‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 26 sur 73 · L£S DEBUTS DE LÀ GUERBE DB TRENTE ANS · texte numérisé non relu

L£S DEBUTS DE LÀ GUERBE DB TRENTE ANS

Dès avant la défaite de la Montagne Blanche près de Prague (8 novembre i620), le péril approchait en effet de l'Alsace. Le général espagnol^ Ambroise Spinola, s'apprêtait à pénétrer dans le Palatinat, et les villes protestantes de la Décapole sur la frontière septentrionale de la province pouvaient être menacées du jour au lendemain. Aussi, quand le nouvel empereur Ferdinand II fit faire, après l'écrasement de la rébellion bohème, des ouvertures amicales à Strasbourg, la république s'empressa de les accepter, et notifia bientôt au Directoire de l'Union qu'elle cessait d'en faire partie. Un accord avec les commissaires impériaux (24 mars 1621) lui garantissait le pardon comj)let pour ses manquements antérieurs, la confirmation de tous ses privilèges et la transformation de son Académie en Université, contre une promesse de neutralité absolue.

En abandonnant ainsi la cause de l'Union on avait pensé jouir en échange de la paix; mais Tannée ne touchait pas à sa fin que des périls plus immédiats répandaient l'effroi par toute l'Alsace, parmi les protestants comme parmi les catholiques. Le dernier des généraux restés fidèles au « roi d'un hiver » , à Frédéric V, le comte Ernest de Mansfeld, se trouvait dans le Haut-Palatinat avec ses bandes de mercenaires, serré de près par Tilly, quand il conçut le projet audacieux de traverser, en les ruinant, les évêchés de Wurzbourg et dé Bamberg, pour déboucher ensuite sur le Rhin. Avant qu'on pût savoir vers quelles régions il dirigerait ses pas, il ravageait déjàrévéché de Spire, puis s'apprêtait à foncer sur les terres autrichiennes de l'Alsace. Le 18 novembre il s'emparait de la ville épiscopale de Lauterbourg, puis il réclamait à Strasbourg le libre passage sur son pont du Rhin. L'émotion fut très vive ; accorder

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le passage, c'était blesser mortellement l'empereur; le refuser^ c'était attirer vraisemblablement les maux les plus terribles sur tout le pays. Pendant qu'on discutait anxieusement, le bardi condottiere s avançait plus avant, s'emparait deWissembourget mettait le siège devant Haguenau, tout en frappant des contributions de ^erre énormes sur tous les petits dynastes et seigneurs voisins. Le 6 décembre, me* nacé d'un bombardement, le chef-lieu de la Décapole lui ouvrait ses portes et il s'y installait, méditant, ce semble, de se tailler en Alsace de son épée une principauté indépendante, dont Haguenau serait la capitale. Toutefois tandis que sa cavalerie légère se répandait, brûlant et pillant, jusque dans la Haute- Alsace, lui-même échouait au siège de Saverne, la résidence épiscopale défendue par le comte de Salm. La panique dans le plat pays était générale : le Magistrat de Strasbourg, dans un rapport officiel, estimait avoir hébergé cent mille fuyards durant cette seule année. D'autres villes de la Décapole, Rosheim, Obernai furent forcées de se rendre et de payer de fortes rançons. Heureusement que Frédéric, leurré par les promesses des Espagnols, congédiait en juillet 1622 son généralissime, au moment oit, il tentait une seconde fois le siège de Saveme. Pour ne pas être pris entre les deux armées de l'Espagne et de l'empereur, Mansfeld et son compagnon d'armes, Christian de Brunswick, franchissaient les Vosges et se dirigeaient vers la Champagne, laissant derrière eux l'Alsace dans un état de misère indicible et dans une surexcitation des esprits extrême ; c l'invasion mansfeldienne d y avait discrédité pour longtemps la cause protestante qu'elle prétendait défendre et allumé une soif de vengeance, facile à comprendre, au cœur des populations catholiques. L'empereur, plus libre désormais de travailler à ré-

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