L'ALSACE DU SAINT EMPIRE
Durant le règne dès deraiers Carolingiens d'Allemagne^ nn nouveau duché d'AlLamanie ou Souabe s'était formé; plus vaste que celui des ÉtielHHaiides, il s'étendait, vers le milieu du x® siècle, des Vosges au Jura souabe et jusqu'au pied des Alpes* L'Alsace en faisait partie. Ses titulaires successifs se maintinrent assez longtemps dans un^ indépendanee presque complète vis-à-vis des derniers reietons de Gharlemagne. Quand les premiers rois élus de la dynastie saxonne, Henri P et Othon le Grande s'efforcèrent de ramener l'ordre dans le royaume et \A paix sur Les frontières, rexistence de ces ducbéSy qu'on peut appeler nationaux, fut le grand obstacle à la réalisation d'une unité plus complète. Ë.lLe devient plus impossible encore quand les rois d'AlIemagno s'engagent dans la conquête de l'Italie et qu'ils ont à combattre, outre les grands vassaux rebelles^ les Byzantins, les Bohèmes et les Magyars qui, do 917 à93>5, pénètrent trois fois jusqu'en Alsace. Pour tenir tête aux grands feudataires laïques, les chefs du nouvel Empire d'^Oecident (96i) s'appliquent à soutenir l'Eglise nationale et à étendre les immunités ecclésiastiques. C'est ainsi qu'Othon II
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confère le droit de haute justice et celui de battre monnaie à l'évêque Erckenbald de Strasbourg. Le successeur de ce dernier, Tévôque Wernher, conseiller très écouté de Henri II, fut également un champion fidèle et belliqueux de la cause impériale .
Mais bientôt d'autres tendances se font jour au sein de l'Église : le mouvement de réforme, qui s'empare des esprits et finit par dominer la curie romaine, menace cet accord si longtemps respecté. Déjà sous Henri III, le plus puissant des empereurs de la dynastie franconienne, bien qu'il nomme et dépose encore des papes, la différence d'attitude est sensible; sa propre créature Léon IX, ce Bruno d'Eguisheim (ou de Dabo), seul pape alsacien qu'ait enregistré l'histoire, se refusé à reconnaître un pouvoir qu'il déclare simoniaque. Quand Henri IV s'engage dans une lutte formidable et sans issue contre Grégoire VII, l'appui de l'épiscopat allemand lui fait bientôt défaut et la plupart des alliés de la veille se changent en adversaires. Grâce à la durée de ce conflit aux péripéties diverses, le mouvement centrifuge qui émiette les anciens duchés nationaux du Saint Empire s'accentue de plus en plus. Ce n'est pas sur la rive gauche du Rhin moyen qu'il se fait sentir avec le moins de force et il s y livre de rudes combats. Les deux partis en présence y avaient des partisans dévoués, mais, plus longtemps que dans d'autres régions, les évoques de Strasbourg restèrent fidèles à la couronne, ne se souciant pas d'être écrasés par les ducs de Souabe.
A l'avènement de la dynastie des Hohenstaufen la situation parut changer un moment au profit du nouveau pouvoir central. Ils possédaient de vastes territoires par toute l'Allemagne du sud, depuis que le vaillant Frédéric de Buren avait été cré^ par son beau-père Henri IV, en 1079, duc de Souabe et
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d^AUamanie. Devenu l'un des principaux champions de la cause royale en Alsace, il y résidait souvent, soit dans le château du Hoh-Kœnigsbourg, soit dans la burg de Haguenau, près de la Forêt-Sainte, autour de laquelle se forma peu à peu la ville de ce nom. Son frère, Othon, devint évêque de Strasbourg. La nouvelle dynastie fut donc populaire dans le pays ; elle le resta longtemps, grâce aux visites fréquentes que les souverains, Frédéric Barberousse et Henri VI, Philippe de Souabe et Frédéric II, faisaient volontiers aux villes florissantes qui commençaient alors à se développer dans la plaine rhénane et auxquelles ils ne ménageaient point les honorifiques et lucratifs privilèges. Si c Tidée impériale )), dont parlent tant les théoriciens spéculatifs, nos contemporains, avait été réellement viable alors, c'est certainement en Alsace qu'elle aurait dû refleurir. Mais l'influence de la hiérarchie romaine restait dominante dans cette longue ce avenue des prêtres ]» {Pfaffengasse), comme on appelait dès lors la vallée du Rhin. Aussi, quand la lutte eut repris de plus belle et que Frédéric II eut succombé sous le poids de l'excommunication lancée par Innocent IV (1248), l'Alsace fut bientôt perdue pour les Hohenstaufen, longtemps avant que le dernier ce duc de Souabe et d'Alsace », le malheureux Conradin, eût péri sur l'échafaud de Naples (1268).
Ce furent alors les princes-évôques de Strasbourg qui se parèrent du titre de landgraves -d'Alsace, et qui furent reconnus comme tels au moins dans la Basse-Alsace, sans avoir cependant la force matérielle nécessaire pour former dans le pays un grand territoire purement ecclésiastique, comme le furent plus au nord les électorats de Trêves, de Mayence ou de Cologne, l'archevêché de Magdebourg ou l'évêché de Munster. L'époque si profondément
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troublée du Grand Interrègne (1264-4273), en favorisant les convoitises de tant de voisins ambitieux et les aspirations vers l'indépendance de tant de petits municipes, amena — comme ce fut le cas ailleurs aussi — la dislocation définitive du sol alsacien en une foule de seîffneurîes ecclésiastiques et laïques, dont les étroites limites ont fluctué quelque peu sans doute au cours des siècles, mais dont la plupart n'ont entièrement disparu que dans les temps modernes.
Le trait caractéristique decette période de l'histoire d'Alsace, le plus intéressant au point de vue de son développement futur et de sa civilisation, c'est l'effort heureux fait par les villes pour s'émanciper du joug épiscopal ou seigneurial. Les artisans et commerçants des cités, patriarcalement soumis au maître et pratiquement exploités par lui, aspirent à devenÎT des citoyens libres, réclament nne justice indépendante. Grâce à la population qui s'accroît rapidement à l'abri de leurs murailles, grâce à l'organisation économique qu'elles ont su se donner, grâce aux privilèges et franchises octroyés par les empereurs, ces localités, assez nombreuses il est vrai, mais assez insignifiantes pour la plupart, ont profité du morcellement infini des terres seigneuriales pour se libérer d'abord, puis pour conquérir une influence politique tout à fait disproportionnée à l'étendue de leur petit territoire. Parfois ce sont les chefs eux-mêmes qui favoriseiit ce mouvement, le jugeant irrésistible. A Strasbourg, ce sont les évé* ques Henri de Veringen et Henri de Stahleck, qui font rédiger les premiers statuts muxdcipaux; à Haguenau, c'est le duc de Souabe qui octroie les libertés municipales (1164); à Colmar et Schlestadt c'est le grand-bailli pour l'Alsace^ le lands^ogt Albin
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Wœiflin, qui fait -entourer <le murs les villes ouvertes et Frédéric II qui les dote de leurs franchises, comme a«ssi Kaysersberg et Brisach. Mais en générai, on pe«t dire tjae c'est « Taction directe » des habitants oui crée les libertés nouvelles de la cité .
L'exemple le plus topiqne de ce développement autonome est celui de la résidence épîscopale de Strasbourg. Le conseil urbain ftrt eomposé tout d'abord de fon:ctionnaires épiscopaux, puis il fut élargi par î'aocession de que^ues riches bourgeois. Qnand Phifippe de Souabe lui eut octroyé les privilèges de ville libre impériale (1201), Strasbourg s'émancipa rapidement de l'autorité territoriale de ses évoques, grâce à la tolérance prudente de certains d'entre eux. Lorsque le nouveau chef du diocèse, Gautkier de Gerolaseck, voulut le ramener par force sous sa crosse épîscopaie, l'échec décisif qu'il subit au combat de Hausbergen (1%2) découragea pour ravenir ses successeurs moins téméraires, Conrad de Lichtenberg, Jean de Dirpheîm {1306- 1828), BertboM de Bucheck (1328-1353) ; ils préfèrent, en général, vivre en bons voisins avec leurs anciens sujets. Les principaux adversaires des évoques dans ces luttes et les véritables vainqueurs, ce furent les familles de l'aristocratie urbaine, jointes aux familles bourgeoises riches {constofl^r) et aux Hausgenossen^ associés pour la frappe de lamonnaîe. Quant aux classes populaires, groupées d'après leurs professk>ns en une vingtaine de corporations d'arts et métiers ou tribus, elfes avaient bien pris une part active au conflit mais n^exerçaient encore aucune influence poKlîqae ; c'est à peine si leur existence i économique était assurée gr&ce à leur nombre et à leur solide entente. Elles ne tarderont pas à s'affirmer davantage.
Le patriciat urbain se partageait en groupes ri-
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vaux qui, trop souvent, troublaient par leurs quejrelles la tranquillité publique. Deux familles surtout, les Zorn et les MuUenheim — elles subsistent encore aujourd'hui — se trouvaient à la tête de ces factions aristocratiques. La plèbe avait longtemps supporté ces désordres dans un silence plus ou moins résigné. Mais un beau soir de mai de Tannée 1332, une rixe particulièrement çrave se produit à la suite d^un banquet qui réunissait la noblesse de la ville. Échauffés par le vin, les adversaires en vinrent aux mains ; il y eut des morts et des blessés. L'émeute gronde dans les rues, le Conseil se montre incapable de calmer les esprits, et par un mouvement, préparé sans doute de longue main, le populaire mécontent se porte sur l'Hôtel de Ville. Bientôt les plus remuants parmi les nobles sont bannis, et tout en laissant à ceux-ci et aux bourgeois riches leur part dans le gouvernement, les artisans renforcent le Conseil dans un sens nettement démocratique en y adjoignant vin^t-cînq représentants des corporations d'arts et métiers. Les quatre stettmei' stres représentants du patriciat, qui présidaient jusqu'ici le Conseil par quartier, se virent adjoindre un ammeistre annuel, représentant des classes laborieuses; ce fut dorénavant le président effectif de l'administration de la ville libre.
Pendant un quart de siècle, la paix urbaine ne fut plus troublée ; mais de terribles fléaux, la peste, les inondations, la famine, amenèrent vers le milieu du xiv® siècle une misère économique générale, si bien que les seigneurs et les riches ne réussissaient plus à vivre qu'à force d'engagements de terres et d'emprunts, et que les petits et les misérables, n'ayant rien à vendre, mouraient de faim. L'argent à emprunter ne se trouvait alors qu'entre les mains des Juifs, qui, exclus par l'Église et le
Eglise Sainl-Pierre et riainl-l'aul, à Rosbeim. néralre de l'église Sainte-Foy. — Eglise ou Rainl-Tluebaut, S Thann. {Phm. Bcvim Alsacien
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pouvoir séculier de toute autre activité industrielle^ agricole ou libérale, s'étaient jetés sur le trafic de l'argent. Ils devaient fatalement être victimes df^ la haine des populations, le jour où les princes et les seigneurs ecclésiastiques ou laïques, leurs protec* teurs intéressés (et qui étaient aussi leurs débiteurs), les ayant saignés à blanc, trouveraient plus pratique de les faire disparaître que de les rembourser. Dès 1320, nous voyons les Juifs persécutés dans certaines localités d Alsace ; en 1337, un ancien aubergiste, qui se faisait appeler € le Roi Bras de Cuir >, parcourut le pays à la tète d'une bande de forcenés, déclarant que leur présence était contraire à l'Evangile et que s'ils refusaient de déguerpir, il était licite de les assommer. Beaucoup périrent avant qu'on pût enrayer le mouvement.
Dix ans plus tard, quand la peste, la <k mort noire » {der schwarze Tod)^ ravagea l'Europe entière et que des centaines de milliers de morts subites alTolèrent les masses, on profita de cette panique pour leur persuader que les Juifs étaient les coupables, ayant empoisonné partout les sources et les puits par haine de la foi chrétienne. Une persécution générale se produisit alors en Alsace ; seuls, les gouvernants de Strasbourg essayèrent de sauver leurs concitoyens Israélites, mais cette résistance coa« rageuse, quoique sans doute intéressée, hâta leur
{propre chute en môme temps que la destruction de eurs protégés. Le 9 février 1349, éclatait un mouvement antisémite et démagogique qui modifiait, une fois de plus, la constitution de la ville libre. L'ammeistre Schvsrarber et ses collègues furent déposés,
{)uis bannis, et quelques jours plus tard (14 février) es habitants du quartier juif furent traînés pêlemêle sur un immense bûcher (construit sur l'emplacement de la rue Brûlée actuelle) et tous ceux qui
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refusèrent de se convertir — deux* mille malheis^ renx, si nous- en croyons nos Tieilles- e£roniques — périreiiït dans les flammes. Ils nie furent pas seulement victimes (eu fanaitiame. Deux* contemporains, Gtosen^r et Kœni^shoYeii, tous de%tx hommes d'Église, ont brièvement noté dans leur récit leur opimon sur le procès sommaire fait à ces a empoison» neursi :o. c Le poison qui le» tua, dit le premier, ce' ftirent leurs richesses > ; et le second ajoute : <& S'ils: aTaient été* pauvres-, on les aurait jugés iiSBOcests:. ]>
A lia suite de ce* nouveau mou;veni6nt, les oorpo^ rationsi d'artisans prireiït une part plus aK^tîve encore à la politique, et leur- triomphe (ut complet quand, soi^ante-dix ans plus tard^ la plupart des familles nobiliaires se décidfërent à qmtter la ville parce qu'on les^ sommait de- se soumettre à la loi commune et de ne plu» fatiguer l'opinion par leurs querelles, leur insdence» et leur libertinage, sign^h Tés dans une enquête officielle. Cet exodS de' 14â0' marquée la prédkD^mânance définitive de' rélémeîït plébéien dans les conseils strasbourgeois. Les epml" ques nobles restés dans leurs^ demeures urkaimesy et les bourgeois* notables commerçambsv parta^nt désormais- fô pouvoir, sans plus récrimmetï, avec Ibs artisans vainqueurs', et le texte de k nouvelle, cbairte constitutionnelle, du Sckwœvbriefy q«e lesbourgeois juraient d'observer; chaque année,, devant la cathédrale, remanié une dernière foi» en 148^'^^, ne subite plus guère de changements de? fournie' sérieux jusqu'à' ta réWutian d« 17S9v 1^®^ <F^^ rèspril de la vieille constitufi^Dn dénsocmticRie'Se fât éVsBoré depme bien longtemps déjà.
Wn conseil ou Sénats de trente^ membres, dont cMx pati!Îcrèns et vingts délégués- des triàus, administire' lie cité^ SOUS" k £r0e#on< d'un aaiin@i«itre> plébéien» ei
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de quatre stettmei»tre&, choisis dans le patriciat. Mais au coisrs du X¥* siècle déjà, se créèrent — d'un commua accord d'ailleurs -. — des rouages administratifs auxiliaires, qui devaient alléger la tAeke du Sénat et bientôt le supplantèrent; c'étaient des collèges ou coBailéd |)ermanent&, dont les membres n'étaient pas soumis, comme les membres du Conseil, à un renouvellemeiit annuel, mais, une fois installés, restaient d'ordinaire en fonctions leur vie durant. Ces collèges devinrent, dè>s le xvr siècle et par la forée mêmie des> choses, le véritable gouvernement de la république ; celui des Treize était chargé des affaires extérieures et miUtaires, celui des Quinze a^oecupait des affaires internes et de la gestion des fisiaiices^. Si l'ammeistre et les stettmeistres continuaient à être élus annuellement^ on prit l'habitude de le» rappeler indéfiniment à leurs fonctioBS, après un intervalle fixé par les règlements, de sovte que tout ce haut personnel, une mis intro» duit a«i gouvernemieBt, y restait iusqu'à la mort, à moins de maladie grave, d'infirmités séniles Ou de forfaiture. Le Sénat n'avait vraiment occasion d'infoser un sang nouveau à ces différents corps qu'après le décès d'un de leurs titulaires. Il faut ajouter qu'en théorie Sénat et GoUèges^ dépendaient du peuple aoiiivefain, représQntépar l'assemblée des Échevins; elle cofiskptait trois eent» membres, chacune des: tribus d'arts et métiers eholsissaiot un niombre égal de délégués. Mais, de fait, elle n'était plus que rdremest convoquée, dès le xvi* siècle, et n'a jamais faâl que suivra t împukicâi que lui donnait le gouvernement, eontresignant de son vote tous ses projets de loi .
ParmiledvtUesalsiaci^asBiesrd&mcHndreimpoirtance, les unes, eomiaeColmar, ObeBuai, Schlestadt, avaient été îadis des viUm royales;, d!sâitres, comose Hây-
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sersberg, Belfort, Thann, Soultz^ Dachstein, des chàteaax forts {castra) élevés pour la défense du
{)ays; d'autres encore, comme Wissembourg, Andau, Marmoutîer, Munster, devaient leur existence aux antiques abbayes autour desquelles s'étaient groupés leurs premiers habitants. Au début, les empereurs et rois d'Allemagne avaient seuls élevé au rang de villes des localités parfois assez modestes. Plus tard, au xiv* siècle, les évoques de Strasbourg s'étaient également arrogé ce droit régalien et Pavaient exercé au profit de bourgs aussi insignifiants que Bœrsch et Dambach. Leur exemple fut suivi par les seigneurs de Lichtenberg pour Bouxwiller, par les ducs d'Autriche pour Ensisheim, les sires de Ribeaupierre pour Ribeauvillé, etc.; bientôt l'Alsace fut remplie de ce qu'on pourrait appeler des embryons de cités, dotées tout au moins d'un mur d'enceinte, d'un marché, d'un statut municipal. Mais ces germes ne se développèrent pas tous avec un égal bonheur, et beaucoup de ces localités ne furent jamais des villes impériales ; ^\3lç,\3lxm^ d'elles ne devint ville libre y comme Strasbourg. Si quelques-unes, à la suite de circonstances favoranles, s'émancipent graduellement, d'autres, en plus grand nombre, restent sous la tutelle plus ou moins sévère de leurs seigneurs territoriaux, et quelques-unes retombent même au rang de simples bourgades, soit par un déclin lent ou naturel, soit par une catastrophe subite.
Au début de leur existence, dans toutes ces villes, les fonctionnaires, prévôts ou baillis, sont nommés |)ar l'empereur et choisis dans la noblesse ; peu à eu les Conseils urbains rachètent ces charges 'une façon légale ou profitent d'un interrègne pour les usurper sans compensation pécuniaire. Au XIII* siècle^ l'organisation intérieure de toutes
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ces cités est encore nettement aristocratique; au XIV* siècle, une révolution modérément démocratique y transfère le pouvoir à la petite bourgeoisie des métiers, mais nulle part le tiers état victorieux n'écarte absolument le patriciat vaincu. Si celui-ci disparaît plus tard complètement des charges de la magistrature dans les villes impériales, c'est que les familles patriciennes y sont éteintes ou que la noblesse subsistante n'ambitionne aucunement le médiocre honneur de figurer dans ces administrations locales.
C'est en 1353 que, sur l'invitation de l'empereur Charles IV, les dix villes de Mulhouse, Colmar, Munster, Turckheim, Kaysersberg, Schlestadt, Obernai, Rosheim, Haguenau, Wissembourg, se groupèrent pour former une ligue offensive et défensive sous le protectorat du souverain et de son délégué, le grand bailli ou landifogt. Ainsi se constitua la Décapole d'Alsace, comme on l'appela plus tard, dont l'alliance, signée pour un temps limité d'abord et môme au xrv® siècle un instant rompue, fut finalement toujours renouvelée malgré les rivalités politiques et les dissensions religieuses, et subsistait encore, fantôme d'un passé depuis longtemps évanoui, au moment où éclate la Révolution. Il faut observer seulement que les villes adhérentes à l'alliance ne furent pas toujours les mêmes ; Seltz ne fit qu'y paraître; Landau n'y entra qu'en 1511 et Mulhouse en sortit dès 1525, pour s'agréger à la confédération plus puissante des Cantons nelvétiques. Elles payaient toutes un léger impôt annuel, versé au grand bailli pour prix de la protection impériale ; eues fournissaient quelques dons volontaires dans des circonstances spéciales, et un contingent de troupes, fort modeste, en cas de guerre d'Empire; pour le reste, libres de toute autre obligation poli-
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tique ou financière, elles s'admiaistraient avec une înaépendaBee entière. Cette indépendanee , elles ont su la conserver daiis leur sphère provinciale, en se couvrant — surnant rexemple donné par leur sœmr aînée, Strasbourg — de leur titre de villes impériales contre les attaques des évèques ett des autres seîgneiirs du pays ou contre celles de voisins puissaaiis du deh^^irs^ les iducs d'Autriche^ les margraves de Bade et les comtes palatins. Mais, en même temps, elles omt maintenu une autonomie à peu près complète, pour leurs aifaires intédeu- Tes, viis-à-vis de ce pouvoir suprême qui leur servait ainsi de bonclier. On peut liire que, dans leuT cadre restreiist^ les aristocraties bourgeoises de iSi;rafibo<urg et de Colmar, qui gouvernaient ces ci*tés au xirf et am xiv* siècle, ont produit de très énergiques et ihabiles palitiaues d<i>nt le plus souvent le succès couronna les enorts. Nous avons déjà mentionné la victoire de Hausbergen, remportée par les Strasbourgeois sur l'évoque Gauthier aeGeroldseck, en 126S ; la même année, on vit le vaillant scultète Jean Rœsselinaiin libérer Golmar, au prix de sa vie, dm Joug épiseopaL
Dans ces luttes les villes d'AJsace avaient eu pour allié, p0ur banneret même, le comte Rodolphe, de la familOe des Habsbourg, qui possédaient des terres assez étendues dans le nord de la &msse actuelle et dans le Sisadgau, et portaient depuis le kiî* siècle le titre de landgraves de la Haute- Alsaee. Quand les princes de TEmpire tjfboisirent pour roi d'Allemagae ce petit dvnaste qui leur paraissait peu dangereux (1278), il «urait «pu se manifester quelque inqiuiétuâe, panm ses ^amis de la veille. 'QueliQS seraiesaA; les visées du soirveraiu, qui peutétoe allait se ■chan^ger en maître daagereux? Mais Rodolphe de Habsbourg se sentait trop attiré vess
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les territoires de Torient pour songer à des conquêtes plus modestes en Alsace. Il préféra combattre Otto- <;ar de Bohême et conquérir à sa descendance le duché d'Autriche. Il resta donc populaire sur les bords du Rhin et, sauf quelques interruptions temporaires, ses héritiers et successeurs continuèrent à entretenir des relations généralement amicales avec les contrées alsaciennes. Rodolphe lui-même et son fils Albert séjournèrent volontiers dans nos régions, où leurs partisans restèrent nombreux alors même que d'autres souverains, étrangers à la maison de Habsbourg, Adolphe de Nassau, Henri de Luxembourg, Louis de Bavière, portaient la couronne royale ou celle de Charlemagne.
Les luttes répétées contre les anti-césars, la reprise des vieilles querelles entre le Saint-Siège et Louis de Bavière, dont Tun revendî(juait la suprématie de rÉglise et Tautre l'autonomie politîmie de l'Empire à l'égard de Rome, empêchèrent d'ailleurs pendaTït toute la première moitié du xiv* siècle, les détenteurs du pouvoir central de rien entreprendre contre Findépendance effective, sinon légale, de toutes les formations territoriales, grandes iet petites, que la féodalité avait fait éclore sur le sol de l'Alsace. Quant aux qucTelles incessantes <rue les représentants de l'anarchie féodale amorçaient, puis terminaient entre eux, pour les recommencer ensuite à nouveaux frais, sous l'imptilsion d'appétits momentanés ou d'un besoin de vengeance, ce sont des manifestations de la seule force brutale, du Faustrecht, dont le détail serait ici sans intérêt
Une étude plus utile et plus intéressante surtout que celle des innombrables petites guerres féodales
aui désolèrent l'Alsace au moyen âge, c'est celle du éveloppement de la culture intellectuelle, artistique et morale de notre province à cette époque, l'histoire, en un mot, de la civilisation alsacienne. Ce développement est très supérieur à celui de bon nombre d entre les territoires situés plus au nord ou à l'orient du Saint Empire romain d'alors. Il présente aussi cet intérêt particulier que, sous leurs formes germaniques, les produits de la littérature et des beaux-arts décèlent pourtant un contact plus intime avec les régions de la France nouvelle qui se dégage peu à peu, du xi* au xiii* siècle, de la Gaule franco-romaine. Cette influence est indiscutable, et reconnue d'ailleurs par les plus véhéments défenseurs des idées germaniques. Mais elle fut précédée, dans nos régions, par une autre influence, celle du christianisme, influence modifiée elle-même, en une certaine mesure, par les faibles restes de la civilisation antique, que la renaissance carolingienne avait ramenés et ravivés dans notre pays. Ces intelligents efforts ne restèrent pas
eutièrement stériles. Ce sont les écoles latines de nos grands monastères d'Alsace qui lui ont fourni, dès le Yiii* siècle, ses premiers annalistes et hagiographes, ses premiers commentateurs des Écritures, essais médiocres sans doute, précurseurs pourtant d'un développement intellectuel plus original. Tous ces premiers écrits sont naturellement rédigés en latin, langue qui restera longtemps la langue préférée du clergé. C'est en latin qu'Ermoldus Nigellus rédigeait les poèmes déjà mentionnés dans un chapitre précédent, où il décrivait les beautés de la première cathédrale de Strasbourg et la fertilité de son territoire ; c'est en latin plus classique qu'au XIII® siècle, Gonthier de Pairis chantait dans son Li^urinus les hauts faits de Barberousse ; c'est en latm que Manegold de Lautenbach fulminait ses imprécations brutales contre l'empereur Henri IV ; c'est enfin dans cette langue que la docte abbesse Herrade de Landsberg rédigea, vers H80, dans les solitudes ombreuses du monastère de Hohenbourg, le Hortus deliciarum, cette Encyclopédie de la science de son temps, à l'usage des jeunes novices de son cloître, en l'illustrant de nombreuses et splendides miniatures. Le précieux manuscrit n'a survécu durant tant de siècles que pour périr misérablement dans l'incendie des bibliothèques de Strasbourg, allumé par les obus prussiens (1870).
C'est dans un autre monastère, celui de Wissembourg, que le pieux Otfrit composa, vers 868, le
})remier poème qu'ait à mentionner l'histoire de la ittérature allemande, — les chants delà légende des Niebelungen ou celle de Gauthier d'Aquitaine, le Walthariliedy ne circulant encore gue grâce à la transmission orale. Dans ce poème, intituléZe Christ, Otfrit présente à ses compatriotes la narration ri-
4St ftlSTOIilB o'aLBJlCE.
mée de la vie du Sauveur, en une langue eiicore bien fruste» et v vBnte^ en même temps que les beautés des évangiles, la vaill^uice de sa race et sou ardeur aux combats. Mais c'est bien plus tard seulement, aux xii^ H xui^ siècks, que la poésie lyrique et la poésie épique se développent de la iaçofi la plus brillante ea Alsace, se perfectiosmant d'après les modèles fournis par les troubadours de Provence et les trouvères de la France septentrionale, auxquels les poètes alsaciens empruntèrent aussi le plus souvent leurs sujets. C'est ainsi que Henri de Glichezœre imita le Roman dm Renart ; c'est ainsi qu'un autre chevalier. Reinmar de Haguenau, chanta les joies de l'amour et les beautés du printemps dans le langage .alambi-
a né des cours d'amour de ce temps. C'est un enfant e l'Alsrace également, ce Conrad Fleck qui para- Shrase pour ses compatriotes la touchante histoire e Flor et Blmvchefboire . Mais le plus célèbre des poètes de ce temps, le plus grand peut-être que l'Allemagne dumoyen ftge ait produit, c'est Gottfnit <ie Strai^oiirg^ le chantre de Tristan et laolde, le peintre, si raffiné déjà, des transports et des dou* leurs que la passion met au cœur des amoureux, des ruses et des jalousies de l'amour, dont sa plume irès laïque ne craint pas de révéler le secret. Arrêté par la mort, le poète (qui iut peut-être secrétaire du Conseil de Strasbourg) n'a pas achevé «oa oeuvre, dont mai critique sagace d'oi»tre-Rhin a dit qu'elle était a l'ouvrage le plus français dé la vieille littérature germanique ^ .
A cMé des tr^avanx littéraires, il faut mentienner encore les travaux historiques. Ils sont rédigés d'abord excliiBivement par des moines ou d^ moins l^ar des clercs, c'est-à4iire écaits en latin, tels 1^ Annales des Dominicuins de Colmar, le BeUmn
LÀ CIYILISÂTIQK iklUBAGfiBNliS ÈÎO MOYEN AGB. 43
WkliAerianwm^ la Chronique de Godefroi d'£^s- ^ngan et celle de Maftioas de i)IeiiboTirg., etc. Mais les textes de longue ûlafi&îque flont remplacés pea à pan par des récits rédigés en langnnie vulgaire^ à l'usage du gciaBd public^ surtout à Strasbourg qui derient, àéa le xm* sdècle et reste de^mis, le ceutre intellectuel de T Alsace, à œesMre^que sa population grandit, qu'elle s'enrichàt par Tindustrie et le cornuaerce^ se snomt^e phis eurieuse des choses de l'esprit et s'intéresse davantage anox choses du passé. haiC&roniifue de FVibSicheCiosener, Jb prébendier de Notre-Dame^ celle surtout de Ja^iues Twinger de Kcsmig^boven, le € bom chanoine de Saint Thomas :», lï^ondent par leur ton populaire et leurs anecdotes parfois .anticléricales à ces besoins nouveaux. Aussi KioenigshoTen (1346-1420) devint-il infiniment populaire et son ouvrage se répandit d'autant plus vite par toiste l'Allemagne qu'il lut à vrai dire la première histoire universelle un peu complète, écrite à l'usage des lecteurs allemands ignorant le latin.
Après les historiens nous nommerons les théologiens^ les 7epré@entants de la scolastique officielle, mais surtout les mystiques et les tfaéo^opbes qui se mettent à parler aux fidèles laïques et à traiter leur sujet en lanirue vulâraire» C'est à TÉcole des domimcMi» de Itragbowg qu'enseigna pendant plu* sieurs aimées (vers 1312) le célèbre maître Eckart; Vest à Strasbourg que uaquit et m<^rut Jean Tauler {Iâ00-i361), le plus célèbre des prédicateurs de l'Allemagne en son temps^ longtemps lu et relu par les générations 9uiTanltes, Cest encore à Strasbourg qu'écrivait lebauquierRulman Merswin (1308-1382), 1 auleur «du Lm^re des neuf Rochers et de beaucoup d'autres écrits, l'un des plus curieux représentante du mysticisme aisaciesn «uxrv* siècle.
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Mais ce qui, plus que la littérature, l'histoire et la théologie, contribue à entourer, à nos yeux, d'une auréole civilisatrice l'Alsace du xiii* au xv* siècle, c'est le profond sentiment artistique qui l'anime. Ce sentiment se manifeste sous bien des formes, les unes plus modestes, les autres grandioses. Je rappellerai seulement ici le travail de l'obscur dominicain de Colmar qui nous conserva en le copiant d'une main peut-être maladroite, mais si patiente (vers 1265), le grand Itinéraire de l'Empire romain, sur douze peaux de parchemin, précieusement gardées à Vienne, et que Conrad Feutinger, d'Augsbourg, devait éditer environ trois siècles plus tard. On admirait naguère — notre génération fut, hélas ! la dernière à pouvoir contempler l'original — les miniatures délicates du Hortus d'Herrade de Landsberg, déjà mentionnées plus haut. Que de chefsd'œuvre naïfs, détruits par les ravages du temps et la barbarie des hommes et dont un souvenir plus ou moins vague est seul venu jusqu'à nous! Du moins nous possédons encore en partie les splendides verrières de la cathédrale de Strasbourg et parmi les sculptures qui la décorent, des chefs-d'œuvre naïfs comme les groupes des Vierges sages et des Vierges folles, la Mise au tombeau de la sainte Vierge^ les statues de la Synagogue et de V Église et tout ce monde de figures symboliques, évoquées par le ciseau de maîtres inconnus. Et tout au bout du moyen âge, vers l'aurore de la Renaissance, nous saluons encore un maître alsacien, et l'un des plus illustres, dans ce Martin Schœn ou Scbœngauer, de Colmar (1420-1499), qui fait revivre une dernière fois l'art pieux des maîtres de Cologne, empruntant à ses prédécesseurs flamands une certaine verve réaliste qui n'exclut pas le mysticisme presque enfantin de ses Saints et de ses Vierges, dont la plus
LÀ CIVILISATION ALSÀGIENNB AU MOTEN ÂGE. 45
célèbre, la Madone au buisson de rosesy orne l'église de Saint-Martin dans sa ville natale. On devrait joindre à son nom celui de Mathias Grunewald, qui fut peut-être son élève, s'il était certain que ce grand artiste, dont quelques chefe-d'œuvre, provenant du couvent d'Isenheim, se trouvent au musée de Colmar, fût vraiment d'origine alsacienne. Mais il ne fit que passer sans doute en Alsace, dans les premières années du xvi* siècle.
Mais ce qui doit retenir avant tout l'attention des explorateurs de ce passé, ce sont les créations de l'architecture religieuse, depuis la chapelle octogone d'Ottmarsheim, datant du xi* siècle, et la belle église romane de Rosheim,qui appartient au siècle suivant, jusqu'aux nombreuses églises gothiques érigées du xiii* au XV* siècle, parla foi des fidèles. Il faut avant tout nommer Sainte-Foi de Schlestadt, Saint-Pierre et Saint-Paul de Wissembourg, Saint- Florent de Haslach, Saint-Thiébaut de Thann; on en pourrait citer bien d'autres, s'inspirant du style nouveau qu'importèrent de France des maîtres pour la plupart ignorés aujourd'hui mais dont on admirera longtemps encore les créations anonymes.
Parmi tous ces édifices consacrés au culte divin et à la grandeur de l'Eglise, nul pourtant n'émeut autant le cœur des enfants de l'Alsace que la cathédrale de Strasbourg, qui se présente à nos yeux comme une synthèse vivante et nullement disparate de tous les styles du moven âge, depuis les parties romanes du chœur jusqu au gothique flamboyant du portail de Saint-Laurent. Il y a là sans doute des incohérences qui peuvent choquer un homme du métier, critique sévère des erreurs d'autrui; mais
Sour le simple visiteur, qui mesure du regard la èche élancée du sanctuaire de Notre-Dame, égalant en hauteur la plus élevée des pyramides de
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Fantixpie Egypte, tcras cegr élément» discordant» are fondent en un ensemble malgré tout harmonieux^ S'il exista jamai» une œrrvre' collective, c^est bien celle-là; de nombreuse» générations d^archîtectes et d'ouvriers^ animés d'un zèle ardent et désireux d'y gagner leur part du' Paradis, ont travaillé, peniixiii des sièelesy k l'^ection dé ces étages succèsmSs, et les artgbives de TŒuvre Notra-Dame nous^ ont conservé le nomdfe' beaucoup» d'entre eux.
Mais, da«n»Ie sKimveïLir de T Alsace reconnaissante, de toais ces nonxs un seul a vraiment survécu, celui de Maître Erwin, l'artiste d'origine inconnue, qu'urne traditioi!^ relativement récenlee* très peu sûre appelle Erwiu <k Steiabafcb, C'est lui qui, dan» les demièFe» années du xni* et les première» du xiv* siècle, créa la* splendide façade que l'on admire aujourd'hui. A vrai dire, nous ne possédon» presque aucune donnée précise sur lui, ce qui a permis aux érudits d'^émettre à son sujet des opiMons très divergentes; nous savons seulement qu'il est mort longtemps avant que son œuvre propre ait été amenée jusqu'à la hauteur de la pkte-forme actuelle. Rien ne fut plus^ étrange à sa pensée que la création de la flèche umque qui surmonte son œuvre et qui ne fut terminée qwe ver» le milieu du xv* siècle. Mai» si nous ignoroBi» presque: tout de la personne du maître, nul ne doutera jamais de son génie, s'il lui* a été donné de poTfvoir adiBffrer une seule fois cette façade merveilleuse, aux dentelure» infinie», aux niche» peuplée» de sadiït», illuminée par le» rayon» du soleil eeyuchant ou par le Éauve éclat de» éclair». Une heure de^ contemplation recueiBie devant ce nïonument de l'art non» fait mieux comprendre que tous ks pané^
rique» la graudeur du moyen âge e« Fintensité
sou sentimei]^ religieux.
LES FREMli^RES INTERVENTIONS FRANÇAISES
Le haa^ règne de €harles lY de- Luxembourg^ opposé d'^abord. k Louis de Bâyièie comme eaiMlidai <ta Saîzit-Sièger et qui reste san» nrai après la mo£t eu Witteisbûcfi (1347), £at, à bien des égards, à'vmsi ianperfeanice majeure pour F Alsace. Non seukemeni il is^flne dan» une certaine mesure 9ur le dé\?ek)ppement de» TiMes de la province, fevorise la formalsiom de la Ligne de la Décapote, réconcilie avec le SAÎmtrSiège Strasbourg frappé d'^i'Hterdit eoiame adhënent da scbismatîqfue h&m»^ maïs c^est encore' durant son règne qts® sie* remarquent le» pre* fider» symptôme», d'influences politique» nouvelle» qui désormai» se feront s^ir,^ à intervalles phi» ou QMDinâ rapproob^y d^ns les régions â t'est de» Vosges. Pendant plusieurs siècle» Taetion récrprocpie de la Franco eb de l'Allen^gne no s^était goëre* manifestée dans la plame rhénane. Quand ces deux grands corpsu politicpe» s'étaient trouvé» est Fsq^port», soit amie^nis;, »oit hostiles, ce» coutael», assez rare» en somme, s'éfiaient produits ver» kr valliâe du Rbône ou^ vofs l'Escaut, régions où le» dernier» rois capétîeB!» dispaDaâent, non sans sucée», à' Finfhiieneo du Saintt Ëtnpiro le pay» c^Ârles, 1» Aourgogne et les Ftandi^es; La bataille de Bon* Tina», ffagaéeF es 1*214 par Philippe-Auguste sur Otboo lY 6^ ses^ alilâé», »rai£ été Vépisoms le plu»
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marquant de ce conflit. Puis avait commencé la lutte centenaire contre les Anglais, détournant pour longtemps Tattention de la France des régions situées à Test de ses frontières.
Mais quand Edouard III eut signé la paix de Brétigny (i360) avec le roi Jean, il fallut chercher le moyen de se débarrasser des nombreux mercenaires engagés jusque-là au service de la couronne d'Angleterre, et dont les bandes pillardes ravageaient la Bourgogne, la Lorraine et les Trois- Evéchés. Elles avaient môme pénétré jusque dans les Etats du pape, à Avignon. Charles IV, étant allé rendre visite au souverain pontife dans cette résidence, convint avec Urbain V de les employer à une croisade contre les infidèles. Tous les princes et seigneurs désiraient naturellement être aélivrés de ces c Anglais x>, comme les appela la voix populaire, bien qu'ils fussent en réalité un ramassis des nationalités les plus diverses. L'empereur invita donc ces bandes à s'approcher du Rhin, pour traverser l'Allemagne et passer en Hongrie. Sous la conduite de ce l'archiprétre » Arnaud de Cervole, les Anglais se mirent donc en route, en juillet 1365, et pénétrèrent en Alsace en descendant par le col de Saverne. Charles IV, alors au plus mal avec Strasbourg, avait sans doute l'arrière-pensée d'utiliser ces mercenaires pour châtier les citoyens récalcitrants de la petite république. Il se trouvait en ce moment lui-même à Seltz, en Basse- Alsace, et ne sut ou ne voulut pas d'abord organiser sérieusement la défense contre cette invasion. Le plat pays fut inondé par ces hordes sauvages aui se répandirent par toute la région et brûlèrent les faubourgs de Strasbourg. Ce fut assez tard seulement, que, devant l'indignation générale des Etats méridionaux de l'Empire, qui craignaient un sort semblable, il