‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 19 sur 73 · L^ALSACE ST LBS GUERRES DE RELIGION · texte numérisé non relu

L^ALSACE ST LBS GUERRES DE RELIGION

reprendre la forteresse messine, si vaillamment défendue par François de Guise.

La paix de religion, signée à Augsbourâ^ en septembre 1555, semblait devoir mettre fin pour longtemps aux discordes religieuses qui, depuis une génération, troublaient rEmpire,et assurer aussi à r Alsace un repos dont elle avait grand besoin. L'une des conséquences naturelles de cette paix, sincèrement souhaitée de part et d'autre, et, pour ce motif, respectée tout d'abord par les adversaires en présence, fut que l'appui matériel et moral de la monarchie dos Valois ne fut plus recherché avec la môme ardeur par les États protestants de l'Empire puisqu'il devenait inutile. D'ailleurs, les temps changeaient; Henri II se faisait à son tour le persécuteur de ce que les luthériens et réformés d Allemagne appelaient a la bonne cause i> et malmenait leurs coreligionnaires français bien plus que ne le faisaient au môme moment les Habsbourgs. Mais par un jeu singulier de la fortune ce changement d'attitude n'amena point, comme on aurait pu le penser, la cessation des rapports entre la France et TAlsace protestante. Seulement ces rapports changèrent, si je puis dire, d'objet, quand la sombre période des guerres de religion se fut ouverte. La ville de Strasbourg devient un point d'appui, un centre de ravitaillement, un refuge précieux pour les adhérents de la Réforme française et pour ses principaux représentants. C'est à l'abri de ses murs que se retirent les chefs huguenots bannis, M°" deRoye et les fils de Gondé, les enfants de d'Andelot, la femme de Coliçny ; l'amiral lui-même demande au Magistrat de lui accorder un asile en cas de défaite. C'est à Strasbourg que plus tard Henri de Condé en personne et les nombreux

envoyés de Henri de Navarre viennent conférer avec les chefs des bandes mercenaires ou les agents des princes de FEmpire qu'il s'agit de gagner à la <E cause ]»• ^

Pendant vingt ans, la plaine d'Alsace a été traversée sans répit par des armées en marche ; en 1569, elle voyait celles du prince Guillaume d'Orange, du duc d'Aumale et du duc Wolfgang de, Deux-Ponts; en 1574, les régiments du comte Annibal d'Ems, au service de l'Espagne; en 1575, ceux; du duc Jean-Casimir; en 1579, l'invasion du sire de Maleroy et du duc de Mayenne; en 1583, le passage des troupes de Pierre Beuterich allant guerroyer dans l'Électorat de Cologne ; en 1587, les milliers de reitres que le baron deDohna conduisait en France; en 1589, les bataillons recrutés par Sancy, surpris et taillés en pièces par les Lorrains; avant môme d'être sortis de l'Alsace. Chacune de ces « traversées», chacune de ces étapes fut également doulotiï^use pour les populations rurales de la province. Que les envahisseurs fussent amis ou ennemis, leur conduite était à peu près la méme,et les nombreuses conférences tenues par les États du pays pour délibérer sur les moyens de défense, les a mesures du salut » — les Lanaesrettungen — votées ne servirent pas à grand'chose, nul ne voulant donner l'exemple des efforts et des sacrifices nécessaires.

Les luttes religieuses et les guerres civiles qui ravageaient alors toute l'Europe occidentale, amenaient également sur le sol de l'Alsace protestante des migrations plus pacifiques, et, aux moments de crise aiguë, plus particulièrement nombreuses. Le chiffre des malheureux qui, fuyant l'intolérance religieuse, venaient de France, de Lorraine et des Pays- Bas, était parfois prodigieux. Les procès-verbaux du Magistrat de Strasbourg constatent, pour la

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seule année 1575, la présence successive de 15.398 € Français :&, c'est-à-dire sans doute d'individus parlant la langue française, et l'un des chroniqueurs strasbour^eois du temps, le peintre Sébald Buheler, qui écrivait dans la seconde moitié du siècle, affirme que, déjà vers 1540, le tiers des habitants de sa ville natale étaient des c welches » . C'est là une exagération bien évidente, mais le passage de Buheler, témoin d'ordinaire fidèle, prouve au moins l'impression profonde faite sur la population, par cet afflux, tout au moins temporaire, d'étrangers de nationalités différentes.

L'épisode le plus connu de ces pasëages incessants de troupes étrangères qui désolèrent si fréquemment l'Alsace durant les guerres de religion est l'irruption dans la Basse-Alsace des troupes recrutées pour Henri de Navarre par l'entremise du palatin Jean-Casimir, et que devaient commander le duc Robert de Bouillon et le baron de Dohna, l'un bien jeune et l'autre sans autorité suffisante sur des bandes indisciplinées. On leur avait assigné, sans consulter aucunement les intéressés, comme places de ralliement les régions entre Wissembourg et Strasbourg. Les premiers régiments arrivèrent dès le mois de juin, d'autres ' suivirent en juillet et quand ils furent plus nombreux, ils commencèrent par abuser de leur force et à piller à peu près comme en pays ennemi. Ce fut une plainte et une colère universelles. Les Etats catholiques de la province prétendirent que c'était Strasbourg qui avait appelé ces bandes afin de faire ravager les terres de l'évoque Jean de Manderscheid, voisin bien incommode ; mais les villages de la république étaient tout aussi maltraités que les terres épiscopales. Bientôt les vivres et les fourrages manquèrent, les paysans quittant tout et se sauvant

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derrière les murailles des villes. La situation empira encore quand une seconde armée, formée de merce- ^Ilaires suisses enrôlés par un autre envoyé de Henri, M. deClervant, arriva, forte de seize à duL*sept mille hommes, par la Haute- Alsace, pour se joindre aux premiers venus. Trouvant qu'on ne les soignait pas assez bien sur leur passage, ils menacèrent de « brûler si fort le pays que les anges du ciel seraient bien obligés de remonter leurs (juilles ^i et bientôt^ tout autour de Strasbourg, les villages flambèrent.

M. de Ségur-Pardaillan qui représentait le roi de Navarre auprès du Magistrat, impuissant à rétablir un peu d'ordre et fatigué des remontrances légitimes

2ui lui parvenaient sans cesse, se sauva presque landestmement de Strasbourg, protestant qu'il aimait mieux mourir que d'entendre plus longtemps ces doléances. Ce n'est que vers la mi-août que Bouillon, Dohna et les autres chefs parvinrent à mettre en marche ces hordes dévastatrices qui, franchissant les Vosges près de Saverne, allèrent se faire battre à Vimori et Anneau, quelques mois plus tard, laissant l'Alsace plus épuisée et plus divisée que jamais. Des « pasquins t> affichés de nuit aux portes de l'Hôtel de Ville et de la Cathédrale, accusaient soit le Magistrat de Strasbourg, soit les membres protestants du Grand Chapitre, d'avoir attiré ce fléau sur les populations catholiques de la

{>rovince, accusation des plus absurdes puisque les uthériens d'Alsace avaient souffert tout autant des conséquences néfastes de cette « guerre des voleurs » {Diebskrieg\ comme l'appellent les chroniqueurs et lesrimeurs contemporains. Pourtant elle n'est qu'un avant-coureur de maux plus grands encore, de luttes infiniment plus prolongées, ^ui vont commencer bientôt, pour durer près d'un siècle, le plus troublé, le plus douloureux de l'histoire d'Alsace.

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