‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 56 sur 73 · LA GUERRE ET LA TERREUR EN ALSACE · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET LA TERREUR EN ALSACE

engagea, le 5 septembre, les citoyens à c exprimer leur opinion j> sur les autorités en fonctions. Sur les avis ainsi recueillis, Foussedoire suspend le maire comme « ayant perdu la confiance du peuple » (8 septembre) et le remplace par un autre homme de loi, André, jadis jacobin militant, mais déporté à l'intérieur, dès novembre 1793- Téterel fut également écarté de la municipalité et le Comité de surveillance révoqué en masse (10 septembre). Les principaux acteurs de la Terreur disparaissaient amsi de la scène, sans qu'il y eût encore réaction véritable. Quelques jours plus tard, une première série de notables suspects sortait de prison, tandis que Téterel et Monet quittaient furtivement la ville qu'ils avaient si longtemps tyrannisée et où leur mémoire reste détestée. On ignore absolument ce qu'il advint du maître de langues lyonnais ; pour l'ex-maire, il obtint un emploi subalterne dans les bureaux de la guerre à Pans, emploi qu'il occupait encore au retour des Bourbons.

De Strasbourg, Foussedoire se rendit dans le Haut-Rhin, où les jacobins, plus conciliants, l'engagèrent eux-mêmes à relâcher les suspects qui furent à peu près tous libérés. Avant de quitter définitivement l'Alsace, il sighait encore le 13 brumaire (3 novembre) l'ordre de mettre en liberté les derniers prisonniers du Séminaire de Strasbourg , retenus comme « partisans de Dietrich » . La reconnaissance des Alsaciens le suivit à Paris; c il fut, dit une de leurs feuilles, un messager de paix pour les départements du Rhin; dans nos murs, beaucoup

Eleuraient; il a séché leurs larmes... ». Les Strasourgeois eurent aussi la satisfaction de voir l'abbé Grégoire dénoncer, aux applaudissements de rassemblée, le vandalisme stupide qui avait dégradé € la pyramide » de leur cité (8 brumaire) , et Reu-

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bell y partir en guerre, quelques jours plus tard, contre les clubs € organisateurs de la tyrannie » . On allait procéder, à Strasbourg, comme à Colmar, à leur épuration d'une Saçon si radicale — les terroristes en furent exclus, les modérés refusèrent d'y rentrer — qu'ils ne renfermèrent presque plus que des administrateurs et des fonctionnaires; leur rôle, en Alsace tout au moins, était fini.

Ce qui, mieux que tout le reste, montre combien les temps sont changés, c'est la discussion qui s'élève au sein de la Convention, à propos de l'amnistie à accorder aux fugitifs qui ont passé la frontière en décembre 1793. La question était assez complexe; à cAté de la masse des paysans et des ouvriers, il y avait des' agents des princes, de véritables émigrés, des ecclésiastiques déportés et réfractaires, des fonctionnaires étrangers, etc. Sans doute on n'avait plus rien à craindre d'eux, maintenant que le drapeau français flottait à Trêves, Cologne, Coblence, Maestricht et Nimègue; mais on comprend que l'assemblée ait reculé d'abord devant l'octroi d'une amnistie en bloc. La rentrée (8 décembre) des soixante-treize députés suspendus en juin 1793 pour avoir protesté contre la proscription des Girondins fit pencher définitivement la balance en faveur de la clémence. On décida d'envoyer le représentant Bar en Alsace, pour examiner la question sur place et proposer ensuite les mesures nécessaires (18 décembre). Quelques jours plus tard, le général Dièche, ce soudard incapable et ivrogne qui maltraita si lon^emps Strasbourg plus qu'il n'y commanda, était révoqué de ses fonctions et l'état de siège enfin levé (28 décembre). La ville y était soumise depuis août 1792 !

Après la question des libertés politiques, celle

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de la liberté religieuse avait été courageusement abordée par Grégoire dans la séance du i*' nivôse (20 décembre), a Un peuple qui n'a pas la liberté des cultes, avait-il dit, sera bientôt un peuple sans libertés. » Mais l'heure de la tolérance n'était pas encore venue; ia Convention passa à Tordre du jour. L'opinion publique réclamait pourtant chaque jour cette liberté d'une façon plus impérieuse et, pour l'Alsace en particulier, la question cultuelle primait assurément de beaucoup, dans le sentiment des masses, les problèmes politiques. Dès le mois de décembre, on osait reprendre le culte dominical dans certaines communes du Haut*Rhin. Pour arrêter le mouvement, la Convention se croyait obligée de décréter le 13 nivôse (2 janvier 1795) que toute réunion religieuse serait assimilée à une manifestation royaliste et ordonnait aux administrateurs de s'opposer à tout rassemblement « fanatique > . En môme temps que l'agitation religieuse recommençait, la misère économique, déjà grande, était portée à son comble par l'abolition des lois sur le maximum (24 décembre). Les assignats perdaient énormément, et de jour en jour, de leur valeur, la guillotine n'é-tant plus là pour effrayer ceux qui les refusaient autrement qu à un cours dérisoire. En Alsace, le mal était plus grand qu'ailleurs, parce qu'on avait introduit dans le pavs des masses de faux assignats, fabriqués en Allemagne, et que les Autrichiens avaient payé la majeure partie de leurs dépenses avec ces assignats falsifiés, de sorte que les paysans ne voulaient plus, à aucun prix, de ces chiffons suspects. D'ailleurs, tout semblait tendre à la perte des pauvres € agricoles j ; les comités révolutionnaires leur avaient enlevé jusqu'aux grains réservés pour les semailles. L'été avait été sec, l'hiver fut fort rude, un des plus froids du xviii* siècle ; la

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bétail avait été mangé par les armées ou avait succombé aux épîzooties ; le pain était hors de prix, et comme les citadins n'avaient guère que des assignats à offrir, les campagnards ne portaient plus rien au marché. « On ne pourrait y avoir un cnou pour mille francs », écrivait M""* Schweighaeuser à son fils, volontaire à Farmée. Ce n'est pas une exagération de dire que bien des malheureux, isolés, sont morts alors de misère et de faim.

Dans la séance du 30 frimaire (20 décembre), la Convention, sans attendre le rapport de Bar, s'était prononcée pour la rentrée des agriculteurs fugitifs dans les aépartements du Rhin ; mais bientôt , craignant un retour en masse des émigrés, thermidoriens et montagnards s'entendirent pour casser le décret du 30 frimaire et pour ordonner aux agents nationaux d'arrêter tous ceux qui seraient rentrés avant cette date, et de les traiter comme émigrés, c'est-à-dire de les livrer aux tribunaux criminels ; quant à ceux qui seraient revenus après cette date, on leur donnait deux décades pour évacuer le pays. Si ce vote avait été maintenu, il en serait résulté un redoublement de la Terreur en Alsace, car les fuyards s'étaient présentés en foule. Heureusement une réaction ne tarda pas à se produire dans le sens de la clémence ; le 20 nivôse (9 janvier 1795), Foussedoire venait déclarer à la tribune que sur les 40.000 fugitifs, une dizaine seulement de vrais contre-révolutionnaires méritait la mort, et, malgré les protestations de quelques montagnards, le décret du 18 nivôse fut provisoirement suspendu. Le lendemain,Merlin (de Douai) présentait un projet transactionnel, d'après lequel les véritables émigrés et les prêtres déportés restaient soumis à la vmdicte des lois, tout en obtenant la permission de repartir, s'ils n'étaient rentrés qu'après le 30 frimaire.

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Quant à la masse des fuyards de décembre 1793^ ouvriers des villes et paysans, ainsi que leurs fa*milles, ils ne seront pas considérés comme émigrés, s'ils ont quitté le territoire français après le 1"^' mai 1793 et s'ils rentrent avant le premier germinal prochain ; si les terres confisquées ne sont pas en* core vendues, elles seront restituées aux propriétaires; si elles ont été aliénées, on leur en remboursera la valeur. C'était une loi qui allait rendre au pays des milliers de citoyens, dont bien peu étaient réellement coupables.

Pendant que ces discussions se produisaient à Paris, un nouveau représentant, E. L. Bailly, visitait l'Alsace et son arrivée à Strasbourg marque la fin définitive de l'ère révolutionnaire. Ancien confrère de l'Oratoire et professeur au collège de Juilly, Bailly siégeait dans la Plaine, et, modéré lui-même, devait prêter plus facilement que Foussedoire l'oreille à toutes les doléances des modérés, traités en suspects depuis l'automne 1792 et exclus de toutes les fonctions publiques. Le 5 janvier 1795, il déclarait à l'Hôtel de Ville qu'il avait pour mission de « purifier les autorités constituées, et de venir en aide « aux patriotes de 1789». Dans sa proclamation c A tous les citoyens du Bas-Rhin » , il leur adressait des paroles qui devaient être un baume pour bien des cœurs ulcérés : c Assez et trop longtemps, leur disait-il, la tyrannie vous a opprimés; les vieux amis de la Révolution, les patriotes de quatre-vingtneuf, les patriotes qui n'ont jamais dévié des principes, ont été persécutés par des charlatans de patriotisme, par des hommes inconnus ou qui ne dataient dans la Révolution que par leurs crimes. Rassurez-vous, prenez confiance, braves et bons habitants du Bas-Rhin, le règne de la Terreur n'est plus, celui de la justice lui succède. :» Il ajou-

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tait, il est yrai, dans sa phrase finale , une déclaration de guerre c aux fripons, aux dilapidatenrs^ ans royalistes, aux hommes de sang, à tous les mauvais citoyens ; pour eux seuls, la Terreur est encore à Tordre du jour I }»

Quatre jours plus tard, Bailly aigageaît les citoyens, réunis dans la cathédrale, à choisir quinze noms sur une liste de trente qu'il leur soumettait ; ces quinze citoyens l'assisteraient et le guideraient dansTépuration nécessaire des autorités. Cette liste, habilement composée de quelques radicaux décidés et d'un nombre bien plus considérable; de modérés, ne renfermait pourtant aucun des che& militants de Tancien parti ormstitutionnelyet ce fut sans grands débats que le représentant et ses assesseurs ainsi choisis se mirent à l'ouvrage. Le 28 nivôse (17 janvier 1795), le € peuple » se réunit de nouve^a au même lieu pour recevoir communication des listes de fonctionnaires proposées à ses suffrages. II ne semble pas qu'il y art eu la moindre discussion; « le peuple a été consulté sur eha^^ individu présente 9, dit le procès-verbal oi&cieK et c^est avec Tassentiment des sections réunies que le représentant prit r arrêté constituant le département, le district, le conseil général de la Commune, la garde nationale, les tribunaux, les juges de paix, etc. Le changement de décors est complet. Au Wrectoire du département siègent Braun, Koch, Burger, tous récemment encore incarcérés comme suspects ,- au district un ci-devant, Louis de Wangen, Schertz, un ex-prisonnier du Séminaire ; comme maire Michel Mathieu, Taneien procureur de la commune de 1790; au conseil municipal, André Ulrich qui allait éditer le fameux Li^re BleUy le dossier des crimes et des exactions des terroristes locaux, Jean Schweighaeuser, Richard Bmnck. Le président du

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