‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 33 sur 73 · L'ALSACE ET LOUIS XIV. — STRASBOURG · texte numérisé non relu

L'ALSACE ET LOUIS XIV. — STRASBOURG

La signature du traité de Munster ne ramena pas le calme dans la province, comme Tavaient espéré les populations alsaciennes, et près de dix ans se passèrent, soit par le fait des guerres civiles en France, soit par celui des invasions lorraines, jusqu'au jour où elles purent goûter pleinement les bienfaits de la paix. Cet état de choses indécis ne contribua pas peu d'ailleurs à faciliter le passage sous la domination française là où elle aurait dû être effective dès l'abord, dans les domaines héréditaires de la maison d'Autriche. A plus forte raison, la « souveraineté j> du roi, sur laquelle on avait déjà discuté si longuement au congrès, et qu'on allait discuter encore bien davantage, n'était-elle pas à môme de faire une impression plus profonde sur les territoires, principautés ou républiques reconnus immédiats parles traités eux-mêmes. Le gouvernement français, trop occupé et préoccupé par les troubles de la Fronde, restait à peu près impuissant sur les frontières. Un instant l'Alsace faillit être gagnée à la révolte générale par Turenne, mais Pargent op» portunément envoyé au gouverneur de Brisachi d'Erlach, maintint les anciens régiments weima-

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riens dans Tobéissance , et le maréchal dut fuir à l'étranger.

La nomination faite par la régente, de Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, comme lieutenant général du roi dans la Haute et Basse-Alsace et grandbailli de Haguenau, n'amena guère le retour de l'ordre, car le nouveau gouverneur, ralliant très tardivement son nouveau poste, se laissa bientôt gagner par les émissaires de l'empereur, qui firent miroiter à ses yeux la création d'une principauté d'Alsace, plus ou moins autonome, sous la suzeraineté 'de l'Em-pire, et le rendirent ainsi plutôt dangereux pour le gouvernement qu'il était cnargé de roprésenter. U.essa3raîdeplus,.d'unB façon assez intempestive, d'amanex les villes de la Déca^pole à reconnaître ses droits de landifogl^ rontaimaiit oette longue série monotone de démarjchea», de metoaces et de récriminations récijproques qui hb devait prendre "fin que vingt ans plus tard, par le coup de force de 1678 . Pour ae voir attribuer au moins un semblant d'autorité suries villes impériales, il coA^entit, en juillet 1653^ à.leur délivrer des. lettrées réFveraales qui rengageaient à maintenir lesdites villes idans (( leurs iranchises, libertés et immédiatet^ envers l^mpire d,, réversales que la Cour s'empcessa de décliarer nulles et non avenues.. L'année d'après, le comte faisait sa paix avec la reine ; on lui laissait le titre de gouverneur, en lui aceordaût de ^grosses sommes a argent, mais on mettait des hommes de confiance comme gouverneurs à Brisaohiat Philippsbourg,, et l'on désignait comme intendant d'Alsace un frère du célèbre ministre JeannBaptiirte Colbert, GolberJ; de Croissy, alors intendant à Toulon. ^G 'était un jeune homme de vingt-isix ans, plein de mérite et d'une gmnde énergie. Comme c intendant*de justice, police, iînances et vivres »,, il iput exercer dan« la

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province une autorité â peu près absolue et durant six ans qu*il remplit sa charge, il sut réorganiser Tadministration des finances, delà justice, rindustrie, l'agriculture et le commerce, et repeupler un pays à moitié désert en y appelant des immigrants de l'intérieur et du dehors.

Forcément, ces travaux ne concernèrent d'abord que les territoires directement soumis au roi. Dans la Basse- Alsace, le prince-évêque de Strasbourg, la ville libre, les comtes de Hanau, etc. conservaienlt encore la liberté de leurs mouvements, tout en s'appliquant à ne pas froisser inutilemaent l'autorité royale. Mais les villes impériales, qui protestaient vcflontiers à la diète de Ratisbonne contre les c usurpations » du grand-bailliage de Haguenau, furent rappelées à l'ordre avec une énerg^ie croissante, à mesure que la royauté se remettait de la vive alerte de la Fronde. Colbert fit créer en 1657 un Conseil souverain àEnsisheim, siège de l'ancienne Régence autrichienne, et c'est à cette Chambre supérieure de justice qu'on devait en appeler désormais de tous les tribunaux inférieurs des deux landgraviats. L'inteadant s'en fit attribuer la présidence et inaugura solennellement ses séances, le k novembre 1658. Une année plus tard, le geune Louis XIV, pour récompenser l'heureux négociateur de la paix des Pyréiïées, nommait son « cousin, le cardinal Mazaririi »

gouverneur d'Alsace, grand-bailli de Haguenau et li offrait en magnifique cadeau la presque totalité des terres autrichiennes de la Haute-Alsace, « pour en jouir perpétuellement et à toujours j) (décembre 163»).

Mais le cardinal mourait en mars 1661 et si ses titres et 'S©s biens passèrent à son neveu, le duc de Mazarin, ce n'est pas cet insignifiant personnage

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qui gouverne, c'est la volonté royale elle-même qui se fait sentir en Alsace. Sous ce nouveau grandbailli les contestations reprirent de plus belle avec la Décapole. Le roi qui songeait déjà à sa première campagne contre les Pays-Bas espagnols, et ne voulait pas avoir en môme temps TEmpire sur les bras, accepta en automne 1665 que les griefs des dix villes fussent examinés à Ratisbonne par une commission princière désignée en partie par luimême, en partie par les États de l'Empire, l'envoyé de Louis XIV à la diète, Robert de Gravel, devant fonctionner comme commissaire royal. Cette commission se mit au travail avec une sage lenteur, d'autant que les prétentions réciproques étaient, nous le savons, inconciliables. On en était encore à discuter, en janvier 1672, sur le sens à donner au terme de « supériorité territoriale » , quand on se vit à la veille d une seconde grande guerre, celle contre les Provinces-Unies. Tout faisait prévoir une participation de l'Allemagne à cette lutte nouvelle et, dans ce cas, une invasion en Alsace était {probable, ne fût-ce que pour venir en aide aux viles impériales, qui ne cessaient de réclamer l'appui de l'Empire pour la défense de leur autonomie. Or la situation bizarre créée par l'interprétation contradictoire des traités n'était supportable que durant un état de paix et de bon voisinage, au moins officiel, entre la France et l'Empire. Déjà, durant cette accalmie, l'on souffrait d'un conflit, pour ainsi dire chronique, des prétentions réciproques. Les représentants du pouvoir central se perdaient dans ce fouillis d'organismes seigneuriaux et communaux, datant du moyen âge, alors aue les Magis- ] trats urbains et les populations rurales ne comprenaient pas davantage au'on voulût changer leurs vieilles traditions, le nerkommen sacré, et n'en-

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tendaient pas le sacrifier aux innovations de Tadministration française, même les plus salutaires.

On comprend donc que l'annonce de la rupture entre Louis XIV et lés États Généraux de Hollande ait vivement agité la province ; pourtant ce n'est 'qu'en octobre que le roi envoya le prince de Condé

f)Our couvrir l'Alsace, alors que les Impériaux et es Brandebourgeois avaient opéré leur jonction près de Francfort et, dès son arrivée, il se signala par un coup de force qui souleva des réclamations violentes par toute l'Allemagne. Craignant que le Magistrat de Strasbourg ne tînt pas la promesse de neutralité faite aux belligérants, il fit détruire le pont de la république sur le Rhin, dans la nuit du 14 octobre 1672. C'était couper les communications de la grande ville commerçante avec le reste de l'Empire, alors que son trafic était sa principale ressource. Le roi ayant refusé de laisser faire les travaux nécessaires, tout en promettant de contribuer aux réparations, au retour de la paix, il s'ensuivit une violente émeute à Strasbourg (5 mai 1673), la première depuis les crises du moyen âge, et les chefs des Conseils furent accusés de trahir. De son côté, Condé écrivait à Louvois, le 30 juin suivant : « Je ne puis m'empôcher de dire que I autorité du roi va se perdant absolument en Alsace. Les dix villes impériales, bien loin d'être soumises au roi..., sont presque ennemies. La noblesse de la Haute- Alsace va presque le môme chemin. . . Je crois que le roi devrait prendre le temps qu'il jugerait à propos pour mettre Colmar et Haguenau à la raison. j>

Louis XIV jugea opportuns les conseils de son cousin et, précédé de Louvois, il descendit, au mois d'août, par le col de Saint-Dié, sur Sainte- Marie-aux-Mines et se dirigea de là sur Brisach,

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avec sa maiisDn militaire et quelques irégiments de cavalerie. Ce iat plutôt une pitameuBde ^militaire qu'iune vérita3)le oampagae:; iLpasBa devaist Colmar qui avait oommis riiDpnideaice de faire mBuer bob artillerie sur les o^emparts alors qu'elle m'avait que quelquefi;m6rûenair6s^et'«iuel(mes oeottaînes de bourgeoifl iuexi^érbuBntés pour se (défendre. Pendaixt que 1b Magifitrat sortaiit de la ville, leca toute hâte, pour présenter ees hommages au monarque, le 28 août !li673, les régimestts français pénétrèrend; dans l'enoeinte et défiarmèpent les habitants; (des miUiers.de paysans dn Suni^gfau ifareirt appelés ipaur démodir les murs et éventrer les toin^., afin qu'elle fût désiouiiiais < entièrement ouverte comme un village y>. Quelques liours iplus tard, les murs de Schlestadt lurent également dôtruits et les magistrat» sommés de se soumettre aux volontés du roi ou d'ialler en prison. Les autres villes tm rpeu marquantes de la Décapole, Qbernai, Haguenau, Wiiasemboung, Landau, reçurent la viisdle des commissaires troyaux, :qui faisraient praitiquer «des brèehes dans ies nmro d'enceintse et samter les tours, forçant >les ibonargeois à s'asBOoier à ces travaux, «pffèsieur avoir enlevé toutes leurs tarmes^ jusqu'aux ino^bnsives hallebardes des temps passés. Sans doute , Lou^ois ne se sentoit pas assez fort pour défendre toutes ces villes contre une invaBion allemande et oDke voulait ^as 'que leurs fortifications pussent servir de poiiU; d'appui aux ennemis ; mais on coHïpFend ique cette façon d'^agir, qui livrait désormais les citadins aux -viiolenioeB et aux rapines de la soldatesque, tout comme les plus pauvres villageois, aitiait des bourgeois de la Décapole des Impérialistes plus daécidés encore (qu'ils ne l'aidaient «été jusqu'ici.

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