GRÉGOIRE IX CONYOQUE UN CONCILE
mands, force, malgré ses marais, Ravenne à reddition el se elle sur Faenza, qui doit lui ouvrir le chemin de Bologne, la capitale de la province qu'il veut soumettre. Mais le podestat, Michel Morosini, qui défendait Faenza avec des soldats de Venise et de Bologne, lient jusqu'au mois d'octobre espérant que Frédéric abandonnerait le siège pendant l'hiver. L'empereur remplace son camp de bois et de toiles par une suite de tentes en fer garnies de pierres et de fossés. Venise essaye vainement de l'arracher de là en ravageant avec ses flottes les côtes du royaume de Naples; Frédéric jelte son allié et son gendre Vatacès, empereur de Nicée, sur les possessions grecques de la République et fait chasser tous les dominicains et franciscains de son royaume à l'exception de deux par couvent pour le culle ; enfin, il ordonne une nouvelle collecte et, dans sa pénurie, fait frapper de son image des pièces de monnaie en cuir.
Dans la crainte de voir tomber Faenza et ensuite peutêtre Bologne et la Romagne au pouvoir de son ennemi, Grégoire IX fait appel à sa dernière ressource. Pour sauver avec lui l'indépendancedu Saint-Siège, il prend le parti re= doutable de mettre la chrétienté entre lui et son redoutable adversaire. Avec un grand apparat, il convoque pour les tètes de Pâques de l’année suivante 1241, en un concile, les principaux prélals et les ambassadeurs des royaumes chrétiens « pour aviser avec eux aux affaires de l'Église et rétablir la paix », et il demande, à cette occasion, une trêve à l'empereur pour Faenza !, pour les Lombards et pour les Milanais eux-mêmes comme étant bons catholiques, oiri eatholiei. Ce moyen pouvait arracher Faenza à l’empereur. Frédéric IL fait remarquer immédiatement
4 Raynald, Ann. ecel., ann. 1240. — H. Br., V, 4020, 1039,
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aux princes chrétiens ,;qué le pape invile, en même temps qu'eux ou leurs ambassadeurs, les ennemis même de l'empire, le comte de Provence, le marquis d'Este, etc. Il refuse done comme une honte pour lui et pour les princes allemands de soumettre sa querelle à l'arbitrage ecclésiastique même d'un concile.
Pouvait-il même consentir à un armistice ? L'intrigant Albert de Beham ! écrivait au pape (5 septembre) que s'il voulait de son chèf nommer un nouveau roi des Romains, il n'avait qu'à écrire à l'évêque de Strasbourg, et il continuait ses sourdes menées avec tant d'ardeur, que Frédéric IT (4octobre) sommait le duc de Bavière de chasser cet intigant de ses Élals. Olton de Bavière n'avait pas le courage de se laisser porter à l'empire ; mais il ne se pressait pas de chasser Albert de Beham. Avec une duplicité qui peint ce temps, il faisait savoir au pape que les lettres qu'il lui écrivait« pour le presser de faire sa paix avec Frédéric n'étaient pas l'expression réelle de sa pensée ». Son double jeu pouvait être dangereux, au moment où le pape entamait peut-être avec un prince français, Robert d'Artois, des négocialions dont Albert n'avait pas fait mystère.
S'il faut en croire en effet les assertions des historiens Mathieu Paris et Albéric des Trois-Fontaines 2, qui ne sont contirmées, il est vrai, par aucun acle authentique, le pape aurait proposé alors la couronne impériale à saint Louis pour son frère : « De quel droit le pape, aurait répondu saint Louis, prétendrait-il détrôner et priver de son héritage un prince qui n'a pas son égal. Eu supposant même
# Pour Alb. de Beham, voir la correspondance publiée par Œfele et Hœfer.
% Math. Par., fn de l'année 1239.
MATAILUE DE MÉLOMIA (1241)
que Frédérié 1 eûl mérité une Pateille punition, ce n'était pas au pape, mais à un concile général à l'infliger. Ce que nous savons bien, c'est que ce prince a combattu fidèlement pour le Seigneur Christ en s’exposant avec intrépidité aux périls de la mer et de la guerre. Nous ne trouvons pas tant de religion dans le pape, qui a cherché à perdre pendant son absence et à supplanter méchamment celui qu'il devait protèger, parce qu'il combattait pour Dieu. »
Ce langage est trop emphatique et trop peu réservé pour avoir été lenu par saint Louis, mais il exprime peut-être assez bien un grand côté de l'opinion générale sur cette querelle. Frédéric, craignant une pareille tentative, croit cependant devoir témoigner de sa foi devant les envoyés de LouisIX:« Dieu le Christ me garde, dit-il devant ceux-ci, d'abandonner la foi de nos pères. Que Dieu soit juge entre moi et celui qui me calomnie. Il sait que le pape n'agit qu'en faveur des rebelles et surtout en faveur des Milanais, qui sont des hérétiques. » En tout cas la tentative n'eut pas de suite. Louis IX et sa mère étaient trop sages pour accueillir de pareilles ouvertures. Frédéric IL écrit un peu plus tard à Robert d'Artois une lettre où, sans rien préciser, il le comblede compliments et de remerciements, « comme un ami fidèle, allié de l'empire». Pour le clergé allemand, en particulier, il se montre très mécontent. Conrad évêque de Freisingen, déclare que le pape ne pouvait exercer aucun droit en Allemagne sans l'aveu des évêques allemands. « Que le pasteur romain fasse paitre ses Italiens. Nous qui sommes constitués de Dieu les gardiens fidèles de nos brebis, nous écarterons de nos troupeaux les loups couverts de peaux d'agneau », L'évêque de Ratisbonne et son chapitre promettent d'entretenir eñ Italie six centschavaliers pour le service du « très chrétien empereur Frédéric». L'évêque de Passaujette
Tous V a
en prison avec un soufflet un envoyé d'Albert de Beham. L'archevèque de Salzbourg et l’évêque de Brixen, sur les ordres de Frédéric, ferment les Alpes, pour empêcher en particulier Albert et le duc de Ravière d'y tenir une réunion et de communiquer avec le pape et les évêques lombards s'ils étaient tentés de se rendre au concile. Albert de Beham était réduit à se servir pour correspondre avec le pape, d’une vieille béguine et d’un jeune garçon et à conseiller à Grégoire IX de lui envoyer par mer un légat qui parviendrait en Allemagne par la Hongrie.
L'empereur avait à cœur surtout d'empêcher la réunion d’un concile, qui ne pouvait être, dans sa pensée, convoquée par le pape que pour le déposer. Il savait bien que les prélats allemands ne voudraient pas s’y rendre. Mais Grégoire
. traitait avec Gênes et la payait grassement pour qu'elle mît
des vaisseaux et des fonds à la disposition des prélats de France et d'Angleterre. Fréderic II écrit à ces deux souverains (septembre). Il dénonce les projets du pape, « qui n’a d'autre but, dit-il, que de détruire à tout jamais son nom et sa race, nostrum et nostri generis nomen perpetuo abolere. » Il ne promet point de garantir la sécurité du passage aux téméraires et aux contempteurs de son autorité qui se rendraient à l’appel de son ennemi !, et il fait armer à Pise et à Gaëte des vaisseaux destinés à empêcher le passage de la flotte génoise. Malgré ces lettres, au commencement de l’année 1241, les prélats d'Angleterre débarquent en France pour se rendre sur les côtes de la Méditerranée et arrivent en avril dans la rivière de Gênes, où ils trouvent un certain nombre d'évêques et abbés italiens et espagnols. Mais, sur ces entrefaites, triste présage ! les deux villes papalines dont
4 Huill. Breb., V, 1075, 1076.