L'ALSACE SOUS LE DIRECTOIRE
L*avortement de Témeute royaliste du 13 vendémiaire n'empêcha pas que les élections législatives ne se fissent quelques jours plus tard sous le coup d'une réaction universelle contre les idées et les hommes de la Montagne. Il en fut en Alsace comme partout. Les électeurs du second degré, réunis à Strasbourg le 20 vendémiaire, donnèrent en grande majorité leurs voix aux meneurs de la droite à la Convention, et c'est une preuve manifeste de l'intensité de la réaction que de les voir voter pour Boissy-d'Anglas, Isnard, Lesage ou Lanjuinais, c hommes généralement estimés et l'objet de la plus chaude reconnaissance > — ainsi que les désignait une feuille locale — mais personnellement inconnus en Alsace. Le < nouveau tiers > ne comprenait aussi que des modérés, J.-F. Hermann de Strasbourg, 1 ex-constituant Kaufmann, J. Bertrand de Bischwiller, etc. A Colmar, la lutte fut moins vive et plusieurs des anciens députés, Reubell, Pflieger, Dubois, Albert, Guittard, furent réélus. Le premier fut appelé, dans la séance du 8 brumaire, à faire partie du Directoire exécutif. Ce corps, exclusivement composé d'anciens régicides, devait se trouver forcément en conflit, dès le début, avec celles des administra-
lions départementales et municipales où dominaient les modérés. La désignation des commissaires du gouvernement près ces administrations, dont plusieurs étaient des jacobins notoires, dans le bas- Rhin surtout, inaugura une nouvelle période de luttes contre les membres du clergé, considérés comme agents du ro^^alisme. Dès le 13 brumaire (4 novembre), Tadministrakion centrale du Bas-Rhin sommait la municipalité de Strasbourg d'appliquer la loi contre les prêtres sujets à la déportation ; celleci, après avoir affecté de chercher s^îl en existait vraiment, finit par en découvrir quatre (dont Fabbé Colmar, le futur êvé<pe de Majrence) et reconnut que plusieurs autres étaient danrs une srtûatTon c piu9 ou moins trrégulîère » ; mai» quand^ elfe reçut Foîtlre péremptoîre ae les arrêter, etfe répondlH, après âîx jours de réflexîon, que tes imKvraus en qnestîon c s'étaient abeentésr > avant qu'on eût pu les earstr. L'adminîstnrtîon centrale dléci^a là^-deesis» (21 décembre) que dorénavant les fonetîonnaires qui ne procéderaient pas à Temprlsonnement de» coupa^ blés et de ceux qui les cachaient seraient eux-mêmes arrértés 6ur-le*champ et livré» au tribunal criminel, et qae les commissaires du gouvertiemenl qm ne le» contraindraient pas è remplir ïeur devoir seraient révoqués et poursuivis comme complices. Maïs même^ des menaces aussi directes ne parvinrent pas è faire prêter aux ecclésiastiques restés dans le pays ou rentrés depuis, le serment de baine k k royauté prescrit par les décrets de prairial ef de vendémiaire. Les uns se cachèrent, les autres préférèrent repartir pour Texil. Une dernière messe fat dite à la cathédrale, le 25 décembre 1796, et depuis, les fidèles du chef-lieu furent réduits à tenir des réunions de prières exclusivement laïques, organisées par les membres de la Confrérie marmniqae créée à Stras-
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bourg ea 1681. Aotaiisés par le corps munixnpal^ ris cbantaient des cantiques avee accompagnement desb orgues, faisaient des lectures pieuses et cfrculaient en proceaaion dans renceînte sacrée.
En même temps> une fouie de fugitifs rentrés en Alsace étaient airèiés dans leurs villages et un ordre dit 4 nivôse enjoignait de les- transfôrer dans les prisons de Strasbourg, pour j attendre leur mise en jugement, comme émigrés. La présefuce permanente des AutricMens et des émigrés sux la frontière expliquait en partie ces mesures draconiennes et cette fluetuatioQ. continuelle de b totéranee à la rigide légalité» Mais kiS mieoûces et les^ actes de sérérité ne produisaôeM plus les effets d'autrefbiis; on escomptait d'avance^ durant Tannée 1796, les élections futurea, qu^on espérait décisives, et les popuiktions se raidissaient dans urne attitude de résistance passive mais obstinée^ Parfois même, on allait plus loin; le corptE^ munirai de Strasbourg déclarait nul et non avenu Toardre d'arrestation lancé contre Fabbé Montflarabeii (9* jianYier i796)i et Fadmxnistration centrale: Tayaut inscrit d*ofi»se sur la liste des émigrés, la municipalité dédarait bautement que c rarbitraire pr^id la place de la justice »•, juste au moment oà te Directoire exécotif estimant que Tindul^ence c entretenait la contagion du mal >, annonçait son intention de c Texldrper ju^squ'à la racine ». Il frappait en effet toute une série d'administrations municipales trop indulgentes ou négligentes ; les prêtres réfractaires étaient traqués dans les valTées des 'Vosges, et Técbalaud politique se dressait de nouveau pour un jeune vicaire de Wenve-ÉglisCy Pàbbé Staclder^ qui, revenu d'outre-Rbin dans son ancienne
{paroisse, était arrêté, conduit à Strasbourg et guîlotiné (3 février 1796). D'autres étaient condamnés à la déportation en Guyane, ou, plus beureux, sim-
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plement emprisonnés. Ces condami^ations exaspéraient les fidèles, et dans certains oentres du c fanatisme > il fallut doubler les brigades de gendarmerie ou envoyer des volontaires, c pour faire respecter] les lois >. Le 16 juin, il y eut un véritable combat entre Tescorte militaire qui conduisait de Saverne à Strasbourg plusieurs moines et prêtres captures et six cents paysans armés de fourches, de faux et de fusils, qui réussirent à délivrer les prisonniers.
A côté de ces agitations confessionnelles si vives, il faut signaler aussi les menées politiques de certains groupements réactionnaires du pays. La correspondance trouvée dans les fourgons de Témiffré Klinglin, à Offenbourg, et d'autres documents plus récemment mis au jour, ne laissent aucun doute sur les intrigues de l'avocat strasbourgeois Démoulé, de la baronne de Reich, du libraire prussien Faucne- Borel, et d'autres encore, avec les émigrés de Condé et les généraux de l'empereur. Leurs espions passaient et repassaient le Rhm, et l'on distribuait dans les casernes des appels aux soldats, pour les engager à déserter à l'ennemi (avril 1796). Dans les campagnes, il se formait des bandes de détrousseurs et de chenapans, grossies de déserteurs autrichiens, d'émigrés, de tsiganes, de conscrits réfractaires, qui attaquaient les voyageurs et les fermes isolées. Dans la forêt de Haguenau surtout, elles devinrent bientôt si nombreuses au'on dut former des colonnes mobiles de troupes de ligne et de gardes nationaux pour fouiller les bois, les fermes, les moulins, et arrêter tous les gens suspects dont les papiers n'étaient point en rèrfe (juin 1796).
Dans le Haut-Rnin, la situation fut d'abord plus satisfaisante. Mais quand la masse des prêtres réfractaires, réfugiés en Suisse, fut rentrée dans le département, et voulut rentrer aussi dans ses près-