‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 18 sur 73 · LALSÀG£ ET LES GUERRES DE RELIGION · texte numérisé non relu

LALSÀG£ ET LES GUERRES DE RELIGION

encore voisin) que devront s'adresser, en cas de danger, les protestants d'Alsace. A vrai dire, ils n'auront pas besoin de solliciter cet appui, on le leur offrira, même avant qu'ils le demandent : c'est celui de la couronne de France.

Dès le milieu du xvi* siècle, l'ombre de la puissance française se projette, avant-courrière des événements futurs, sur la carte d'Alsace. Ce n'est pas du jour au lendemain que cette influence française s'est fait sentir dans notre province; elle a été proposée discrètement, puis invoquée à l'occasion, puis imposée finalement par le développement naturel et pour ainsi dire forcé de l'histoire générale du XVI* et du xvii* siècles. Les débuts, nous l'avons vu plus haut, en furent plutôt accidentels et quand le futur Louis XI descendit en Alsace, il s'y conduisit certes en adversaire et fut combattu comme un dangereux ennemi. Encore au commencement du xvi* siècle, l'humaniste Wimpheling, dans sa Germanie^ lance des objurgations patriotiques contre a ceux qui par ignorance ^d se laissent aller à croire aux droits antiques des Valois sur la rive gauche du Rhin, et qui éprouvent des sentiments d'affection plus profonde pour la couronne de France que pour le Saint-Empire romain-çermanique. Cela prouve tout au moins que des sentiments de ce genre s'étaient déjà produits.

Cependant, il estpossible que sans la grande crise religieuse, les exhortations pressantes d'un Wimpheling, d'unBeatus Rhenanus, d'un Jérôme Guebwiler eussent été écoutées, longtemps encore, par leurs compatriotes. Mais en face de la toute-puissance au moins momentanée de Charles-Quint, de ses convictions intransigeantes sur le terrain de la foi, les protestants d'Alsace, moins encore que ceux du reste de l'Allemagne, n'avaient guère la liberté du

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choix dans leurs alliances. Pour sauvegarder efficacement leur liberté religieuse, il fallait bien saisir la main que leur tendait François P" et lier partie avec le seul prince d'Europe qui osât s'opposer à rétablissement de la « monarchie universelle i^, encore que, peut-être, il leur inspirât presque autant d'inquiétude que l'empereur lui-même. Aussi bien cette protection offerte par le roi-gentilhomme à ses « très chers et bons amis » de Strasbourg fut-elle utile à la république après la catastrophe de 1547. C'est certainement pour ne pas la pousser dans les bras du roi de France que Charles-Quint vainaueur offrit à la ville libre des conditions de paix a'une mansuétude particulière, tout comme, quelques années plus tard, Henri II s'abstint de répéter contre elle le coup de main qui lui avait valu la cité messine, a&a de ne pas la rejeter par là sous l'influence des Habsbourgs.

Cette expédition mémorable du fils de François P' à travers les Trois Évéchés et la plaine rhénane marque un nouveau pas en avant de la politique française. Le duc Maurice de Saxe, récompensé d'abord par le titre d'Electeur enlevé à son cousin, pour avoir abandonné ses coreligionnaires au moment de la guerre de Smalkalde, mais craignant ensuite d'être victime à son tour de la réaction triomphante, s'était mis secrètement en rapport avec le nouveau roi de France. Le traité de Cnambord, signé en janvier 1552, avait stipulé une intervention armée de Henri II du côté du Rhin, pendant que Maurice lui-même se jetterait sur les provinces héréditaires de la maison d'Autriche. Pour obtenir ce concours, l'électeur s'était engagé, au nom de ceux des princes protestants de l'Empire qui s'étaient déjà. mis d'accord avec lui, à aban-

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donner au roi les évôchés de Metz, Toul et Verdun, qui faisaient officiellement partie du Saint Empire ; encore ne devjat-il les occuper qu'à titre d'avoué de TEmpire* Henri II commença, comme on sait , par se saisir de Metz, puis il descendit du plateau lorrain vers la plaine d'Alsace, par la montée de Saverne (3 mai 1552), à la tête d'une belle armée. Dès le 31 mars il avait écrit au Magistrat de Strasbourg qu'il c devait ôtre assuré de n'avoir point de plus sûr ni plus parfait ami qu'il ne le serait pour eux, perpétuellement 3»« Le 18 avril, le héraut royal Piémont apportait une autre missive du connétable Anne de Montmorency, annonçant l'entrée du roi à Metz, sa réception cordiale et son intention de gagner maintenant les bords du Rhin ; il réclamait en même temps des vivres et des fourrages pour l'armée* Une députation des Conseils, accompagnée d'un des avocats de la ville, le célèbre historien Sleidan, fut envoyée à la rencontre du monarque pour lui présenter ses respects et pour lui offrir, contre paiement, des fournitures de céréales et de vin d'ailleurs assez peu considérables; mais les envoyés le cherchèrent en vain du côté de Fénétrange, tandis que Henri II passait plus au sud, par Lunéville et Blamont. Us se hâtèrent de rentrer à Strasbourg, ayant entendu dire en route que le projet de se saisir de leur ville avait été arrêté dans les conseils secrets du roi, ce qui n'était peutêtre pas absolument un faux bruit puisqu'on lit dans les Mémoires du maréchal deTavannes : «Le roi marche à Strasbourg pour y faire de môme qu'il avait fait à Metz. »

Les Conseils, qui ne se souciaient nullement de partager le sort de la république messine, préparaient en môme temps leur défense, en réparant les fortifications, en recrutant des mercenaires et en

armant les bourgeois. Montmorency ayant insisté pour que les soldats pussent entrer dans la ville afin d y acheter des vêtements et des souliers, on écarta poliment sa demande, mais on promit de faire préparer du pain pour l'armée française, le connétable ayant dit à Sleidan « qu'ils n'étaient pas des bêtes, pour manger les grains » qu'on leur offrait. Dans tous les environs de Strasbourg, àDorlisheim, Geispolsheim, Erstein, le Magistrat fit confectionner des milliers de miches avec du blé acheté soit dans le pays, soit même outre-Rhin. Le 6 mai, Henri II quitte Saverne pour camper à Brumath et vient de là jusqu'aux collines de Hausbergen regarder la ville et la flèche de la Cathédrale qui, à la distance d'une lieue, se profile à l'horizon. L'intendant général de l'armée royale avait été autorisé à entrer à Strasbourg pour y faire ses commandes et ses achats, mais on avait jugé prudent de restreindre le nombre des visiteurs. Les Mémoires si suspects du maréchal de Vieilleville, rédigés par son secrétaire Garloix, exposent longuement le projet d'une surprise que Montmorency aurait combiné avec l'intendant, M. de Lezigny; le roi, avec une petite suite, accompagné des ambassadeurs du pape, de Venise et de Florence, devait demander à visiter les curiosités de la ville. Deux cents soldats d'élite, démises en serviteurs, suivaient le cortège royal qui déjà s'approchait des murs quand une salve d'artillerie aurait abattu plusieurs d'entre eux, tandis que les autres se sauvaient à toute bride. Une addition postérieure à la légende affirmait môme que les Strasbourgeois avaient pointé leur plus grosse pièce, la Mésange^ sur la tente royale, plantée sur les hauteurs de Hausbergen , pour lui montrer la portée de leurs canons. C'est de cet exploit que leur serait venu le surnom de Meise-

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locker^ ou pipeurs demésanges, qu'ils portent encore aujourd'hui. L'unique fondement de cette tradition semble être la mésaventure arrivée à l'un des fonctionnaires de l'intendance, M« Etienne Chalopin, qui fut en effet assailli, avec ses deux valets, près des portes de la ville, par quelques-uns des mercenaires de la république; lui-même fut blessé et dévalisé, l'un des serviteurs tué, sansique le Magistrat auquel on porta plainte réussît — il le prétendit du moins — à découvrir les coupables.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs des intentions secrètes attribuées au roi de France, qu'il ait voulu simplement visiter la ville libre ou se l'annexer comme l'ont cru la plupart des chroniqueurs alsaciens du temps, toujours est-il que, dès le 8 mai, il se remit en marche et s'arrêta devant Haguenau, qui, moins bien fortifiée que Strasbourg, ouvrit ses portes à la vue de l'artillerie amenée par le connétable. Le roi continua ensuite à se diriger vers lé nord et, deux jours après, il arrivait à Wissembourg où il fut également bien accueilli. Déjà sa cavalerie était poussée dans la direction de Spire quand il reçut à la fois (1 i mai 1552) la nouvelle d'une invasion esagnole dans le nord et des lettres de Maurice de Saxe ui annonçant qu'il traitait avec l'empereur, ainsi que de plusieurs autres princes allemands, réunis à Worms, qui le priaient instamment de ne pas entrer plus avant dans l'Empire pour ne pas le ruiner. Il devenait impossible de continuer la campagne sans réveiller partout des défiances; aussi Henri II fit-il donner à ses alliés une réponse favorable par le cardinal de Lorraine. Venu à la prière de plusieurs

{)rinces d'importance pour délivrer l'Allemagne de a tyrannie de l'empereur, il venait d'apprendre parle duc Maurice que Charles ne se refusait plus à restituer les princes prisonniers et à restaurer la

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liberté germanique ; la nation allemande n'avait donc plus besoin de son aide. Il finissait en exhortant les princes et États réunis à Passau à ne plus se laisser dessaisir d'un bien aussi précieux que cette liberté qu'ils devaient à Dieu et à luimême.

Le 15 mai, Tarmëe française levait son camp d'Aïtenstadt, près Wissembourff ; le roi lui-même retournait en France par Biteae, Deux-Ponts et Sarrebruck, le duc d'Âumale prenait par la Hardt et le Palatinat, tandis que Vendôme et le rbin^rave s'en revenaient par Haguenau et la Petite Pierre* Aux environs de Deux-Ponts, Henri II recevait, le 20 mai, une ambassade des cantons helvétiques qui venait recommander les États d'Alsace et plus spécialement Strasbourg à la bienveillance et à la générosité royalea. Le roi promit aux envoyés de ne pas attaquer les terres de la Régence autrichienne d'où les Suisses tiraient une partie de leurs approvisionnements, et de continuer à vivre en bonne amitié avec la viUe, c dont il devenait le voisin par l'occupation de Metz », mais il ajouta qu'il comptait également sur une attitude amicale de la part de Strasbourg, bien qu'on eût maltraité ses gens aux portes de la cité.

Quelques semaines plus tard, la conclusion du traité de paix de Passau (août 1552) entre l'empereur et les princes protestants mit fin, pour le moment, à toutes les anxiétés, et quand> au mois de septembre, Charles-Quint passa par Strasbourg pour rejoindre l'armée assiégeant Metz, c'est en chef reconnu de l'Etat, en protecteur bienveillant, qu'il fut reçu dans ses murs, et lui-même assura le Magistrat de ses sentiments d'affection paternelle. Ce fut la seule fois qu'il visita la ville libre; il n'y repassa pas quand il dut abandonner l'espoir de

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