henri ne s'en souciait; s’il prenait parti, c'était moins par esprit de justice que pour contrecarrer son père. Dans l'impuissance du pouvoir impérial, cette fièvre mystique qui suscitait, tantôt dans l'Église, tantôt en dehors, ici les Vaudois et les Albigeois, là les Franciscains et les Dominicains, vient se greffer aussi sur l’anarchie endémique de l'Allemagne.

Maître Conrad de Marbourg, natif de la Hesse, appartenait à l'ordre des Franciscains, répandu récemment avec profusion en Allemagne avec celui des Dominicains, pour réformer l'Église et réprimer l'hérésie. Il se donne la mission de faire exécuter les lois de sang édictées par l'Église, qui le regardait comme un fervent zélateur de la foi orlhodoxe Jervens selator fidei arthodoxæ, et sanctionnées par l’empereur. Il reçoit du pape Grégoire IX l'autorisalion de s’adjoindre des aides pris dans le peuple pour inspecter les couvents, scruter les consciences laïques et poursuivre son œuvre. Il cherche bien parfois, comme frère Jean de Vicence, à établir la paix. Il réconcilie, en 1232, l'archevêque de Mayence, le landgrave de Thuringe et l'évêque de Worms,qui étaient en guerre ; et le pape confirme celte paix. Mais la prédication pour la croisade et la chasse aux hérétiques sont surtout son affaire. « Il faisuit, dit le pape, de sa trompette tomber les murailles de Jéricho. »

Les hautes autorités ecclésiastiques de l'Allemagne, archevéques et évêques, ne voyaient pas avec un même plaisir celte immixtion des nouveaux ordres des frères mineurs et

4 Honke, Conrad von Marbourg, 1861.

souvent de laïques sans mandats, qui nullum habebant mandatum, dans les affaires de la religion. Mais le peuple était d'autant plus disposé à se jeter à la suite contre les hérétiques. Et c'est ainsi que, selon les Annales de Cologne « chose à répandre la stupeur, cette sorte d'incendie com mença à dévorer un grand nombre d'hommes, ignis contra genus mortalium inoaluit. Pour cause d'hérésies vraies où suppusées, beaucoup de nobles etnon nobles, de clercs, de moines, de religieuses, de bourgeois, de paysans sont condamnés par sentences sommaires au supplice du feu {. » Le suspect est amené devant un tribunal improvisé de frères mineurs et de laïques; il est condamné sans défenseur et sans appel. Comme les nouvelles lois accordaient les biens des hérétiques à leurs héritiers, aux dénonciateurs, aux juges, la cupidité pousse aux exécutions. Conrad de Marbourg fait même leur part dans les villes aux évêques et au roi des Romains, comme dans les campagnes aux petites gens, après avoir prélevé le coût du supplice. Ainsi, des villes, des châteaux, des chaumières sont mises au pil= lage; la terreur règne pendant quelque temps sur tous les bords du Rhin et dans la basse Allemagne.

La politique aussi bien que les passions privées exploîte celte fureur fanatique. Ce fut la cause justement alors de la ruine (1233-34) de ces paysans libres de la Frise orientale qui, sous le nom de Stédinges, habitaient à l'ouest du Weser, la côle où est maintenant le golfe de Iahde. A l'abri de mas rais, qui protégeaient leur liberté, ils avaient longtemps bravé les comtes d'Oldenbourg et l'évêque de Brême, lorsque l'archevêque de Brême, Gérard, les condamne comme héré=

4 Ann. col, Ma: 843 : Jgnis supplicio per diversa Teutoniæ doca, si fas est dici, nimis precipili sentenlia sunt addict,

CONRAD DE MABBOURG (1233) ” 277

tiques pervers, parce qu'ils avaient chez eux peu d'églises, possédaient des esclaves, se faisaient dire des sorts par de vieilles femmes et surtout ne payaient point la dîme; et il obtient de Grégoire IX que les évêques de Minden, Lubeck et Ralzbourg prêchent contre eux. Ces malheureux débris de l'ancienne barbarie germaine se défendirent avec rage derrière leurs digues pendant deux ans contre l'attaque de ces nouveaux croisés du Nord; et il fallut que la venue du duc de Brabant, des comtes de Hollande, de Clèves et d’Oldenbourg, à la tête de 40,000 hommes vinssent percer les digues, pénétrer au milieu d'eux, les broyer sous les pieds de leurs chevaux et détruire tout le pays.

Le fanatisme n’a qu'un temps. Conrad de Marbourg luimême, pendant si longtemps populaire et redouté sur les bords du Rhin, l'éprouva. Les plus hauts personnages, un comte d'Arnsbourg et un comte de Sayn, n'étaient point à l'abri de ses attaques ; l'archevêque Siegfrid TI de Mayence les prit sous sa protection et les fit déclarer purs d'hérésie par un concile provincial. Furieux, Conrad et ses acolytes s'en prennent à l'archevêque, à ses collègues de Cologne et de Trèves, qu'ils veulent traiter en hérétiques, volentes ipsos trahere hæreticos. Ceux-ci en appellent au pape pour délivrer l'Allemagne de cette engeance. Conrad se met à prêcher la croisade contre eux. L'anarchie, et l'anarchie religieuse ! était au comble quand le fanatique, se dirigeant vers Marbourg, son pays natal, fut assailli et massacré avec quelques frères mineurs ses acolytes, le 30 juillet.

Telles avaient été, au midi et au nord des Alpes, les conséquences, Sous Grégoire IX et sous Frédéric 11, de la confusion toujours dangereuse, en tous temps, de la religion et de la politique dans les affaires humaines.

Grande diète de Mayence de 1235. — Révolte et répression du roi Henri. — Mariages de Frédéric IT avec Isabelle. — Constitution de Mayence. — Ruine de l’ancien régime impérial : principautés et villes. — Grandeur apparente et faiblesse de l'empire. — Lettres et arts.

L'année 1235, qui partage à peu près par moitié la durée du règne de l’empereur d'Allemagne, Frédéric II, est celle où le célèbre souverain s’est montré le plus puissant. Vainqueur du pape Grégoire IX, son rival, dont il tient alors presque le pouvoir à sa discrétion ; en paix, pour le mo-, ment au moins, avec les villes Lombardes ; maître du reste de l'Italie, du royaume de Bourgogne, de Jérusalem, il dompte, en Allemagne, la rébellion de son tils Henri qu'il avait fait roi ; il tient, à Mayence, sur les bords du Rhin, dont il possède tout le cours, une diète des princes et prélats allemands ; il y reçoit la visite des ambassadeurs de princes chrétiens et infidèles de l’Europe, de l'Afrique et de l'Asie. Sa réputation efface celle de tous les princes chrétiens ; les souverains mahométans lui font la cour. Cependant, c'est la dernière fois qu'il mettra ainsi victorieusement le pied en Allemagne ; car il est à la veille de cette dernière et tragique lutte contre la papauté et contre les Lombards où il trouvera sa perte et entraînera avec lui la chute de cet empire du moyen âge que ses prédécesseurs avaient transmis entre ses mains.

La révolte, au norddes Alpes, du roi des Romains, Henri, contre son père l'empereur, n'était qu'un des épisodes, assez ordinaires, de l’histoire de ces dynasties allemandes, où l'étrange combinaison de l'élection et de l’hérédité, dans la transmission de la couronne impériale, rendait la

puissance si grande et en même temps si précaire. Mais cette révolte prenait cette fois, des circonstances où elle naissait, un caractère plus redoutable qu'à l'ordinaire. Chargé, avec le titre de roi des Romains, de gouverner l'Allemagne, par son père, qui préférait résider en Italie pour y administrer son royaume de Naples et de Sicile, y surveiller le Saint-Siège, dont il était jaloux, et y préparer la soumission des villes lombardes qu'il détestait, le jeune roi Henri, sans s'apercevoir qu'il désorganisait luimême le royaume dont l'administration lui avait été confiée, croyait trouver dans les embarras de l’empereur l'occasion de sortir de tutelle et d'augmenter son autorité, Frédéric IT, qui avait accepté d'abord l'arbitrage du pape Grégoire IX dans sa quérelle contre les Lombards, repoussait alors le jugement peu favorable à l'autorité impériale que celui-ci avait rendu à ce sujet. Ce jugement penchaît trop du côté de l'indépendance municipale des villes italiennes. Pourquoi d'ailleurs, disait Frédéric, au lieu d'énumérer les villes avec lesquelles il avait conflit, le pape s'était-il servi du nom abhorré de ligue lombarde, comme s'il reconnaissail cette associalion maudite : « Si la senlence du pape, » ajoutait-il, « élait rendue publique, les rois et les princes, avertis par un tel exemple, ne se soumettraient plus à l'arbitrage de, l'Église. » Quoi de plus propre que cette mésintelligence entre le pape et l'empereur à encourager le fils de Frédéric Il contre son père ! Le jeune Henri, pour donner une valeur politique à son opposition, persistait à favoriser chez lui les villes que son père poursuivait en Italie. Ainsi, forcé par celui-ci de réconcilier la ville impériale de Worms avec son évêque, il protégeait les puissantés cités de Strasbourg et de Metz contre leurs prélats. Une grande fermentation religieuse

suscilée par les exécutions du fanatique inquisiteur Conrad de Marbourg et encore plus par sa mort tragique, amenée par ses excès mêmes, régnait en Allemagne, et il eût fallu tout faire pour l'apaiser. Au lieu de cela, Henri se plaisail à irriter les dissentiments politiques qui ne manquaient jamais à.celte époque. Sous prétexte de réprimerle brigandage qui existait un peu partout dans le royaume, il sévissait de préférence en Souabe contre les vassaux particuliers de son père el il prenait leurs châteaux. Chose plus grave ! il s'entendait avec son beau-frère le duc d'Autriche, toujours remuant sous la main de l'empereur, pour envahir avec lui les terres du duc de Bavière, Olton, bien plus fidèle, fils de celui qui avait été poignardé, disail-on, par un en= voyé du vieux de la montagne, chef de l’ordre des Assassins, el il lui arrachait son fils comme otage, pour s'assurer de lui, Enfin, ilse retournait contre le margrave de Bade, féal serviteur de son père, et il lui prenait aussi son fils comme gage de sa fidélité.

. Il n'y avait guère à se méprendre à ces signes. Le jeune roi préparait une révolte. Peut-être s'entendait-il sous main avec le pape Grégoire IX et les Lombards rebelles. Frédéric II au moins pouvait le craindre. [l prend ses mesures. Ordonnant à son fils de relâcher les otages qu'il s'était fait livrer, il lui rappelle ses promesses autrefois faites à Aquilée, entre autres celle d'éloigner de lui les mauvais conseillers; et il convoque une diète à Franefort, en février 1234, pour que son fils rélablisse Ja paix religieuse et politique troublée,

Cette diète dévoile bien l'anarchie de l'Allemagne. Les uns, comme l'évêque de Ratishbonne, y veulent continuer à poursuivre les hérétiques, contre lesquels ils prêchaient encore la croisade, et particulièrement les comtes de

Solms et de Sayn, et ils demandent en outre la mort des meurtriers de Conrad de Marbourg, leur ancieu chef. … Les autres, comme l'archevêque de Mayence et les princes daïques, cherchent à tout prix à conjurer la guerre. Le pape avait prétendu d'abord venger par un redoublement de fanatisme la mort de l'inquisiteur Conrad. Mais Frédéric, celte fois abandonne, au moins en Allemagne, les idées qui lui étaient alors favorites, de persécution religieuse; et il obtient du pape qu'il recommande aux auloritès ecclésiastiques d'observer au moins, en ce qui touchail l'hérésie, les anciens statuts !. La discussion fut fort orageuse dans la diète. Un prélat s'écrie que l'inquisiteur Conrad de Marbourg méritait lui-même d'être déterré et brûlé comme un hérélique. Le roi Henri hésitait, cherchait quel parti il pourrailtirerde l'affaire et, en tous cas, avec les princes laïques, il laissait la responsabilité de la décision aux prélats, Enfin il présida, le 6 février 1234, le tribunal public devant Fraucfort. Le comte de Sayn et quelques autres, qui avaient été accusés par Conrad de Marbourg, se purgèrent du crime d'hérésie. Une paix publique y fut proclamée ; les hérétiques furent renvoyés devant les tribunaux des évêques ; et lesviolateursde la paix publique, voleursde grands chemins et pillards de maisons, devant les tribunaux civils, avec menaces de fortes amendes et du ban de l'empire.

Les événements qui se passèrent à Rome, justement en 4234, avaient rapproché et rapprochèrent encore pour quelque temps le pape et l'empereur. Le peuple de Rome, sous le sénateur Lucas Savelli, faisait alors la tentative la

4 Comp. Wink. L. c. avec les noles; Ann, Worm. Ut à perpetuum super talibus negotiis quæ langunt inquisitionem hereficorum firmiler observarentur.

plus sérieuse, non seulement pour s’émanciper du gouvernement politique et civil du Saint-Siège, comme les villes d'Italie s'affranchissaient des évêques, mais pour s'approprier le patrimoine de Saint-Pierre, la Sabine, la Campagne de Rome et la Maritime. Il voulait se faire aussi hors des murs, un territoire suburbain dépendant, comme d'autres cités républicaines puissantes en possédaient en Italie. Un édit du Sénat et du peuple romain déclarait ces territoires propriété de Rome et y nommait des juges. A la fin de mars, le pape s’enfuyait, pour la troisième fois, avec les cardinaux à Rieli auprès des barons et des députés des villes qui aimaient mieux sa souveraineté que celle de Rome. Il anathématisait les Romains comme des hérétiques. Furieux, ceux-ci pillaient le palais de Lalran et les maisons des cardinaux !. Sur ces territoires que le pape et l'empereur s'é= taient si souvent disputés, apparaissait un nouveau prétendant : le peuple de Rome lui-même.

Frédéric élait, comme le pape, l'ennemi des indépendances municipales, à Rome ainsi qu'en Lombardie. De Rieti, Grégoire faisait appel aux princes laïcs d'Allemagne, aux rois de France et d'Espagne contre ses sujets. Il pouvait compter sans doute davantage sur Frédéric qui était plus près et qui détestait comme lui les cités rebelles. Maïs il prétendait, en suzerain du royaume de Sicile, que Frédérie, son vassal, lui devait ce service. Frédéric IT ne voulait, au contraire, agir au proft du pape qu'à litre d'empereur, nomine imperit, de maître de la chétienté et non de rof de Sicile, baïlli ou vassal. On voit par là quelle distance encore les séparait.

Enfin, grâce à l'entremise du cardinal-évêque de Sabine

4 Gregorovius, Stadt Rom., V, 164 sqq.

et de Pierre de Capoue, Frédéric consent à soumettre au pape, en avril 1234, le fonds même du conflit lombard, c'està-dire les difficultés pendantes entre lui et les villes sur les droits régaliens et les droits impériaux!; et, en échange d'une sentence favorable qu'il attendait, il s'engage à protéger, comme empereur, le pape et l'église de Rome, corps et biens.

C'était un coup de maître. Frédéric faisait le pape arbitre en Lombardie; mais lui-même se faisait juge à Rome. Leur partie était ainsi liée ; leurs intérêts étaient communs. Le roi des Romains, isolé, ne pouvait espérer en Allemagne mettre Grégoire de son côté. Le pape, le 20 mai, somma les Lombards d'assurer le passage aux princes et chevaliers allemands qui franchiraient les Alpes pour venir le secourir. « Les Romains, disait-il, l'avaient mis dans la nécessité de recourir au bras impérial2. » De son côté Frédéric, à la fin de mars, se rendit auprès du pape, à Rieti, avec le jeune fils d'Yolande, sa seconde femme, pour le lui offrir en gage de sa fidélité ; il occupa Viterbe et gagna lout à fait le pape en lui laissant les chevaliers allemands qui arrivaient et les troupes deSicile, pour l'aider à recouvrerson patrimoine et sa capitale. IL oblint même de lui la menace d'excommunier son fils, si celui-ci n'était fidèle à sa promesse.

I était temps. Le roi Henri, après la diète de Francfort, avait si bien molesté les partisans de Frédéric, sous prétexte de faire observer la paix, que deux d'entre eux, Hermann de Bade et Conrad de Hohenlohe, attaqués dans leurs

1 Huill. Br., IV, 466. Tam super detentionem nostrorum regalium et aliorum jurum nostrorum quam de præterilis excessibus quos pridem et hactenus quocumque modo erga nos el imperium com=

3H B.,IV, 1, 472 : Quin uteretur imperiali brachio evitare.

droits et fiefs, venaient en Ltalie prier l’empereur de rétablir l'ordre en Allemagne, ut intraret Alemaniam pro statu regni ordinando. Mécontent, l'empereur, dans des lettres fort dures, durissimis, menace son fils, s’il ne s'amende de ne plus recevoir de lui ni messagers ni lettres, nuntios et ditteras nec reciperet nee audiret. Le roi Henri frarchit le dernier pas. Le 2septembre, il publie un manifeste rebelle. Rappelant tous les services qu'il avait rendus à son père, il accuse celui-ci d'avoir porté atteinte au plein pouvoir qu'il lui avait conféré ; il se plaint d'avoir été menacé d'excommunication et atteste le Ciel-qu'il n'avait jamais rien entrepris contre l'affection et le respect qu'il devait à son père et à sa majesté impériale. Il envoie au delà des Alpes l'archevêque Siegfrid de Mayence et l'évêque Eckbert de Bamberg, pour offrir une soumission complète ; mais il se prépare à la résistance, à Boppart, avec un certain nombre de princes ses partisans, mais surtout avec de petils vassaux d’empire, même de Souabe, qui lui conseillaient la révolte (ut opponeret imperatori patri suo) !, pour séparèr l'Allemagne de l'Italie.

Entre l'Italie et l'Allemagne Frédéric n'hésite plus. Aliordonne à ses chevaliers allemands el Siciliens, parmi lesquels était le grand maître de l'Ordre Teutonique, le célèbrè Hermann de Salza, de prendre possession de la Sabineet de resserrer Rome, et il accepte (fin septembre) la sentence d'arbitrage, dans son confit avec les Lombards, de la maîn du pape. Celui-ci écrivit aux rebelles, 27 octobre, de se décider à l’accepter. Afin de vaincre les résislances de son fils et de recouvrer son autorité en Allemagne, l'empereur

1 V. le manifeste d'Henri du 2 septembre. H. Br., IV, 682, Ann. Marb. ann. 4234. Ann. Col. Max., p. 844.

n'épargnait rien; il se montrait disposé à restaurer le pape dans ses domaines et à faire même au besoin des concessions aux Lombards, qui lui répugnaient.

Averti, le roi Henri, ne ménage rien non plus. H! lui fallait à tout prix empêcher son père de faire paix avec les Lombards. I! envoie et accrédite auprès d'eux, le 13 novembre, son maréchal de cour, Anselm de Justingen. «Les Lombards étaient gens tortueux, parlant d'une façon et d'une autre. Semblabes aux anguilles ou aux murènes, plus on serrait les mains pour les retenir, plus vite ils échappaient.» Après avoir prêté l'oreille au pape, ils traitent avec les envoyés du roi Henri. Le 17 décembre, en effet, les villes de Milan, Brescia, Novare, Lodi, le marquis de Montferrat et l'ancienne ligue guelfe concluent pour dix années avee Henri et les princes allemands de son parti une alliance offensive et défensive: Ils s'engagent à se défendre mutuellement, à se porter secours contre tout ennemi el à ne point faire depaix séparée. Une ambassade des Lombards en Allemagne conelut définitivement l'alliance contre l'empereur, contra Im- Peralorem socitatem firmissimam.

L'empereur s'était préparé des alliés contre son fils, non seulement en Ilalie, mais en Europe. S'il avait contrée lui dans la vallée du PO les seigneurs d'Este, à Padoue, il avait <eux de Romano, à Vérone. Au centre, les troupes impériales ayant resserré les Romains, ceux-ci rendaient au pape, en mars, tout cé qu'ils avaient pris hors de Rome; enfin une campagne diplomatique active en Europe, préparait l'expédition que Frédéric, de l'Italie, où celle révolte l'avait surpris, comptait faire contre son fils en Allemagne.

Les rois d'Angleterre avaient souvent au moyen âge, sous main ou à ciel ouvert, favorisé les troubles en Allemagne. Frédéric IL, alors veuf de sa seconde femme, de-

286 L'EMPEREUR FHÉDÉRIC 11

mande à Henri Il!, souverain de cette île intéressée aux affaires d'Allemagne pour son commerce avec les villes du Rhin, sa sœur Isabelle en mariage. Vainement le roi des Romuins, Henri, pour contrebalancer cette alliance, dépêchet-il deux évêques en France demander au roi Louis IX de fiancer leurs deux enfants en bas-âge. Le pape lui-même se charge de déjouer la diplomatie du prince rebelle. Il écrit à la fois (15 avril) au roi de France, pour le rassurer sur les intentions qu'avait Frédéric en s’alliant avec l'Angleterre, et aux princes allemands pour leur rappeler les serments de fidélité prêtés à Frédéric et pour les détourner de suivre celui qu'il n'appelait plus déjà roi, mais seulement « le fils de l'empereur, » et qu'il se décidait enfin à excommunier.

Tout ainsi préparé, l'empereur procède contre son fils rebelle avec un calme qui montre combien il était sûr du succès. Dès le 28 janvier 1235, il avait adressé à tous les princes nobles, hommes libres, aux vassaux et arrière-vassaux de l'empire, un manifeste rapporté par l'archevêque de Mayence et l'évêque de Bambergen Allemagne. « Comme les membres du corps, » disait-il, « ne peuvent conserver leur vigueur quand la tête a reçu une grave blessure, ainsi devez-vous ressentir le mal fait à votre chef. » Il écrit encore lui-même au roi de France Louis IX pour lui assurer qu'il resterait loujours son fidèle allié, malgré le mariage qu'il allait contracter avec la sœur du roi d'Angleterre. Enfin, au mois de mai, sans armée, mais avec un trésor fait avec les impôts des villes napolitaines et siciliennes et les amendes du royaume de Sicile, accompagné de son fidèle Hermann de Salza, grand maître de l'Ordre Teutonique et du fils d'Yolande, Conrad, Frédéric s'embarque sur l'Adriatique, pour éviter de traverser la Lombardie et arriver promptement par l'Autriche en Allemagne,

Page 1