‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 31 sur 73 · LA GUERRE I>£ TRENTE ANS BN ALSACE · texte numérisé non relu

LA GUERRE I>£ TRENTE ANS BN ALSACE

occupations du grand ministce — puis celle de Louis XIII (mai 1643) ne changèrent pas grandechose à la situation de T Alsace. Le nouveau ministre dirigeant, le cardinal Masarin, toujours prodigue de Jbonnes paroles, mais qui ne savait pas se faire obéir comme son prédécesseur, laissa se produire, sans les réprimer, toutes les exactions eue commettait Tarmée française de Guébriant, refoulée en Alsace par les Impériaux. Mais il maintenait vis-à-vis des alliés la fiction du désintéressement absolu do la couronne, affirmant encore en 1644 au Magistrat de Colmar <c qu'assurer Findépendance des villes libres était la seule fin que la France proposait à ses armes... sans avoir m dessein ni pensée de tirer aucun avantage de tant de sang répandu j^. II. reconnaissait d'ailleurs l'état d'épuisement de la province et suppliait Turenne de la ménager, ainsi que la Lorraine, c Effectivement, elles n'en peuvent plus, lui. écrivait-il le 21 mai 1645, et sont dans un état déplorable. ^

Une dernière alerte fut causée par la révolte inattendue des régiments de cavalerie de l'armée weimariennequi se produisit à Saverne, en juin 1647 ^ alors que Turenne voulait conduire ces vieilles ban* des aux Pays-Bas. Abandonnant leurs colonels et leurs drapeaux, ils traversèrent la plaine pour franchir le Rhin., trop pressés heureusement de passer le fleuve pour piller à. fond le pays. Le maréchal réussit à ramener une partie des déserteurs et les mit en quartiers d'hiver tout autour de Strasbourg. Il en. partit au printemps suivant pour la dernière campagne de la guerre de Trente Ans^ et bientôt écrasait, la dernière armée de Ferdinand III à Zusmarshausen, en Bavière (17 mai 1648), tandis que les Suédois mettaient le siège devant Prague. La persévérance tenace de l'empereur et de la Ligue

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catholique fléchît sous ces derniers coups, et les négociations entamées depuis des années au Congrès de Munster et d'Osnabruck aboutirent enfin au traité de paix du 24 octobre 1648.

Il était temps ; trente années de guerres à peu près incessantes avaient causé dans la plupart des régions de l'Empire des ravages effroyables, et par suite de sa situation géographique l'Alsace était peut-être celle qui avait le plus longuement souffert. Cette plaine fertile que les auteurs nous dépeignent au dénut du xv!!"" siècle comme une des plus riantes contrées de TEurope, était changée par endroits en un désert, dont les habitants exsangues et clairsemés disputaient «vec peine à la brousse envahissante leurs terres en friche et leurs chaumières incendiées. Dès 1643, un bénédictin suisse, le P. Grau, relatait qu'entre Strasbourg etRouffach, sur une étendue de 17 à 18 lieues, u n'avait pas trouvé un seul habitant dans aucun village ; tous étaient morts ou s'étaient enfuis. Ces malheureux qui se cachaient dans les bois ou sur les montagnes voisines y périssaient bientôt de froid, de maladie ou de faim, s'ils n'étaient attaqués par les bandes de loups et de chiens enragés qui erraient par le pays, empoisonnés pour avoir dévoré les charognes abandonnées partout. La peste disputait les populations à la famine qui fut terrible surtout de 1636 à 1637, et les malheureux affamés se sustentaient de ce qui leur tombait sous la main; les souris et les rats, dit un contemporain, étaient réputés un mets exquis et plus d'un se nourrissait de glands grillés, d'herbes ou de peaux; quelques-uns mêmes — les faits sont trop bien attestés, hélas, pour qu'on puisse les révoc^uer en doute — allèrent jusqu'à se nourrir de chair humaine, déterrant les cadavres ou égorgeant des enfants.

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