‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 30 sur 73 · LÀ GVERBB DE TRENTE ANS EN ALSACE · texte numérisé non relu

LÀ GVERBB DE TRENTE ANS EN ALSACE

roi. On n'osa pas immédiatement lui contester le fruit de ses efforts, mais les rapports restèrent désormais tendus entre la France et le prince qui, très ambitieux, mais patriote à sa manière, ne voulait pas consentir à un démembrement de l'Empire, et aspirait à se constituer une principauté autonome sur le Rhin supérieur, avec Brisacn pour capitale. Il caressait la chimère de la création d'un tiers parti qu'il rendrait assez puissant pour tenir la balance entre la France et l'Empereur; mais sa dernière campagne allait s'ouvrir. Après une randonnée vic^ torieuse à travers la Fraucne-Gomté espagnole, il rentrait en Alsace quand il fut saisi de fièvres paludéennes si violentes qu'il expirait après quelques jours de maladie seulement, àNeubourg, sur le Rhin, le 18 juillet 1^39. Sa mort fut si subite et si heureuse pour la France que bien des contemporains ont cru qu'une main criminelle avait hâté sa fin, au moment où l'ami dangereux de Louis XIII allait peut-être devenir son ennemi.

Nulle part il ne fut plus sincèrement pleuré que dans l'Alsace protestante dont les poètes avaient chanté « l'Hercule allemand », le a nouveau Maccabée » et qui le voyait succomber au moment où il allait arracher le sol allemand au joug de l'étranger. Les catholiques, au contraire, notaient avec une vive satisfaction dans leurs chroniques que « Dieu avait enlevé de terre et jeté dans le feu éternel cette verge sanglante et tyrannique dont la mort a suscité partout une profonde allégresse dans la catholicité d'Allemagne ». Quoi qu'il en fût de ces sentiments si contradictoires, une chose était désormais certaine : Bernard de Weimar disparu, personne ne pouvait plus contrebalancer en Alsace l'ascendant de la France. C'était en vain que, sur son lit de mort, il avait légué ses

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droits et son armée à soa frère^ le duc Guillaume ; Richelieu avait trop bien pris sea mesures* Les pro* messes de pensions^ de dotations territoriales^ Targent comptant distribué avec profusion parmi les officiers supérieurs, entraînèrent d'abord les chefs, puis les soldats eux-^némes, qui n'étaient après tout que des mercenaires habitués à. se battre sous n'importe quel drapeau. Un accord signé par les com* missaires du roi, le 9 octobre 1.639, laissait à r armée weimarienne une demi-autonomie momentanée, lui conservant ses colonels comme directeurs et confirmant Erlach. comme gouverneur de Brisach^ avec un lieutenant du roi à ses câtôs. Ce lieutenant du roi, d'Oysonville, neveu du secrétaire d'État à la guerre, des Noyers, reçut également le titre d' « intendant de justice, police et finances de l'Alsace, du Brisgau. et du Sundgau », qui en faisait le premier fonctionnaire français de la province ; cette nomination indiquait les profonds changements politiques qui se Préparaient d^ns le pays et dont se préoccupaient déj.à< les arrivistes du temps, comme T ex-secrétaire strashourgeois Josias Glaser, que nous avons vu jadis à Paris. Après avoir passé depuis au service de la Suède, il désirait consacrer maintenant ses services à la couronne de France et faisait tenir à d'Oysonville, dès 1639, tout un projet de réorganisation de l'Alsace sous la tutelle du roi.

Le repos matériel de la province ne fut plus guère troublé, durant les dernières années de la guerre^ que par les apparitions du duc Charles de Lorraine qui, chassé ae son duché, vaguait entre la Meuse et te Rhin avec une armée de soudards intrépides mais féroces qui ne laissaient derrière eux que des ruines. La disparition de Richelieu — les ravages des Lorrains furent une des dernières pré-

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