‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 55 sur 73 · LÀ GUERRE ET LÀ TERREUR EN ALSACE · texte numérisé non relu

LÀ GUERRE ET LÀ TERREUR EN ALSACE

révolte des malheureux prisonniers suspects, faisait

fjacer des canons chargés à mitraille devant les ieux de détention de Strasbourg; le 13 avril, le conseil général de la Commune félicitait la Convention de la chute des Dantonistes, ces « conspirateurs rovalistes », qui venaient d'expier leur crime sur Téchafaud. En même temps, il faisait placer au sommet de la flèche de la cathédrale un immense bonnet rouge, en tôle, haut de deux mètres, pour masquer la croix gothique ^ui en formait la pointe et dont la présence offusquait les purs jacobins. Le moindre incident prenait alors aux yeux des maîtres du jour des proportions extraordinaires. Un audacieux plaisant avait écrit, de nuit, sur les portes du Jihéâtre, les mots de : Vive le Roi! Sur-le-champ, le général Dièche lance un ordre du jour contre ce a crime énorme d, Tagent national Mainoni s'élève contre a les scélérats qui ont osé outrager la nature, la justice, Téçalité » en inscrivant ces mots « à jamais exécrables », et le maire Monet demande que « la lumière et le glaive soient portés dans Tantre des conspirateurs pour sauver la liberté et la patrie » . Il les y porte lui-môme, le 11 floréal (30 avril), dans un grand discours qu'il prononce au club sur la Conjuration de V étranger dans le Bas-Rhin, corollaire de celle dont Danton et ses complices s'étaient rendus coupables en conspirant avec Pitt et Cobourg. Préparé certainement de longue main, imprimé sur-le-champ,: ce factum est bien curieux

Î>our la psychologie révolutionnaire et pour l'histoire ocale, non pas comme une page d'histoire^ mais comme un exemple de déformation des faits, quand ils ne sont pas simplement inventés. Le but apparent de cette dénonciation collective est de préparer une espèce de colonisation française de la province, proposée déjà en février par un nommé

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Ronsseville, dans sa Dissertcuien sur la frarvcUisa-^ lion de la ci-dwani Alsace, publiée à Strasbourg ; le bat réel poursuÎTi par le maire, c'est de se déliarrasser des jacobins dissidents de la Société. La Conveation venait de décider, le 26 germinal (i 5 avril 1794), que doTénavant tons les accusés d'un complot quelconoue seraient dirigés sur le tribunal révolutionnaire de Paris. Monet fit donc arrêter Jung et les frères Ëdelmann, comme adhérents de Schneider, et les fit partir pour la capitale, assuré qu'ils ne reviendraient pas; en effet, tous les trois, jacobins fougueux mais patriotes honnêtes, finirent sur Téchafaud en juin 1794.

Ce n'était qu'un début. Le 25 mai, une nouvelle liste de suspects était dressée par Monet, Téterel et Dièche, avec le concours de quelques obscurs comparses ; on ne parcourt pas sans stupéfaction ce bizarre mélange de professions et de sexes, où lesépithètes d' aristocrate, de fanatique, de fédéraliste, d'immoral sont accolées aux personndités les plus humbles ou les plus respectables. Le 2 juin, un prêtre réfractaire, Tabbé Wolbert, était exécuté ainsi que les deux pauvres ouvrières qui lui avaient donné asile. Les visites domiciliaires nocturnes continuaient partout, pour découvrir des traîtres; les prisons étaient encombrées de suspects, auxquels on refusait jusqu'à la consolation de recevoir la visite de leurs enfants à leur lit de mort. On y vit un vieux magistrat octogénaire se suicider de désespoir. Ce n'étaient pas les fêtes en Thonneur de l'Être suprême, dont la Convention venait de reconnaître l'existence, qui pouvaient remonter les esprits terrorisés plus qqe jamais. Au commencement de juillet, Octavie de Berckheim arrêtait è Colmar son Journal sur ces mots : € Mon ftme est accablée; je n'ai plus même la douce consolation de noter mes

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dentîments dans ce recueil. Je n'en ai plus le courage, à causie du terrorisme croissant. » Bien rares étaient ceux qui gardaient an milieu de leur détresse personnelie et des misères publiques la foi en un meilleur avenir; ce n'est pas sans émotion que nous lisons dans un autre Journal, celui d'un chirurgien de Bischwillcr, qui se mourait alors de faim et de phtisie dans un des hôpitaux de Strasbourg, ces paroles convaincues : ^ Le réi^ltat final de la Révolution sera magnifique, quelijue insensé que cela puisse sembler. Quelles admirables seinailles pour l'avenir ! Une floraison future^ un^e moisson durable en nattra pour la République, a» .

Mais au moment où la désespérance s'emparait de tant de coeiurs ^a Âkace — le 4 thermidor les repré* sentants Hentz et Goujon venaient d'ordonner 1 arrestation en masse de tous les ministres du culte, dans les départements du Rhin, constitutionnels, protestants, israélites, qui n'étaient pas déjà BOik% les verrous — le régime de la Terreur subit un brusque arrêt. Une coalition se forme, où la peur et les rancunes individuelles tiennent certainement plus de place que le désir de faire cesser l'effusion du sang, mais qui n'en amènera pas moins k bref délai tme détente. La nouvelle de la chute de Robespierre et de ses amis, quand elle parvint en Alsace, ' parut d'abord si invraisemblable que les journaux n'osèrent mém« pas en parler. Encore dans son numéro du i4 thermidor, la {razeile de Strasbourg sa contentait d'annoncer que c la séance du 9 serait l'une des plus importantes, dans les annales de la Révolution ». C'est à la deraière colonne seu* lement qu'on lisait : oc Robespierre et los siens sont hors la loi ; demain ils auront vécu! > Et ce

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même jour M"* de Berckheim, rouvrant son Journal, y notait ce cri du cœur : c Enfin je respire, je verrai des heureux 1 Clémence, douceur, humanité, vous êtes à Tordre du jour ! »

Ce n'était pas précisément la clémence que réclamaient les adresses des autorités jacooines de Strasbourg et de toute TAlsace, en félicitant la Convention d'avoir écrasé le c nouveau Cromvirell > ou les € nouveaux Catilinas ». Monet et Téterel eurent l'audace de se mettre à la tête de ceux qui invectivaient maintenant leurs anciennes idoles et, dans les premiers moments, l'opinion publique n'osa

{las se manifester à leur égard. C'est seulement orsque le représentant Foussedoire fut envoyé dans les départements du Rhin — il était déjà venu précédemment à Colmar et on le connaissait pour un ardent jacobin, mais pour un homme juste — que l'espérance revint, à la lecture de la proclamation qu'u publia le 1" septembre : c Si vous avez été en butte aux calomnies les plus éhontées, si la justice pour vous un instant fut muette, si vous avez été frappés de la verge d'un despotisme nouveau , si vous avez vécu sous l'oppression la plus lamentable, n'attribuez tout cela qu aux agents de cette conspiration terrible, etc. » Elle lui valut les ovations les plus sincères, qui redoublèrent quand il parut, deux jours plus tard, à la Société populaire et promit de protéger l'innocence opprimée, de pardonner à l'erreur, tout en déclarant que les aristocrates n'avaient rien à espérer de lui. Après lui, le jacobin Massé, revenu des prisons de Dijon, montait à la tribune pour retracer le tableau des exactions de Saint-Just et de Lebas, de « Monsieur Monet » et des Propagandistes, et réclamait la mise en liberté de tous les citoyens reconnus bons patriotes. Cela donna quelque courage aux autres quand le représentant

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