LÀ GUERRE DE TRENTE ANS EN ALSACE
situation paraissait de plus en plus favorable à la Suède et à ses alliés d'Allemagne et les catholiques d'Alsace, se croyant abandonnés par l'empereur, commençaient à regarder, à leur tour, au delà des Vosges, souhaitant l'arrivée d'un protecteur qui empêchât <ic qu'on ne les fît parler suédois ». Louis XIII comprit qu'en laissant fouler indéfiniment lespopulations fidèles à l'Eglise, il risquait de perdre 1 appui éventuel de l'élément le plus favoral||fe, en somme, à ses projets futurs ; pourtant il ne fallait pas éveiller la jalousie du grand cnancelier suédois, Oxenstjerna, ni celle des princes de l'Union de Heilbronn. Un événement fortuit lui vint en aide. Au début de l'année 1634, le comte de Salm, administrateur de l'évêché pour Léopold-Guillaume, toujours absent, ne croyant plus pouvoir se maintenir longtemps dans les places fortes de Saverne et de Haguenau, aima mieux les donner au roi de France que de les voir tomber entre les mains des Suédois, et signa un accord qui admettait dan@ ces deux villes des garnisons royales. Les Suédois qui détenaient Schlestadt et Benfeld virent de fort mauvais œil cette installation, qu'ils pressentaient durable, dans leur voisinage immédiat, mais ils ne furent pas à môme de s'y opposer. Dans les premiers jours de septembre, l'écrasement de Gustave Horn et de Bernard de Weimar par les Impériaux à la bataille de Nœrdlingen cnançeait, une fois de plus, la situation de l'Europe. Quinze jours après, les armées de Ferdinand rentraient en Alsace, les Croates pillards couraient la campagne et les populations rurales éperdues reprenaient leur fuite vers les villes, encombrées de malades et d'affamés. Tout le poids de la lutte allait retomber maintenant sur la France.
Au lendemain de la défaite de Nœrdlingen , Hugo
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Grotîu» écrivait : Videtur laborantis Germanise
grand jurisconsuj 96 trompait point; cette défaite marque en effet le ^point tournant dans lèsr destinées de l'Alsace. Trop faibles pour se maintenir désormais dans le pay s , le rfaingrare Othon Louis et le résident suédois Mookbel siçnadent, le 9 octobre 16^, une convenu tion militaire avec le maréchal de La Force, par laquelle ils abandonnaient toute la province, sauf Beîifeld, à Foceupation françaisfe. Les troupes royales entraient, quelques jours plus: tard) à Schlestadt et Colmar,et le traité nouveau, signé à Wormsle 22 octobre, entre la France, la Suède et TUnion de Heilbronn, assurait au roi, par l'un de ses articles^ lorsqu'il se serait ouirertemenA engagé dans la lutte, toutes les villes* d'Alsace, même Brisach, une fois cette forteresse emportée, et l'usage du pont de Strasbourg. Sans doute un autre article stipulait qu'à la paix toutes les garnisons françaises de la rive gaucbe seraient retirées^ mais: la paix était encore !oin et la France occupait eu; attendant toute la ligne du Rhin, de Bâle jusqu'à Mayence, ce qui lui don* nait pour le moment rentière possession de la province. D'ailleurs, Louis XIII et Bioheliieu n'étaient pas pressés de participer directem^t au conflit entre les- Etats protestants et laimaison d'Autriche et pré^ feraient y prendre part- sous le couvert de l'Union dé Heilbronn. Celle*ci avait désigné comme gêné- .ralissime le duo Bernard de Weimar, un des meilj leurs élèves de Gustave-Adolphe, mais elle ne pouvait jlui fournir ni les hommes ni 1 argent nécessairedpour /se maintenir avec quelque chance de succès, surtout quand l'Electeur de Saxe se fut retiré de l'allianee suédoise, en signant avec l'empereur le traité
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de Prague (1635), ce qui obligea lefl< généraux suédois à reculer jusque vers la Baltique.
C'est dans cette situatiou pénible que Bernard reçut par Feuquières les ouvertures personnellement flatteuses de Richelieu* Il lui offrait un million de subsides, annuels et même plus, si cela était nécessaire, ainsi que: la jouissance des revenus des bailliages autricmens de la Haute-Alsace et de la préfecture de Haguenau, mais c avec la dépendance et sausTautorité de Sa Majesté », le roi <r se réservant aussi les places fortes desdits landgraviat et bailliage y. D'abord le duc refusa de se mettre ainsi dans la a dépendance ^ de Louis XIII, mais battu en Allemagne par les Impériaux et acculé aux. murs de Metz: par des forces supérieures, il lut bien obligé d'accepter les conditions lormulées dans le traité de SaintrGÉermain (27 octobre 163â). On avait quelque peu modifié les termes, des propositions primitives pour ménager l'aïnour-pmpre du prince saxon. Our tffC; des suosides se montant à quatre millions, lé roi donnait et délaissait au dit duc ... c le.landgrftviaitd/Alsace, j\ compris le bailliage de Haguenau, avec tous les droits qui ont appartenu ci-devant à la maison d'Autriche ]>, lui promettant de lui procurer ailleurs un. équivalent, s il doit, abandonner le pays à la paix générale. Il y a dans ces arrangements une équivoque volontaire sur le terme de tandgrai^iat dont on ne sait s'il doit signifier le territoire ou de simples revenus; c'est de plus un octroi temporaire puisque le roi se réservo de dédommager Bernard ailleurs, le cas échéante Chacune des parties contractantes se réservait, à part soi, la liberté d'interpréter le contrat à sa guise, le jour où elle se sentirait lai plus forte.
Pendant ces négociations la. plaine d'Alsace était ravagée et incendiée par les cavaliers de Jean de
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Werth, etGallas, autre général de l'empereur, s'emparait de toute une série de petites places fortes au nord et au sud de la province. Bientôt Colmar, Schlestadt et Haguenau restèrent seules au pouvoir des Français. Mais leurs garnisons étaient affamées et deux fois le cardinal de la Valette fut chargé d'une campagne en Alsace pour les ravitailler, tandis que Bernard s'emparait de Saverne (1636) et le comte de la Suze de Belfort. Durant toute Tannée suivante, les Impériaux se maintinrent dans presque toute l'étendue du plat pays et quoique vainqueur à Wittenweyer, le duc dut abandonner les lignes de Rhinau. L'année 1638 sembla d'abord devoir être plus décisive. Vainqueur à Rheinfelden (3 mars), Bernard envoyait comme trophée de sa victoire à Louis XIII l'intrépide Jean ae Werth, qui Karut à la cour en conquérant plutôt qu'en captif, [ais au fond il était très mécontent du gouvernement français qui le dépossédait, disait-il, contre la volonté du roi, des dons qu'il tenait de lui en Alsace. Pour l'obliger à lui tenir parole, il lui fallait un point d'appui solide, et c'est pour cela surtout que le duo poursuivait avec une si tenace énergie le blocus et le siège de Brisach. Après avoir défait deux armées de secours, il obligea enfin la forteresse à lui ouvrir ses portes le 17 décembre. Elle avait été vaillamment défendue par un noble alsacien, le baron de Reinach, qui n'avait finalement cédé qu'aux horreurs de la plus épouvantable famine.
La conquête de Bernard lui fut disputée dès le lendemain par Richelieu, mais le duc y avait mis des troupes sûres sous son major général Jean- Louis d'Erlach, et quand Melchior de l'Isle et le maréchal de Guébriant vinrent lui demander d'y laisser entrer deâ soldats français, il répondit, non sans ironie, que les siens aussi étaient au service du