GUERRE CONTRE LES LOMBARDS
C'élaient, entre autres, les archevèques de Mayence, de Trèves et de Salzbourg, les évêques de Ratisbonne, de Bamberg et de Passau, le comte palatin du Rhin, le duc de Bavière, le roi Wenceslas de Bohème, le landgrave de Thuringe et le margrave de Carinthie. L'empereur profite de leur présence pour constituer pendant son absence le gouvernement de l'Allemagne. Ilobtient des princes présents la désignation de son fils Conrad comme roi des Romains et futur empereur ! ; il laisse l'évêque de Bamberg comme son lieutéhant en Autriche, confie la régence de l'empire à l’archevèque de Mayence Siegfrid III, comme autrefois à Engelbert de Cologne, avec le titre de procurator de l'empire, et il donne en garde son jeune fils à des ministériaux souabes aussi bien choisis que possible pour le guider « dans fa voie de l'honnêteté et de l'obéissance, ir viam honestatis et disciplinæ?.»
Toutes ces précautions indiquaient évidemment, de la part de Frédéric II, l'intention de rester aussi longtemps qu'il faudrait en Italie pour achever son œuvre. La première parlie de cette nouvelle expédition de 1237 en Italie fut consacrée au rétablissement de son autorité (mars, avril) dans la Marche Trévisane, qu'il laissa avec la ville de Padoue à la garde de son allié Eccelin de Romano, avec un corps de Sarrasins, pour rattacher fermement l'Italie à l'Allemagne. 11 donna de là l'ordre à ses chevaliers de Souabe, à ses Sarrasins de Lucera el à ses partisans italiens de venir le joindre, pour entrer en Lombardie vers le mois de septembre. C'était avec ces forces personnelles qu'il prétendait tout faire, Il ne demandait point d'hommes à son
1 Winkelman, If, 480.
* H. Br, VI, 244.
ae. V +, F d Y LA 7 ? :
royaume de Sicile. « La Germanie nous enfante beaucoup de monde, écrivait-il à ses sujets siciliens, c'est pourquoi nous pouvons vous épargner en hommes ; » mais, en argent, il faisait faire une collecte pour fournir aux besoins de la guerre !. |
Grégoire IX modérait déja son langage ; la ligue prenait peur. Hermann de Salza, Thaddée de Sessa et Pierre de la Vigne s’abouchèrent encore en juillet avec les cardinaux Raynald et Thomas et communiquèrent aux recteurs de la ligue réunis à Firenzuola, près de Bergo-San-Donnino, les conditions que Frédéric mettait à la paix. Il exigeait des cités la prestation du serment de fidélité, la dissolution de la Ligue, la renonciation des villes à tout droit et revenu de l'empire, enfin l’envoi de troupes en Terre Sainte. Mais .le podestat, donné récemment par le pape et par les Vénitiens à Plaisance, fit jurer aux habitants de ne point recevoir dans leurs murs l’ancien podestat et les partisans de l'empire exilés. Plaisance était le point stratégique qui permettait à Frédéric de combattre avantageusement la Ligue. Furieux, il envoie l'ordre à huit mille Sarrasins de Lucera de traverser l'Italie pour lui donner la main, à ceux des villes lonibardes, qui lui étaient fidèles, de venir à lui, à ses partisans de la Marche de Trévise de le suivre. Il part lui-même de Vérone, à la tête de deux mille chevaliers allemands el, avec plus de douze mille hommes réunis, envahit le Mantouan, reçoit la soumission du comte Boniface de Mantoue, l’entraine avec ses vassaux, passe dans le Brescian, assiège et prend Montechiaro, brûle et rase, entre la Chiesa et l’Oglio, tous les villages, dont les habitants s’en-
1 H. Br., IV, 930. — Coll. de l’ierre de la Vigne, III, ep. 4. 3 Regest. Fred., u. 1067. — H. Br., 205, 221.
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fuient où ils peuvent. C'était le sort dont Brescia était menacée. L'héroïque ville résista.
Le 9 novembre, Frédéric campait sur la rive gauche de l'Oglio à Pontevico, quand les Milanais avec l’armée de la ligue arrivent au sud de Brescia, sur la même rive, à un mille de l'empereur, à Manerbio, couverts par le petit cours d'eau de Risignole. Les deux armées s'observèrent quelque temps. Enfin l'empereur, le 22 novembre, jette des ponts sur l'Oglio, fait passer d'abord sur la rive droite les troupes alliées et les bagages; puis, traversant lui-même (25 novembre) avec ses chevaliers allemands et ses Sarrasins, il occupe Soncino, qui mène de Brescia à la ville de Milan. Les Lombards étaient tournés, leur grande route de retraite sur Milan, coupée. Le %6, au matin, comprenant leur position critique, ils prennent la route de Brescia à Bergame et commencent à franchir à leur tour le cours d'eau, à Pontoglio, pour ravoir leurs communications. Ils commençaient à carmper à Cortenuova dans une plaine assez vaste à l'occident de l'Oglio. A trois heures de l'après-midi, le Caroccio des Milanais était arboré, les tentes dressées, une partie des Lombards s'ontouraient de retranchements et de fossés ; l'autre dans la plaine couvrait le train et les bagages, qui étaient à un quart de mille, pour les faire rentrer, quand Frédéric IL, qui avait tout deviné par un feu allumé sur une tour des Bergamesques, arriva avec son armée disposée en huit colonnes, jeta ses Italiens sur ceux qui gardaient lés bagages et marcha en personne contre le camp de Cortenuova.
Au cri de « Rome et l'empereur! » cavaliers sarrasins et chevaliers allemands qui élaient en tèle, assaillent, les uns de loin avec leurs flèches, les autres de près avec leurs lances, les quelques chevaliers lombards et les nombreux
piétons des milices municipales de la Lombardie qui sortent en hâte du camp, mais n'ont point le temps de se ranger en bataille ; Frédéric arrive poussant devant lui un éléphant qui portait une tour de bois ornée de drapeaux aux quatre angles et sur laquelle flottait la bannière impériale.
On combattit jusqu'au soir. Mais, la nuit approchant avec un orage, l'armée de la Ligue se dispersa comme de la poussière sous les coups de la lourde chevalerie germaine et de la rapide cavalerie sarrasine. Celles-ci pénétrèrent dans le camp, tandis que les Italiens impériaux faisaient leur main. Le Caroccio, dont on retrouva la croix sur la grande route, les tentes. les bagages restèrent aux vainqueurs avec dix mille morts ou blessés ou prisonniers des vaincus sur le champ de bataille. Les débris de l'armée des villes, au bout de quelques jours, après avoir fait un long détour par le val Camonica, en tournant le lac de Côme, arrivèrent à Milan!.
Frédéric IL célébra avec ostentation son triomphe à Crémone à l'imitation des anciens empereurs romains. L'éléphant blanc, qui avait été à la bataille, fut à l'honneur. Il trainait le Caroccio milanais, dont le mât renversé pendait à terre. Le podestat de Milan, le fils d'un doge de Venise, y étaient attachés, et les prisonniers, en grand nombre, suivaient ce Caroccio. Frédéric l'envoya à Rome pour qu'il fùt un perpétuel témoignage de son triomphe, avec une lettre au pape. Grégoire IX rappelé d'exil par la faction victorieuse venait d'y rentrer. Il n'osa s'opposer à la réception de cet ironique présent fait à Rome, la capitale de la chrétiente. Le sénateur et les cardinaux permirent, au chagrin profond du pape, qu'il fût conduit en pompe au Capitole, au milieu du peuple et placé sur des colonnes élevées à la hâte pour le
{ H. B., V, 131, 132, 133. — Ann. plae., bp. 471.
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recevoir (super columnas ad perpetuam memoriam) avec une inscription, qu'on peut lire encore aujourd'hui sur l'escalier du palais des conservateurs :
.…Mediolani captus de strage, triumphos Cesaris ut referat, inclita præda, venait t.
« Cet illustre butin, pris sur les cadavres milanais, vient raconter les triomphes de César » à Rome, la capitale de l'empire. C'est la pensée de Frédéric IT comme son cri de guerre : Méles Roma, miles imperator. La possession de Rome et de l'empire n'est-elle pas même chose pour les chevaliers de la monarchie universelle et absolue ? Il l'annonce à Rome, après avoir vu rouler à ses pieds le palladium de la liberté républicaine. C'est de là qu'il doit commander à l'univers. Mais, k Rome, Frédéric{Irencontrait le rival naturel de la monarchie universelle impériale, le pape, redevenu maintenant encore le protecteur de la liberté opprimée, des villes vaincues et de l'Ilalie menacée dans son indépendance !
Dans sa confiance victorieuse, Frédéric refusa d'abord la soumission de Milan. Celle cilé orgueilleuse non seulement acceptait les conditions arrèlées à Firenzuola, mais consentait à recevoir un capitaine impérial pour rendre la jus= lice L'empereur voulut avoir à discrétion la ville et les pérsonnes, civitatem et personas ad suam vooluntaiem. Milan ferma ses portes. Dans sa colère, Frédéric écrit à tous les rois et princes de l'Europe chrétienne au moins à ceux de France, d'Angleterre, de Hongrieet de Castille, et à l'empereur grec de Nicée, Vatacès, en dénonçant l'insolence des rebelles, pour en avoir des secours contre eux. Il lève encore
# Mon. Germ. Leg., 11, 324, — H. Br,, V, 183.
de l'argent en Sicile et réclame le service de ses yassaux allemands, italiens et mème napolilaifs, pour réduire ces bourgeois dans le courant de l’année 1238. En attendant, il entre à Pavie, se porte de là dans la haute vallée du Pô, y reçoit la soumission de Novare, de Verceil, de Chieri, de Savone et de toutes les villes de la côte gênoise, et, à Turin, l'hommage du comte de Savoie, du marquis de Montferrat et de tous les évêques de la contrée. Le contrecoup de sa victoire de Cortenuova se fait sentir encore jusque dans le centre de l'Italie, où Florence chasse son podestat guelfe et et où Romeexpulse encorele pape. Seules, avec Alexandrie à l'ouest et Brescia à l’est, Plaisance, Bologne et Faenza, au sud du P6, imitaient Milan. Laissantau marquis de Montferrat la charge d’assiéger Alexandrie avec le duc de Savoie et ses vassaux de Provence, Frédéric retourne, au milieu de l’année, à Crémone, où il avait convoqué les contingents d'Allemagne et du Midi de l'Italie. Son projet est de jeler Amédée de Savoie sur Alexandrie et de marcher lui-même sur Brescia, afin d'isoler Milan de tout secours et d'en finir après avec elle comme avait fait autrefois Barberousse.
Cela ne devait pas lui être si facile. Le pape ne cessait de lui parler de croisade, surtout depuis que Jean de Brienne était mort et que le jeune Baudoin de Flandre parcourait l'Europe pour rassembler des secours contre les Grecs ses ennemis et en recueillait en France et en Angleterre. Frédéric ne trouvait pas à Crémone tous les contingents dont il comptait se faire une formidable armée. Le comte d'Acerra, Thomas d'Aquino et le grand justiciaire de la cour, Henri de Morra, avaient amené ses vassaux de Sicile avec de nouveaux Sarrasins. Les seigneurs et les villes obéissantes de la Lombardie, de la Toscane, de la Romagne et de la Marche de Trévise, même du royaume de Bourgogne et quelques