LA GRANDE DIÈTE DE MAYENCE DE
En réalité, le jeune Henri n'avait pour lui que Jes évêques de Wurtzbourg, d'Augsbourg et de Worms, quelques villes du Rhin, entre autres Bâle, Spire et quelques jeunes minislériaux, vassaux de Souabe (ministeriales), petites gens qu'il favorisait. Tous les puissants princes du Nord se déclaraient pour l'empereur ou se lenaient en repos. Deux hésitaient au Midi, Léopold d'Autriche et Otton de Bavière. Le margrave de Bade, de retour chez lui, bravait le roi des Romains; et la ville de Worms, que celui-ci avait cependant favorisée, repoussait l'assaut de quelques troupes de son évêque, qui ne brûlèrent que plusieurs maisons du faubourg Saint-Michel. Que voulaient ce jeune homme et ses jeunes compagnons? Partager l'empire entre lui et son père; exclure celui-ci de l'Allemagne, séparer celle-ci de l'Italie? On ne sait; c'était une échappée d'écoliers. La seule prèsence de Frédéric IL fit tout tomber.
Débarqué à Aquilée le 2 mai et arrivé à Cividale, Frédérie y fut reçu par Léopold d'Autriche lui-même, par l'archevêque de Salzbourg, qui avaient tergiversé, par les ducs de Carinthie et de Lorraine, par d'autres encore. Avec eux, ilse mit en marche ätravers l'Autriche et le midi de l'Allemagne. Ce fut encore, avec plus de rapidité et d'enthousiasme pour Frédéric IL, le renouvellement des scènes qui s'étaient passées, lorsque, pour la première fois, en 1212, presque enfant, il avait mis le pied en Allemagne. Les complices de son fils, consternés, les vassaux d'empire et ceux de Souabe, firent défection et cherchèrent l'an après l'autre un refuge dans quelque forteresse, tandis que les grands ou les députés des villes, qui avaient èté douteux, se précipitèrent au-devant de l’empereur (universus populosus datur oceursus). Les évêques de Passau et de Ratisbonne lui firent escorte même avec de nombreux chevaliers et ser«
vants (ministeriales), venus de la Souabe. Le duc Otton de Bavière vint se réconcilier avec lui et obtint sa fille en mariage. Frédéric arrive ainsi sans coup férir au cœur de l'Allemagne, à Nuremberg. « Seul, abandonné, » dit une chronique, « l'enfant n’étant plus déjà roi, ne sachant où se réfugier, offrit à son père sa soumission, sans condition, nulla interposita conditione 1.»
Avant de recevoir son fils à merci, l’empereur voulut célébrer sa victoire à Worms en épousant dans cette ville, dont il avait éprouvé la fidélité, sa belle fiancée d’Angleterre. Il yavait dans cet acte quelque cruauté : son coupable etmalheureux fils ayant été empêché deux fois, par la volonté de son père même, d’épouser la princesse Isabelle. Quelques mois auparavant, le grand juge de la cour du royaume de Sicile, Pierre de la Vigne, avait signé le contrat de mariage de Frédéric avec celle-ci en lui passant l'anneau de fiancée. Sur l'ordre de l'empereur, l'archevêque de Cologne et le duc de Brabant, Henri, avaient été chercher celle-ci, avec son escorte de chevaliers et de dames d'honneur, la riche vaisselle et le superbe trousseau, qui avaient été ajoutés à sa dot de 300,000 livres sterling. Ils entrèrent triomphalement au son des cloches, le 24 mai, avec elle, dans Cologne, où l'Angleterre, à cause de son commerce, était très populaire, au milieu de seigneurs et chevaliers allemands, du clergé de la ville, des chefs des corporations, des Minnesænger et des musiciens accourus pour la fête. Lorsqu'Isabelle, qui était fort belle, leva son voile, le cri de Vive l’impératrice s'échappa de toutes les lèvres. Elle partit de là pour attendre à Worms som impérial fiancé, qui vint bientôt l'y
L Pertz, Ann. Erpbord, p. 30. Ann. Marbacb, p. 177. Cron. de rebus in Jtalia gestis.