‹ Histoire d'AllemagneChapitre 96 sur 150 · PROTESTATION DE FRÉDÉRIG AUX SOUVERAINS · texte numérisé non relu

PROTESTATION DE FRÉDÉRIG AUX SOUVERAINS

peuple; il exhorte les Romains à le venger!. Frédéric luimême, qui se flailait de gouverner l'empire « avec tant de douceur et tant de justice, que, depuis Charlemagne, aucun prince ne pouvait lui être comparé, »adresse (20 avril) une lettre à tous les princes de la chrétienté en les prenant pour juges. 1l rappelle que Grégoire l'a une première fois excommunié, au sujet de ses retards pour la croisade, tandis que lui, le pape, il avait une correspondance illicite avec le soudan d'Égypte. [1 l'accuse de n'avoir jamais sincèrement exécuté la paix de San-Germano, d'avoir empêché la réunion desesdiètes. d'avoir joué pour le tromper le rôle d'arbitre, de l'avoir enfin excommunié, malgré l'avis des cardinaux. Il déclare ne pas craindre cette excommunication; non qu'il méprise le Saint-Siège, mais parce qu'il considère l'indignité de Grégoire. Altaquant même le pape, « ce prêtre orgueilleux, ce faux prophète », sur son propre terrain, il lui reproche de donner des dispenses irrégulières, de dissiper les revenus de l'Église, pour gagner les Romains ; et il prétend soutenir ses accusations à son tour devant les cardinaux réunis, pour tourner ceux-ci contre Grégoire, ou devant un concile?, pour élever cette assemblée au-dessus du pape. + « Quand la maison du voisin brûle, » dit-il aux princes, « il fau faire provision d'eau chez soi. Il est facile ensuite d'humilier les rois et les princes quand on porte à la puissancé + impériale, qui est le bouclier des autres, le premier coup.» 1 les conjure donc de lui prêter secours, non qu'il en ait besoin, mais pour que le monde comprenne que l'honneur de tous est atteint, quand un seul du corps des princes temporels est attaqué, » quod honor omnium tangitur,

4 Fred. senaiori urbis et suis conroman” «lulem. 3 P. de V., 1, ep. 21. Matbieu Paris, 1239.

quicumque de corpore secularium principum offendatur.

Comme les héros d'Homère, les deux adversaires séculaires du moyen âge s'injurient devant la chrélienté tout entière avant de se livrer le dernier et suprême combat. « Il est sorti de la mer, écrit Grégoire le 21 juin, un monstre qui, avec les pattes de l'ours et la gueule du lion, ressemble au léopard; sa bouche ne s'ouvre que pour blasphémer Dieu et les saints. » Il ajoute de nouvelles accusations à celles qu'il avaitdéjà portées contre Frédéric. Il prétend que celui-ci a empoisonné Louis de Thuringe, prêt à partir avant lui pour la croisade. Pour avoir contre lui une arme plus dangereuse, il l'accuse d’avoir douté en sa personne du pouvoir qui lui a été transmis par l'apôtre, de lier et de délier, et d'avoir prononcé ce blasphème, que le monde avait êté trompé par trois imposteurs : Moïse, Jésus-Christ et Mahomet, et cet autre, que « la sainte Vierge n'a pu enfanter un Dieu, parce qu'on ne saurait croire raisonnablement que ce qui se fait par la voie de la nature ». L'empereur est dénoncé comme un hérétique à la chrétienté.

Voilà l'antagonisme de la papauté et de l'empire arrivé *à son paroxysme ! Ils se disputent le gouvernement du monde, auquel Grégoire veut donner une forme ecclésiastique et Frédéric ane forme civile. La victoire sera au possesseur de Rome et de l'État de l'Église. Si le pape reste maître de ce patrimoine auquel sa puissance est attachée, il se soustrait à la domination impériale. Si Frédéric

“H. Br. V, 327. — Frédéric, au courant des discussions théologiques de son temps, peut avoir répété ces propos sur les trois imposieurs; aintenant que Simon de Tournay, professeur de théolo=

posa celte thèse pour montrer sa dexlérité à la discuter,

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