‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 14 sur 73 · LES PREMIERES' INTERVENTIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES PREMIERES' INTERVENTIONS FRANÇAISES

fat déformé par la haine populaire en celui d^Arme Gevken ou pan'VTes gueux) nous amène à Fun des tournants dfe Thistroire d'Alsacev

Le traité de* paix d^Arras= une fois signé en septembre M35, fe roï de France et son puissant vassal, le duc Philippe de Bourgogne, eurent tous deux lé désir très^ naturel d'éloigner de leurs territoires les bandes de chevaliers mercenaires et d' hommes' d'armes dont ils n'avaient plus Temploi. Une première €ôlt>nne de ces Écoreheurs (autre nom significatif donné pear les victimes à cette cohue de pillards) descendit le col de Saverne en février 1439 et pénétra en Alsa<îe obligeamment guidée par le sire de PénéCrange; elle avait été appelée, dit-on, par Févêque de Strasbourg, Guillaume de Diest, qui voulait fencer ces soudards contre Tes vilïes désobéissantes. Cette masse d'envahisseurs, que les chroniqueurs estiment à près dé seize milfe hommes, cÎTcuIa^ par tout le pays sans trouver devant elle des forces capables d'une résistance sérieuse; les milices strasbourgeoises ainsi que les chevaliers du comte Jacques de Lichtenberg ou du comte palatin Louis furent repoussés av^c pertes, et si les villes munies d« solîd'es remparts ue purent être inquiétées, les localités ouvertes eurent d'autant plus à souffrir. Les « Armagnacs » et leurs chefs s'orientèrent, lors de cette visite préliminaire, sur la situation générale de nos contrées, sur les conflits poli- M(iaes dans les régions voisines et spécialement sut tes querelles entre les Habsbourgs et les Cantons helvétiques, querelles qui n'avaient jamais cessé entrèremeirt depuis lia mort d'Albert I", mais qui avaient repris avec plus d'âpreté depuis que Ta maison d'Autriche avait succédé à celle de Luxembourg et recotrvré, poxir ne plus la perdre, la cou-

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ronne impériale avec Albert II et Frédéric III.- Le neveu de ce dernier, le jeune archiduc Sigismond de Tyrol, devait épouser une princesse française, fille de Charles VII. L'empereur fit solliciter à la cour de France un concours militaire qui le ferait triompher de ses ennemis suisses. Un accord secret fut signé; mais, soit que les conseillers du monarque voulussent simplement débarrasser du coup le royaume d'éléments dangereux, soit qu'il y eût vraiment un projet à plus longue échéance formé dès lors, ce ne furent pas les quelques milliers d'auxiliaires demandés par Frédéric III qui se mirent en route.

L'été de l'année 1444 vit s'ébranler, vers la frontière, une formidable armée de quarante mille hommes, commandée par le dauphin Louis, le futur Louis XI, en personne. Une terreur légitime s'empara des populations alsaciennes quand elles se virent menacées à leur tour par cette cohue d'aventuriers de toute nationalité, traînant à leur suite des milliers de goujats et de femmes de mauvaise vie. En effet, le dauphin avait commencé par se diriger sur le comté de Montbéliard,, s'était ensuite approché du Rhin et menaçait Bâle. Les confédérés accoururent à la rescousse et, presque sous les murs de la ville, au cimetière de Saint- Jacques, ils livrèrent le 26 août la mémorable bataille de ce nom. Ecrasés finalement par l'immense supériorité du nombre, les Eidgenossen vendirent si chèrement \^ victoire à leurs adversaires et leur infligèrent de telles pertes que les conseillers militaires du dauphin jugèrent préférable de ne pas Poursuivre cette première tentative contre les liertés helvétiques.

Ils voulurent se refaire et se dédommager sur un terrain qu'ils savaient plus mal défendu ; les « Arma-

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gnacs » refluèrent donc vers la Haute- Alsace, se réclamant de Tamitié des Habsbourgs, et Louis établit son quartier général à Ensisheim, sur les terres d'Autriche. Beaucoup de nobles lui ouvrirent leurs castels mais les villes refusèrent presque toutes d'héberger les hordes sauvages qui, parleurs brutalités sans nom, meurtres, viols, incendies et pillages, se montrèrent absolument dignes de leur terrible renommée. Sur les plaintes répétées des Etats d'Alsace, une diète réunie à Spire proclama bien la guerre d'Empire contre les envahisseurs en octobre 1444 et désigna TÉlecteur palatin comme généralissime, mais les Électeurs et les princes voisins n^envoyèrent pas les contingents promis, Frédéric III ne se montra prodigue que de bonnes paroles et ses ambassades répétées à la cour de France ne produisirent aucun résultat utile. Alors môme que le dauphin fut retourné à Nancy, ses soudards restèrent campés en Alsace, commettant d'atroces représailles entre les milices bourgeoises et les paysans soulevés ui essayaient de s'en débarrasser. L'exaspération es populations devint telle, qu'elles déployèrent bientôt une férocité analogue; tous les Écorcheurs isolés qui tombaient entre leurs mains, étaient noyés ou brûlés dans les fours, à moins qu'ils ne fussent /('un rang assez élevé pour qu'on pût espérer en tirer une bonne rançon. Ce n'est qu en mars 1445 que les Armagnacs, fortement éprouvés par la famine, la petite guerre et les attaques infructueuses dirigées contre certaines villes — Louis lui-môme avait été blessé au siège de Dambach — ayant

1)erdu un grand nombre des leurs et épuisé d'ailleurs a province, se rendirent aux prières de l'Électeur de Trêves et quittèrent enfin l'Alsace avec un énorme butin. Ils laissaient derrière eux des sentiments de haine et d'épouvante dont les chroniqueurs

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contemporains nous ont conservé fidèlement le fionvenir. Ils laissaient aussi le pays plus divisé que jamais, car les villes n'oublièrent pas Taccueil favoi;al>le qu'ui^ bonne partage de la noblesse alsacienne «vaitfait aux envahisseurs et de nonïbreuses expé- •ditions de middoes bourgeoises furent dirigées bientôt contre les châteaux forts de la plaine et des Vosges acfin de se Tenger ^en détruisant ces repaires de la trahison.

En dehors des mombreuses petites guerres féodales, que nous ne pouvQ(ns songer là énumérer ici, et de la querelle entre les seigneurs et les villes, la majeure partie du xv* siècle neus fait assister en Alsace à un double effort fait pour créer sur les Tuines des petites seigneuries des territoires plus considérables. €es tentatives, à un momeat dcKmiâ, semblèrent assez près d'aboutir. Peu à peu, la Haute-Alsace presque tout entière se groupe autofur des possessions de la maison d'Autriche et ron s'attend avoir les H ^tbabourgs changer leur charge et dignité de landgraves en une possession territoriale absolue. Dans la Basse-Alsace, c'est la maison électorale palatine qui tente de placer sous samain^ d'une façon analogue, les terres au nord du Land^ graben, malgré l'opposition tenace qu'elle y rencontre. Le titre de grand-bailli ou landçogt, que lui a concédé l'Empire, l'appui que prêtent à cet effort deux évoques de la maison de Wittelsbach, Robert et Albert de Bavière, — qui occupèrent le siège de Strasbourg pendant soixante-dix ans, — permettent |)endant un temps aux comtes palatins du Rhin de pe considérer comme les vrais propriétaires de tout jle pays entre la Moder et la Queich. Mais cette double consolidation d'une puissance territoriale déjà considérable fut entravée d'ab'ord, puis empé-

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chée par une série d'événemeats qui se produisirent ;idors dans l'Europe occidentale et eurent une répercussion directte sur les destinées de l'Alsace.

La longue et terrible guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleiterre avait favorisé Texpansion 'de La maison de Boiur^offne v^ers les régions du nord et de Test. Sortie ae èa imai son deFramce, elle avait tourné fies armes «outre elle et, pendant plus d'iiin âge d'homme, <m avait pu croire qu^il se refoj*- .merait encore une foifi un vaste royaume intermédiaire, une Lotharingie moderne, entre la France et r Allemagne également amoindries. Le rêve de Charles le Téméraire fut de fondre les parties encore séparées de ses vastes domaines en s emparant, de gré ou de force, des pays limitropiies, du duché de Lorraine et des terres d Alsace. La tâche pouvait ne pas semMer impossible. L'extrême division du territoire alsacien en rendait la défense fort difficile, à mains que J'Empire tout entier n'y oonsaorât «es •efiforts. Or, à ^quatre-vingts ans de distance, les inva^ns des Anglais, prids eelles des Armagnacs avaiaa>t démontré son Wpxissanee en face de pareilles attaques. Le danger serait assurément plus ^rand encore si l'agresseur était un puissant chef . d'État, pouvant consacrer des ressources considérables â la réalisa^itoQ de projets longuement médités.

En 1469 le duc de Bourgogne était eatpé en jouissance, au moins temporaire, dxL Sundiffau, du comté de Ferrette et du firiagau, que rarchiduc Sîgismond, toujours à eourt d'argent, lui avait engagés pour la somme Telativement peu considérable de 80.000 florins. Charles y avait placé, comme représentant officiel et homme de confiance, un personnage tén(^gique, mak sans scrupules, le sire Pierre de H^enbach, qu'il avait chargé d'organiser

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dans ces parages la domination bourguignonne envers et contre tous ceux qu'effrayait un pareil voisinage. Ses efforts lui valurent d'abord quelques succès, mais ses imprudences et son insolent orgueil, plus encore que ses débauches, peut-être aussi certaines excitations venues du dehors, amenèrent un conflit avec les cantons helvétiques. Au moment même où Charles s'emparait du duché de Lorraine, Hagenbach, abandonné par une partie de ses mercenaires, était saisi à Brisach, traduit devant un tribunal formé par ses ennemis de Suisse et d'Alsace, condamné à mort et décapité (1474).

On sait comment le désir de venger cet affront, joint à la soif de nouvelles conquêtes, amena le Téméraire sur le sol des Eidgenossen, à la tête de puissantes armées et comment les victoires des Suisses à Granson et à Morat (1476) préparèrent l'écrasement de Charles, qui périt quelques mois plus tard sous les murs de Nancy (1477). De notables contingents alsaciens, fournis par les dynastes locaux, par Strasbourg et les villes impériales, avaient figuré à chaque rencontre dans cette lutte acharnée, car seigneurs* et bourgeois avaient compris qu'il y allait de leur indépendance à tous. L'effondrement de la puissance bourguignonne, le partage de ses provinces entre les Valois et les Habsbourgs, changea pour longtemps la situation des territoires sur le Rhin supérieur. La Lorraine est entraînée désormais d'une façon plus directe dans la sphère d'influence française. De leur côté, Frédéric III etMaximilien I*' ont dorénavant une tâche plus urgente ailleurs, et plus rémunératrice en apparence, que de poursuivre en Alsace la politique d un modeste agrandissement territorial, suivie par leurs devanciers. Maîtres déjà de l'Alsace supérieure et du Brisgau, maîtres aux Pays-Bas, ils devaient d'ailleurs être portés à croire

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