LÀ GUERRB BT LA TERREUR EN ALSACE
décembre il y en avait près de deux mille, hommes et femmes, dont la plupart ne comprirent jamais pour quel motif ils avaient été jetés en prison; parmi eux, bien des notables, mais aussi beaucoup de petites gens, des artisans, des modistes, des paysans. Pour dégorger un peu leurs cacl^ots, les propagandistes proposèrent des mesures sommaires ; un scrutin nominal fut institué au club pour décider si l'on devait mettre à mort les prisonniers (par exemple, au moyen de noyades dans le Rhin, si Ton doit en croire une tradition douteuse). Quelquesuns des Jacobins locaux, Butenschœn, Jung, Massé s'opposèrent à toute mise à mort sans jugement. Déjà le cordonnier Jung avait protesté contre les paroles du propagandiste Delattre qui avait appelé Jésus c le plus grand charlatan du monde >. Il tallait se défaire de pareils gêneurs : dans la nuit du 10 janvier 1794, une dizaine de Jacobins alsaciens et allemands étaient arrêtés par le général Dièche et conduits par la gendarmerie dans les cachots de Dijon.
Dans le Haut-Rhin, les convulsions politiques furent moins violentes ; les gouvernants, étant très préoccupés surtout de la situation religieuse et se sentant en forte minorité vis-à-vis des masses catholiques, renonçaient à se quereller entre eux pour des niuances politiques. Ils évitaient ainsi les visites plus fréquentes de représentants terroristes, et tout en lançant des arrêtés patriotiques et en célébrant des fêtes civiques à Colmar et dans quelques autres villes, ils fermaient, le plus possible, les yeux sur ce qui se passait dans les campagnes. Un seul conventionnel fit un séjour un peu prolongé à Colmar en novembre 1793 ; c'était l'élégant et scep*tique Hérault de Séchelles. Il créa un comité d'activité révolutionnaire, formé de patriotes prononcés,
et (Mrdonna la mise sur pied d'une « armée révolutionnaire». Le 13novexnbre, les symboles religieux Bout proscrits; le 20, les croix levées sur les tombes, les églises mises à sac, et le 27 Hérault pouvait annoncer à la Convention qu'il avait c pris toutes les mesures possiUes pour relever le département au niveau de la République ». Le tribunal révolutionnaire du Baut-Rbîn, créé deux jours plus tard, fut dur aux prêtres r^raetaires et à ceux qui les hébergeaient ; quatre têtes tombèrent dans la première quinzaine de décembre, mais du moins à ce tribunal siégeaient de vrais juges et ils s'en tenaient à l'application àtm^ lois. La fête de la Raison fut également célébrée à Colmar , le & décembre, en présence du représentant du peuple et d'une foule immense, « avec décence et retenue » comme le raconte dans son Journal la jeune Octavie de Berckheim qui eut ouelque peine à se soustraire à l'honneur de figurer la déesse. Dans les campagnes, la propagande pour la foi noovdie fut i peu près nulle ; on plaçait sur la façade des églises un écriteau : Temple de la Raison, et tout le monde était satisfait. Si Hérault de Séchelles parla beaucoup ,^ durant son séjour, de la nécessité d'une impulsion terroriste, il ne montra nulle envîe de l'imprimer lui-même. C'est pour cela, sans doute, qu'il fut dénoncé à son tour au Comité de salut public, comme entretenant des correspondances traîtresses avec Fétranger. Il quitta précipitamment Colmar, vers la mi*décembre, pour aller se justifier devant la Convention.
il n'y avait plus d'ennemis sur le sol de l'Alsace, aucune crainte de leur retour offensif, et pourtant les dénonciations et les persécutions redoublaient. I^ représentant du peuple Dentrel, un des défen-