‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 42 sur 73 · LÀ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE EN ALSACE · texte numérisé non relu

LÀ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE EN ALSACE

dans le conflit sans en mesurer les conséquences; peu à peu la Constituante, la Législative et la Convention, entraînées par Tardeur de la lutte, devinrent infidèles à leurs propres principes. On rendit ainsi le beau rôle à TËglise, hier encore oppressive et presque impuissante vis-à-vis de l'opinion publique, maintenant retrempée dans la persécution, y retrouvant des forces nouvelles et s'auréolant de la couronne du martyre aux yeux des masses fidèles. Dans la grande discussion ouverte, le 27 mai 1790, sur la Constitution civile du clergé, les députés de l'Alsace avaient peu parlé ; c'est à peine si Ton peut mentionner d'Eymar parmi les opposants à la loi, Reubell parmi ses défenseurs ; Gobel avait essayé faiblement une conciliation, dès lors impossible. Les quatre titres de la Constitution furent arrêtés le 12 juillet. Elle créait, on le sait, 83 évéchés départementaux, diminuait notablement le nombre des paroisses, et supprimait tous les offices privilégiés ; tout cela n'avait rien de trop révolutionnaire. Mais ce qui l'était absolument, c était la nomination du nouveau clergé par le corps électoral politique, sans même qu'on eût consenti à séparer des catnoliques croyants les dissidents, les juifs ou les athées; c'était aussi l'obligation, pour ce clergé, de prêter serment à la constitution nouvelle, en s' engageant à la maintenir. Sans doute, on comptait, pour s'assurer l'adhésion du bas clergé, sur les avantages matériels qui lui étaient offerts et qui, pour la plupart des desservants, constituaient une amélioration notable. Sans doute aussi, la nouvelle organisation du clergé ne renfermait rien de directement contraire aux dogmes de l'Eglise. Mais on a peine à comprendre pourtant que les légistes de la Constituante aient pu se bercer de Fespoir que Rome sanctionnerait des innovations aussi hardies, arrô-

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tées sans son. concours, et qu'ils n'aient pas vu qu'on ^courait droit av schisme.

L'histoire des siècles antérieurs nous a montré combien, de tout temps, le sentiment religieux avait eu des racines profondes en Alsace. Il suffît de l'impulsion donnée par les représentants supérieure de 1 Église pour y déclancher un moctTement de protestation violente et presque unanime. De sa nouvelle résidence d'Ettenhehn, le cardmal de Rohan lançait, le 20 novraibre 1790, une Déclara^tion contre la Constitution civile du dergé qui venait d'être promulguée dans son diocèse le 20 septembre précédent. Il enjoignait à ses curés et desservsmts de refuser toute obéissance à la loi. L'Assemblée nationale parut répcmdre à ee mani-* feste (qu'elle ne eonnidssait pas encore, sans doute) en décrétant le 27 novembre que tous ceux qui refuseraient le serment seraient réputés démissionnaires, incapables d'exercé des fonctions ecclésiastiques et punissables comme perturbateurs der la tranquillité publique. Une Insiructiata pastorale de Rohan, datée du 28 novembre, donnait, le lendemain, le signal de la guerre religieuse en Alsace. Le Cardinal j annonçait solennellement qu'il était prêt « à verser son san^ pouur la cause de Dieu et de son Église »,et formulait en sept paiirts les devoirs des mmistres des autels et des simples fidèles visà-vis àe& c larrons i^ et des c voleurs > qm ne tiendraient leur autorité que du peuple. Cette pièce fut imprimée, dans les deux langues, à Strasbourg même, et distribuée par to^t le diocèse. L'exemple de l'évoque de Strasbourg fut suivi par Joseph de Roggenbacb, prince-évéque de Bâle, chef spirituel de la majeure partie du département du Haut-Rhin, le 19 décembre 1790.

Dans une atmosphère ainsi suTchauffée, le moindre

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^incident devait mettre le fea aux poudres. L'ordre donné par le District de procéder à Tinventaire des papiers dn chajpitre de Saint-Pierre-le- Vieux, à Strasbourg, conformément aux décvets de TAssemblée, amena la première émeFote c Teligieuse » e& Alsace, le 3 janvier 4791. Cette émeute, dans laquelle les femmes du peuple javèrent un rôle éminont, fut réiuimée avec beaucoup de modération par la garae natioo^ale; maî^ les càanoin^s des différents cbapHres supprimèrent spontanément leurs offices à la suite de ces désordres, dans te but évident d'augmenter l'agitation des fidèles. C'est alors seulement <m*im arrêté municipal du 15 janvier mit le clergé de la ville en demeure de se conformer sur-le-champ au décret exigeant le serm^ent de tous les fonctionnaires publics. Aucun curé ni desservant ne se présenta le lendemain pour le prêter ; mais ce même jour se constituait au Grand Séminaire une Société des catholiçues romains ^ afin de discuter la situation religieuse et de délibérer, disait-elle, sur des adresses à envoyer au roi et à TAss^nblée nationale. C'était une démarche parfaitement légalerCt personne n'aurait entravé ce pétitionnement, si Ton n'avait appris, de source certaine, que l'assemblée du Séminaire avait également délibéré sur une adresse au pape. Cités devant le conseil de la commune, le président et le secrétaire de la Société, après quelques tergiversations, durent convenir de la réalité du fait. Malheureusement pour eux, on apportait, à ce moment précis, une autre et singulière nouvelle À la mairie: M™ PcMrol, la femme du président du Directoire du Bas-Rhin, et M"** Mainoni, la femme du président du Club catholique, avaient été distribnier dans les casernes des imprimés aux soldats, par lesquels- elles^ les sollicitaient de venir au secours de

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la religion menacée; ce furent les soldats euxmêmes qui vinrent déposer ces pièces à conviction entre les mains des officiers municipaux. Cette échauffourée ridicule, qui valut à ces dames des sérénades ironiques et des chansons trop gaillardes^ porta un coup mortel à la Société des catholiques. Quand on apprit, par surcroît, que certains meneurs avaient envoyé des émissaires dans les communes catholiques du district pour faire envahir la ville

texte imprimé de la Lettre à Notre Saint-Père le Pape Pie VI, le conseil vénérai de la commune, qui d'abord n'avait pas voulu intervenir, se décida à suspendre le nouveau club (24 janvier 1791), en attendant que les commissaires de la Constituante, envovés pour examiner la situation de T Alsace et pour

Saciuer, si possible, les esprits, prissent une mesure éfinitive à son égard.

. En effet, dans la séance du 20 janvier les députés alsaciens encore présents à TAssemblée avaient demandé, d'accord avec les ministres, l'envoi de trois commissaires royaux; le décret avait été immédiatement voté et porté à Louis XVI, qui le sanctionnait le lendemain. La municipalité de Strasbourg venait de réclamer à tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics une déclaration immédiate au sujet du serment. Tous les curés refusèrent de le prêter sans restrictions, et leurs déclarations rendues publiques firent une vive impression sur leurs ouailles. Le seul curé de Saint-Louis se laissa finalement amener à prononcer la formule prescrite sans y joindre des réserves interdites par la loi. En fait de notabilités ecclésiastiques, une seule fit , l'adhésion publique à la Constitution, l'abbé Brendel^

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