GRÉGOIRE IX PREND PARTI POUR LES LOMBARDS
nople, servirait à la Terre Sainte. Encouragé par lesinsuccès de Frédéric, exaspéré par les troubles suscités contre lui, le pape, dans une sorte de mémoire, relève et résume tous les griefs qu'il avait jusque-là reprochés à Frédéric en Sicile; il l'accuse de l'avoir fait chasser de Rome, de s'opposer à la conversion d'Adul-Azis, ua prince de Tunis chassé de son pays et réfugié en Italie, enfin d'empêcher la croisade chrétienne par sa lutte contre les Lombards!. L'affaire de Lombardie était le vrai motif du pape. Comme dit le moine de Padoue: « il savait par expérience que l'empire était prét à opprimer l'Église, s'il pouvait soumettre la Lombardie 2. » Frédéric répond brièvement, en octobre, aux griefs relatifs à l'administration de son royaume : il invoque ses droits de souveraineté ; il prétend qu'il laisse l'émir tunisien à Lucera libre d'agir. Si la guerre a éclaté en Lombardie, la faute en est, selon lui, au pape, quiaretardé si longtemps à prononcer sa fameuse sentence arbitrale ; il proteste de sa bonne intention d'agir en faveur de Jérusalem, son royaume, et rappelle qu'il a traité d'une croisade prochaine avec le roi de France Louis IX et le roi d'Angleterre. Il accorde en effet passage dans son empire aux croisés, tout en prenant garde que le pape ne les tourne pas contre lui.
Déjà Frédéric II ne nénage plus le pape. Il nomme Simon de Chieti vicaire de l'empire à Parme puis en HKomagne, en août 1238, et il marie Le plus jeune de ses fils naturels, Enzio, à l'héritière des judicatures de Torre el de Gallura, qui comprenaient la moitié de la Sardaigne, dont il avait partagé jusque-là avec le pape la suzeraineté. Il fait prendre partout
€ Winkolmann, If, pp. 400, 115.
4 Mon. Pad, p. 678 : Pontifez per experientiam cognoncebat animum imperaloris esse prorlivem ad ecclesiam opprimendom, #i posset sibi subjicere Lombardiam.
pa
556 L'EVPEREUR FRÉDÉRIC II
pied à sa famille. C’étaient autant de menaces contre les territoires ou suzerainetés possédés par le Saint-Siège. Elles commençaient à dévoiler le dessein réel de Frédéric, qui était justement de s'emparer des domaines sur lesquels la papauté fondait son pouvoir temporel et plus encore,comme Grégoire IX l'avait dit, ses prétentions à la souveraineté politique universelle.
Le pape venait justement alors de rentrer dans Romeavec le secours de la faction guelfe des Corsini et des Colonna. Il s'était emparé des fortifications et des tours élevées par les Frangipani sur le Palatin et il les avait renversées, sans égard même pour les nobles vestiges qui restaient des temps passés, nobile vestigium prioris ætatis, comme s'exprime son biographe. Il prend la résolution, malgré son grand âge, de recommencer la lutte et il y déploie une habileté et une activité sans égale.
Il rapproche d'abord deux villes souvent ennemies, mais qui étaient menacées en même temps par Frédéric, Gênes
et Venise. Il appelle leurs ambassadeurs à Rome et leur fait
conclure (30novembre),auVatican, en sa présence (in domini papæ presentia),une ligue offensive et défensive pour neuf années contre l’empereur!. Frédéric met Gênes au ban de l'empire : mais le pape prend sous sa protection cette ville et Venise. Tous les signes précurseurs d’une lutte suprême en Italie et en Allemagne apparaissent.
Des mouvements éclatent à Parme et à Mantoue. Menacé par son rival AZzo d’Este et par Venise dans la Marche de Trévise, Eccelin prie l’empereur de venir en personnelle soutenir. L'archevèque de Mayence, administrateur de l’Allemagne, dénonce des menées secrètes (suspecta conspiratio
U H. Br., V, 1223-25.
EXGOMMUNICATION DE FRÉDÉRIC !# 33T
quorumdam) de quelques princes et évêques allemands t. Parmi eux, Frédéric le Batailleur, duc d'Autriche, profitant de quelques démêlés de l'empereur avec le roi de Bohème, bat encore à Steinfeld le chef des troupes impériales, cumte d'Eberstein, qui avait été laissé pour le surveiller, et en peu de temps, il reprend son duché jusqu'à Vienne. Enfin le duc de Bavière, Olton, est en lutte avec l'archevêque Siegfrid de Mayence pour quelques démélés particuliers que Frédéric a peine à apaiser de loin.
L'empereur se rend d'abord à Padoue (25 janvier 1239). Reçu avec joie par la ville, il y tient une brillante cour avec sa femme Isabelle, y célèbre des fêtes et même de grandes chasses aux environs. C'est de 1à que, toujours plus confiant dans ses menées que dans l'emploi de la force, il répond au défi du pape en adressant une lettre aux cardinaux pour tâcher de les séparer de celui-ci. 11 les traitait comme les vraissuccessenrsdes apôtres, comme les lumières de l'Église; «illes exhorte à conjurer par leur esprit de modération les desseins dangereux du ponlife et à épargner des scandales à l'Église ; car il ne pourrait s'empêcher d'user de son droit en rendant injure pour injure et en répondant à la force par , la force, injurias injuriis propulsare?, Sans doute, ilaimerait mieux, ajonte-t-il, obtenir satisfaction aux dépens de l'homme qui causait le scandale; mais, comme ni Jui ni sa race ne valaient la peine que la dignité impériale s'en prit à eux et qu'il tirait son audace de l'autorité de son siège, ilse déciderait, malgré qu'il en eût, pour se défendre contre son perséculeur, à atteindre tous ceux qui résisteraient. » Paroles plus faites pour aliser le feu, que pour l'éteindre! Le dimanche des Rameaux, le peuple padouan s'étant réuni