GUERRE DE FRÉDÉRIC 11 CONTRE LES LOMBARDS
la liberté des élections, des juridictions ecclésiastiques méconnue, les intérêts chrétiens, leurs temples livrés aux Sarrasins, De son côté, Frédéric se procurait force argent, 16,000 marcs du roi d'Angleterre, comme partie de la dot d'Isabelle, 16,000 marcs, d'un échevin d'Haguenau, obligé de rendre gorge pour exactions de toute sorte, davantage encore des Juifs accusés d'avoir tué des enfants chrétiens, pour célébrer leur pâque. !l jetaitles ennemis et les voisins du duc d'Autriche contre celui-ci, quitraitait déjà avec les Milanais. La dernière lettre de Grégoire IX tomba au milieu de ces préparatifs. Frédéric Il y répondit de Spire (16 avril). Il défendit ses droits souverains, garantis par les derniers traités dans le royaume de Naples. S'il avait été commis quelques abus dansleurexercice, «comme il ne pouvait porter d'Allemagne partout un œil de lynx et faire retentir sa voix de tonnerre jusque-là, il aurait soin bientôt d'y porter remède en personne. » Pour les affaires du Nord de l'Italie, il rappelait les efforts inutiles d'Hermann de Salza en faveur d'un compromis réel ; il dénonçait les menées des Lombards et du pape même dans Vérone. Quant aux troubles de la Terre Sainte, dans lesquels le pape avait peut-être la main, Frédéric lui faisait observer « qu'il devait avoir confiance dans ce que l'empereur saurait faire, dès qu'il aurait les mains libres, pour son honneur et pour celui de l'Église ; » et il le priait de modérer sou langage.
C'était la guerre. Avant de passer les Alpes cependant, Frédéric, avec l'habileté qu'il mettait toujours à ménager les opinions de son temps, opposa au zèle affiché par le pape pour la croisade tout l'apparat de ses sentiments religieux et nationaux dans une occasion solennelle. Lorsqu'il commença aussi la guerre contreles Lombards et contre le pape, son grand-père, Frédéric Barberousse, élait descendu res-
pectususement dans la tombe de Charlemagne et avait obtenu la canonisation du vieux César. Or, à cette époque, une mémoire chère à l'Allemagne tout entière hantait l'imagination de la noblesse et du peuple; c'étaitcelle d'Élisabeth de Hongrie, veuve du landgrave Louis IV de Thuringe. Après septannées de brillante et dévouée félicitéavecson époux, elle avait &té chassée de son beau et poëtique château de Wartbourg elle et ses quatre enfants par son sauvage beau-frère Henri Raspon. longtemps elle avait erré presque sans asile. Enfin la compassion d'une abbesse et d'un évêque lui avait permis de rapporter les restes de son mari à Reinhardsbrunn et elle” avait fixé son triste veuvage, choisi sa dernière demeure à Marbourg, dans la patrie du terrible dominicain Conrad, qui trouvaittrop douces encore les pénitences qu'eile s'infligeait pour des péchés qu'elle n'avait pas commis.
Sur le tombeau de la sainte femme, morte en 1231, déjà des miracles avaient eu lieu en 1233, s'il faut en croire la chro= nique de Marbach. Conrad, nouveau landgrave de Thuringe, plus compatissant que Raspon, avait poursuivi et obtenu de: Grégoire IX, grâce à l'intervention toute-puissante d'Her= mana de Salza, la canonisation de la sainte. Le pape avait chargé les évêques de Cologne, de Trèves et l'évêque d'Hitdesheim de la translation des restes dans un cercueil ornë de pierres précieuses. Mais Frédéric}vint en personne, à Marbourg, escorté des grands et des princes, souleva lüimême la pierre du caveau el mit sur la tête de la glorieuse morte de l'Allemagne (Gloria Germaniæ), une couronne d'or. IL honorait à la fois ainsi le nom d'un homme qu'il avait regrellé, le caractère d'une femme admirée de tous, et la religion qu'il prétendait tonjours servir en maître!
4 Pour les sources et l'histoire d'Élisabeth de Hongrie, v. Bæhmer, Reg. imp, pe 166.