LÀ CONSTITUTION CIVILB DU CLERGE EN ALSACE
professeur de droit canon à l'Université épiscopale et membre du Conseil général de la Commune. La défaite morale du parti constitutionnel sur ce point fut donc à peu près complète. Ses adversaires, s'ils avaient été mieux inspirés , auraient redoublé de modération; mais grisés par le succès, ils poursuivirent les prêtres ralliés de leurs invectives quotidiennes et quand les commissaires royaux arrivèrent en Alsace ils les traitèrent de la même manière.
C'étaient J.-J. Foissey, juge au tribunal de Nancy, J.»M. Hérault de Séchelles, commissaire du roi au tribunal de cassation,et le colonel Mathieu Dumas, ancien aide de camp de La Fayette. Ils étaient porteurs des pouvoirs les plus étendus pour c procurer, par tous les moyens de prudence et de persuasion, l'exécution des lois et le maintien de la tranquillité publique ». Fort bien reçus par la Municipalité, le District et la Société populaire, tandis que le Département se faisait excuser tout entier pour cause de maladie, les commissaires débutèrent par uneadresse aux habitants des deux départements du Rhin où ils promettaient que c le plus profond respect pour la religion et ses dogmes dirigerait toutes leurs démarches ». Mais en même temps ils montraient leur ferme intention de rétablir le calme en requérant le Directoire du département de prononcer la dissolution définitive de la Société des catholiques^ devenue Société de V Union j et ils dirigeaient des troupes de ligne sur Obernai et Molsheim, centres de 1 agitation confessionnelle dans le Bas-Rhin. Ils partaient ensuite pour Colmar, où la municipalité se montrait impuissante à maintenir l'ordre contre les factieux, exaspérés par la disparition prochaine du Conseil souverain d Alsace. Déjà beaucoup de jeunes basochiens étaient allés rejoindre à Ettenheim la « légion noire » de Mirabeau-Tonneau,
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mais il en restait encore beaucoup, très mal dis-
f)0sé8, au chef-lieu du Haut-Rhin. Arrivés tard clans a soirée du 4 février, les commissaires se virent^ assaillis dans leur auberge par une bande criant :' a Vive le Roi 1 Vive le comte d'Artois ! Les cammiBsairesàlalanter&e! > Unofficier municipal, le batelier Stockmeyer, accourut bevireusemeat à la tête des
{bêcheurs du faubourg armés de triques, et les déivra en fàvbçant sur les muscadins. Le président de TAssemblée nationale lui écrivit de sa main pour le féliciter d'avoir « si bonorableiiaent rempli son devoir ». Le lendemain matin, le maire, M« <de Salomon, vint, un peu tard, s'excuser de& « scènes fâcheuses » occasionaées par quelques citoyens < qui ne peuvent pas renfermer leur mécontentemrat en eux-mômes ». L'agitation persista d'ailleurs après le départ des commissaires et augmenta encore quand, quelques jours plms tard,-le curé-doyen de la ville, l'abbé Reck, publia la lettre par laquelle il refusait le serment.
Entre temps, les premiers rapports de sas délégués étaient parvenus à la Constituante; dans sa séance du ^1 1 février^ elle exprimait son apjproba* tion de leur conduite et de celle de la Municipalité et du District de Strasibourg, mais elle suspendait le Directoire du département du Bas-Rhin et »&a procureur-général syndic, elle cassait la <k compagnie verte » des aristocrates de Golmar, et ordon- . nait de procéder incessamment à l'élection ies^ évoques dans les deux départements. Le 16 de ce mois, Poirot et ses collègues étaient remplacés par des constitutionnels très prononcés comme Rufal, Brunck, Jacques Mathieu, etc.; les meneurs d^u groupe du Séminaire, inculpés d'avoir tenté d'organiser des mouvements séditieux, réussirez à sie sauver outre-Rhin.
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Le 20 féTxîer, la proclanmtion de rAasemblée nationale sur la Constitution civile du clergé fut lue dans toutes les églises ; sur le refus des curés, prévu d'avajDice, des in^eoibres catholiques de la mumcipa* iité, revêtus de leurs écharpes, montèrent en chaire pour en donner lecture, ce qui ne se fit pas sans quelques manifestatioAS bruyauites. Quand on vit le
Souvernement décidé à aller de Tavant, la colère 63 opposants ne connut plus de bornes. Le maire DietricK les commissaires royaux furent attaqués avec une violence inouïe. Un exemple suffira. Dans une feuille volante en aUemajul intitulée : Ai^is à tous les Strctëbcurgeois qui ont droit de chasse en cette inlle^ il est dit : « Trois bêtes fauves sont arrivées ici, avides de carnage et de sang humain. . . Tous les bons chasseurs sont invités à se mettre en chasse... Presque chaque soir, ils se glissent de leur repaire dansie trou peatilesitiel des Constitutionnels. On promet de la part du Comité de police un notable pourboire à qui délivrera la ville de ces trois bêtes immondes. )» Ce n'était plus là une protestation des consciences blessées, mais un appel à l'assassinat politique.
Les élections épiscopales avaient été fixées dans les deux départements au 6 mars mais, dès le 21 février, Rohan, aaiiBBonMandemen£pourlecarémedei79ï, élevait la voix pour protester contre la profanation de son antique cathédrale et ordonnait des prières spéciales, avec exposition du Saint-Sacrement, afin « d'apaiser la colère du ciel en ces jours d'affliction » . Dans une déclaration nouvelle du 2 mars il affirmait que c( toute personne qui aurait la témérité de prétendre à son siège ou de l'occuper de son vivant, serait lui intrus, un larron, un voleur, selon l'expression de l'EU^rîture ji.
Les électeurs dissidents prendraient-ils part au
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scrutin? Légalement, ils étaient appelés à voter, quelque absurde que cela nous paraisse aujourd'hui, et s'ils étaient certainement peu nombreux dans le Haut-Rhin, ils pouvaient bien former dans le Bas- Rhin le quart des électeurs du second degré. Les esprits plus foncièrement religieux parmi les luthériens et les réformés d'Alsace, et spécialement le corps pastoral, s'étaient prononcés contre une immixtion pareille dans les affaires d'un culte étranger ; mais les catholiques constitutionnels, se sentant en forte minorité, insistaient vivement pour que leurs amis politiques protestants ne désertassent pas la cause commune,et il n'est pas douteux qu'un certain nombre d'entre eux aient pris part au vote.
Les électeurs départementaux étaient convoqués à Strasbourg et à Golmar. Sur les 654 électeurs du second degré que comptait le Bas-Rhin, cent vingt à cent cinquante firent défaut, catholiques soumis ou protestants rigides. Les autres, réunis dans le chœur de la cathédrale, en présence du peuple qui remplissait la nef, entrèrent en séance; après une discussion passablement vive, une centaine environ d'électeurs refusèrent de voter et quittèrent l'église. Les 419 restants procédèrent au scrutin ; l'abbé Brendel, ayant recueilli 317 voix, fut proclamé élu, encore qu'il n'eût pas obtenu la majorité absolue des électeurs inscrits, mais seulement celle des votants. La municipalité fit chanter le lendemain un Te Deum pour célébrer l'élection de ce collègue <r aussi respectable pour son civisme que par ses principes de religion >, et l'élu prêta, une fois de plus, le serment requis devant les commissaires royaux, les autorités civiles et militaires. Malgré toute cette pompe officielle il restait « l'évoque luthérien » pour ceux qu'il aurait voulu appeler ses ouailles. Quand il revint de Paris, où il avait été