‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 28 sur 73 · LA GUERRE DE TRENTE ANS EN ALSACE (IQ3O-I · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE TRENTE ANS EN ALSACE (IQ3O-I

r II ne faut point s'étonner de ce que les populations d'Alsace n'aient pas été, tout d'abord, très frappées de l'arrivée du jeune roi de Suède en Allemagne. Pourquoi serait-il plus heureux que le roi Christian de Danemark qui venait de se retirer, vaincu, de la lutte? D'ailleurs, ce n'est que par le traité de Bœrwalde, signé avec la France, en janvier 1631, que Gustave-Adolphe obtint les subsides nécessaires pour sa marche en avant ; c'est seulement après le sac terrible de Magdebourg (20 mai 1631) que l'opinion publique de rAllemagne protestante exaspérée força les princes luthériens ae l'Empire à s'allier avec lui. Aussi, pendant la fin de 1 année 1630 et les premiers mois de 1631, les États protestants d'Alsace se tinrent dans une anxieuse réserve, et seul Strasbourg se permit de € refuser amicalement ]» la sommation impériale d'avoir à se conformer enfin à l'Ëdit de restitution de 1629. Mais comme il fallait maintenir, en prenant une attitude pareille, des armements dispendieux, et qu'on ne trouvait plus d'argent à emprunter ni en Suisse ni en Allemagne, les Conseils se hasardèrent à écou-

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ter les propositions d'un envoyé de Louis XIII, Melcbiorde risle. Suivant les instructions formulées par Richelieu dans son Ai^is donné au roi^ dès janvier 1629, et qui portaient qu'il fallait « s'avancer jusqu'à Strasbourg, s'il est possible, pour acquérir une entrée dans F Allemagne, ce au* il faut faire ai^ec beaucoup de temps, grande discrétion et une douce et couverte conduite », cet habile diplomate s'ingéniait à persuader au Magistrat qu'il trouverait l'argent nécessaire dans le trésor royal.

Le secrétaire du Conseil des Quinze, Joi^ias Glaser, fut dont3 ôaroyé .^n mission secrète A Paris (juillet i631) pour solliciter un emprunt de trente mille florins. Glaser qui avait eu déjà des rapports avec le P. Joseph, Fat très bien accueilli à la cour ; le roi le reçut en audience à Monceaux et daigna lui dire xc d'une voix un peu fatiguée, mais pourtant assez claire : Je suis amateur de liberté et de tous États libres, mais singulièrement de votre ville de Strasbourg, comme vous entendrez de mes gens d. Le cardinal de Richelieu, le P. Joseph, le secrétaire d'État 'Bouthillier lui prodiguèrent de bonnes paroles, promettant que le rx)i viendrait en personne au secours de Strasbourg si l'on tentait de lui faire violence, lui offrant même des « hommes experts au métier des armoes » pour augmenter la garnison. Quand le Magistrat apprit avec quel entrain son modeste messager s'était mis à causer politique au lieu de se borner à encaisser les écus, il fut assez ennuyé qu'on eût limité de la sorte sa démarche et répondit jpar des protestations de recon naissancB et de respect assez vagues à ces offres pressâmes de service.

Pour qui connuît un peu l'esprit du temps, une alliance étroite avec le roi de Suède devait être évidemment plus populaire à Strasbourg que l'ai-

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iknce avec Louis XIII «ôt paraître infiniment moins périlleuse.

Aussi, comme la nouvelle de la TÎctoire du Breitenfeld sur Tilly y arriva peu apî*ès le retour de Glaser, on«e tourna plus volontiers du côté de Gustave-Adolphe, malgré les eyhortatione présentées au sénat par un nouvel envoyé de Louis XIII, Magnin, enfévrior 1632, « de gardera Sa Majesté lexangetla dignité dans leurs cœurs et en leurs affairée, télleB qu il lujr appartient, tout en honorant leroî de Suède, comme ils font ». Eu mars, Melchior de Tlsle revenait lui exposer la politique royale, visant « à rendre eon ancienne splendeur, vigueur et dignité à la Germanie » et affirmer que le roi « n'y prétendait ehose quelconque ». En avril, un troisième diplomate, la Grange-aux-Grmes, venait offrir derechef "Son maître comme <c un refuge et secours assuré contre toutes les afflictions ^ et engaçer les Strasbourgeois à « ne Boumettre leurs murailles et Tautorite de la république à d'autres qu'à eux-mêmes ».

Durant toute la première moitié de Tannée 1632 l'Alsace se vit parcourue par des bandes de soldats impériaux et lorrains qui pillaient les campagnes et s'emparaient méiâe de villes comme Wissemnourg. Mais, brusquement, la situation générale changea. Au commencembent de juin, Strasbourg signait une alliance offensive et défensive avec l'envoyé de Suède, Nicodème d'Ahausen, et le 12 juillet Melchior dCf' risle notifiait au Magistrat l'arrivéïe prochaine d'une armée royale qui chasserait les ennemis de toute la vallée rhénane. En effet, les régiments de Louis XIII descendirent par les cok des Vosges dans la Basse- Alsace qu'ils traversèrent en bon ordre pour aller assiéger Trêves. Gustave- Adolphe comprit qu'il devait se ]i:Mer s'il ne voulait renoncer d'avance à roceupation de l'Alsace, et ses généraux, Gustave

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Horn et le rhingrave Othon-Louis, entrèrent à leur tour dans la province, vers les derniers jours d^août, en franchissant le pont du Rhin et furent reçus en amis dans la ville libre, à laquelle ils empruntèrent sa grosse artillerie: pour réduire la forteresse épiscopale de Benfeld. En très peu de temps ils eurent pris en outre Obernai, Molsheim, Ensisheim, Turckneim, Schiestadt, Munster, et môme la mort du roi de Suède à Lutzen n'enrava pas le progrès de ses armes en Alsace. Bientôt il ne resta plus aux Impériaux que les deux villes de Golmar et de Saverne. Mais dans la première les bourgeois des deux confessions forcèrent le colonel Yernier à capituler, le 20 décembre, et bientôt toute la Haute- Alsace fut entre les mains des hérétiques ennemis; la Régence autrichienne dut se retirer en Franche- Comté. Les paysans du Sundgau avaient bien tenté de résister aux envahisseurs, mais la guerre de partisans, sans merci, qu'ils entreprirent amena de la part des Suédois — la légende les appelle ainsi jusqu'à ce jour en Alsace, mais en réalité il y avait très peu de troupes Scandinaves avec Horn — des représailles féroces; et les profanations d'églises, les meurtres de prêtres et de moines, les pendaisons en masse, laissèrent une impression ineffaçable dans le souvenir des populations, sans qu'il y eût aucun résultat bien décisif à la longue. Gomme le dit naïvement la Chronique des Franciscains de Thann, € tantôt les Impériaux venaient battre les Suédois et tantôt les Suédois venaient battre les Impériaux ; c'était un massacre sempiternel )».

Plus au nord, dans la Basse- Alsace, les troupes de l'Union de Heilbronn étaient également aux prises avec les Impériaux et les Lorrains et il s'y livrait de nombreux engagements, qu'on peut à peine Qualifier de batailles. Cependant, dans son ensemble, la

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