‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 63 sur 73 · RESTAURATION ET MONAKCHIB DE JUILLET · texte numérisé non relu

RESTAURATION ET MONAKCHIB DE JUILLET

forcé de la défendre ! » le roi, plaçant la main sur son cœur, s'écria : c Celui qui sépare le Roi de la liberté, n'est qu'un mauvais citoyen. Vive la liberté ! » Mais bientôt, il ne se sentit plus d'humeur à prodiguer ainsi les démonstrations démocratiques et en outre elles ne parurent plus nécessaires.

Sous le ministère formé après la mort de Casimir- Périer et dans lequel Humann figura comme ministre des finances, des changements marqués se firent dans la députation des départements du Rhin. Benjamin Constant était mort dès 1830 ; en 1834, Odilon-Barrot et Voyer d'Argenson sont remplacés par des candidats ministériels. L'attentat de Fieschi, en juillet 1835, accentua encore la réaction dans les régions officielles contre les idées libérales qu'on prétendait rendre responsables de ces tentatives criminelles répétées. Les lois restrictives de septembre, qui en furent la suite, refroidirent par contre les sympathies des classes éclairées pour la monarchie de juillet. C'est ce qui poussa sans doute un neveu de Napoléon, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, à tenter un coup de fortuné à Strasbourg, milieu qu'il jugeait propice par ses souvenirs militaires. Le 5 octobre 1836, il apparaissait à cinq heures du matin au quartier d'Austerlitz, casernement du 4* d'artillerie, dont il avait gagné le colonel Yaudrey, enlevait les soldats surpris, faisait saisir le général Voirol et le préfet Choppin d'Arnouville, mais était arrêté lui-môme dans la caserne de la cour de la Finckmatt, pendant qu'il haranguait le 46* de ligne, par un officier moins ahuri que les autres. Il n'y eut aucune effusion de sang. Quand les bons bourgeois, effrayés par ce vacarme matinal, sortirent de leurs lits, tout était terminé. L'auteur de ce coup de tète, après quelques jours de prison, fut expédié généreusement en Amérique par Louis-

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Pbilippe,ce qui ue Tempôcha pas de recommeacer^

Îuatre ans plus tard, à Boulogne. La folle tentative e Louis Bonaparte n'avait éveillé aucune sympathie dans la population civile ; seulement le jury strasbourgeois crut devoir acquitter les complices du prince lorsqu'on les mit en jugement, en janvier 1837, puisque le &.uteur principal échappait ft tout châtiment.

En 1837, commencèrent les premières études pour la construction de chemins de fer en Alsace, ceux de Strasbourg à B&le, et de Mulhouse à Thann. Sur cette petite ligne secondaire la premièire locomotive circula dès août 1839 ; m^is si le tracé de Bâle à Strasbourg fut concédé à la maison Nicolas Kœchlindès 1838 (enmème temps que le pirojet d'un canal de laMar ne au Rhin était proposèà la Chambre) y ce u est qu'en septembre 1841 qu'on put inaugurer par une série de fêtes cette voie ai importante pour te développement économique de l'Alsaœ.

Avant ces fêtes, on en avait célébré d'autres à Strasbourg, qui eurent un retentissement plus populaire^Xe 14 juin 1840, on avait inauguré la statue de Kléber, sur la place qui porte depuis lors son nom; c'est sous ce monument que repose la dépouille mortelle de l'illustre général. Dix jours plus tard t commençaient les fêtes en Thonneur de Gutenberg et de l'invention de l'imprimerie; elles comprenaient une Exposition typographique, l'i* .naugurationde la statue de l'inventeur, due à David d'Angers, et surtout un immense cortège industriel et agricole, que patrons et ouvriers, artistes, industriels et paysans s'ingénièrent à rendre original et pittoresque. De nombreux étrangers, venus surtout d'outre-Rhin, assbtèrent à ces réjouissances publiques où force discours enthousiastes et pacifiques furent échangés, comme d'autres encore

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devaient l'être, deux ans plus tard, au Congrès scientifique de Strasbourg (1842). Malheureusement les éyénements d'Orient venaient donner, dès l'automne de 1840, un rude démenti à ces déclarations fraternelles. La quadruple alliance (Angleterre, Autriche, Prusse et Russie) parut menaçante pour la paix de l'Europe, et l'agitation fut un instant des plus violentes en Alsace, comme dans l'Allemagne occidentale, où tout le monde chantait le Rhin mie-mand de Nicolas Becker. Mais le roi ne voulait pas de guerre; il remercia Tbiers, appela Guizot au ministère (octobre 1840),et la paix lut conservée.

Le ministère Guizot, en accord parfait avec le roi, s^appliquait à réduire sans cesse, par des moyens parfois scandaleux, le nombre des opposants, dynastiques ou autres. Dès 184â, tous les députés de l'Alsace, sauf le seul Pflie^er, d'Altkircb, étaient ralliés au juste milieu, et lors du renouvellement de 1846, il en fut de même, malgré la désaffection croissante du pays ; Colmar et Mulhouse seuls nommèrent des opposants. Le gouvernement, oui refusait aux libéraux une modeste réforme électorale basée sur l'abaissement du cens et Fadjonction des c capacités > aux électeurs censitaires, ne montrait pas la même raideur vis-à-vis des exigences croissantes du clergé ultramontain, qu'il avait tenu en échec durant les premières années de la monarchie de juillet. En Alsace, la presse cléricale et certains membres du clergé attaquaient avec &preté les dissidents et la libre pensée, dans des brochures et des pamphlets qui provoquaient naturellement de vives répliques. L'un des épisodes les plus curieux de cette lutte fut le procès intenté à un ancien adjoint au maire de Strasbourg, M. Busch, qui dans une plaquette de luxe. Découvertes d'un bibliophile (18^5), avait ca-

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ractérisé, avec citations à Tappai, la morale des Jésuites. Qaatre avocats cléricaux du barreau de- Strasbourg ayant déposé contre lui une plainte en diffamation, Jules Favre vint plaider pour lui et le fit acquitter. Quelques professeurs ae la faculté des lettres, Ferrari, Génm, moins heureux, furent suspendus ou révoqués par un ministre plus indulgent aux congrégations non autorisées.

Le mécontentement s'accrut de toutes les misères résultant de l'hiver rigoureux de 1846 et de la cherté des vivres au printemps suivant. Dès février 1847, le prix du froment était égal à celui de Tannée de famine 1817. Aussi quand commença la campagne des banquets réformistes, par laquelle Topposition espérait vaincre enfin la résistance obstinée du gouvernement, l'Alsace eut les siens. Le 8 août 1847, deux cent cinquante électeurs se réunissaient à Golmar, sous la présidence significative de Rossée, premier président de la cour d'appel, et acclamaient les orateurs libéraux venus du dehors ; le 5 septembre, plus de sept cents convives encombraient la Halle aux Blés de Strasbourg, pour une manifestation pareille. Efforts inutiles! A l'ouverture de la session, le discours du trône jetait le gant aux a passions ennemies et aveugles », et la majorité des c satisfaits » approuvait Guizot. Sur les onze députés d'Alsace, trois seulement s'étaient prononcés contre (12 février 1848). Mais, douze jours plus tard, le ministère s'effondrait et la royauté avec lui. Le soir du 24 février, le vieux roi était en fuite, la République proclamée à l'Hôtel de Ville, le Gouvernement provisoire formé : la monarchie de juillet appartenait au passé.

A Strasbourg les commencements du mouvement de février furent connus dès le 25, et le maire Schutzenberger convoqua le conseil municipal qui décida la reconstitution de la garde nationale ; puis les dépêches cessèrent d'arriver, et c'est le 27 seulement qu'ion sut le succès de la Révolution. Les autorités résignèrent alors leurs pouvoirs entre les mains des commissaires du gouvernement ou de commissions départementales provisoires et, dans la plupart des villes de l'Alsace, la proclamation de la République fut accompagnée de fêtes civiques et de réiouisi^nces populaires. Malheureusement, les vieilles haines antisémites des campagnes se manifestèrent en plusieurs endroits ; à Altkirch et dans différents villages du Haut-Rhin, à Brumath et Marmoutier dans le Bas-Rhin, les synagogues et des maisons

Î>articulière8 furent dévastées et pillées, et Ton dut aire marcher les troupes pour arrêter ces violences. Le 5 mars, parut le décret du gouvernement provisoire concernant Télection d'une Constituante par le suffrage universel ; le Bas-Rhin devait avoir quinze, le Haut-Rhin douze représentants. Ces élections eurent lieu le 23 avril et furent nettement républi-

caines. Aux vieux champions locaux du parti, les Lie* chtenberger, les Martin (de Strasbourg), le Bas-Rhin avait joint des noms nouveaux, ceux de V. Ghauffour, Boussingault, etc. Le Haut-Rhin choisissait Emile DoUfus, de Mulhouse, Gh. Rœnig, de Golmar, Kestner, de Thann, Ignace Chauffour et autres. C'é* taient pour la plupart de très honnêtes citoyens, de bons patriotes, plusieurs même de bons orateurs, mais aucun ne devait jouer un rôle un peu marquant à l'Assemblée. Parmi les faits d'intérêt plus général qui se produisirent alors en Alsace, il faut mentionner les préparatifs pour la célébration du deuxième centenaire de la réunion de l'Alsace à la France dont le nouveau maire de Strasbourg, Edouard Kratz, avait pris Finitiative. c Nous n'avons plus besoin, disait-i) dans sa circulaire aux municipalités des deux départements, de faire une profession de foi solennelle et publique de notre inviolable dévouement à la France. . . La France ne doute pas de nous, elle a foi dans T Alsace; mais si l'Allemagne se berce encore d^Uusions chimériques, si elle croit trouver dans la persistance de la langue allemande au sein de nos campagnes un signe de sympathie irrésistible et d^attraction vers elle, qu'elle se détrompe ! L'Alsace est aussi française que la Bretagne, la Flandre et le pays des Basques, et elle veut le rester ! » Les manifestations d'un patriotisme spontané qui se produisirent successivement à Mulnouse et à Colmar, comportaient d'ailleurs si peu de chauvinisme cp^Ignace Chauffour, dans le discours qu'il prononçait à Colmar, le 22 octobre, saluait c la bonne et noble Allemagne, doux pays des mœurs calmes, de la vie contemplative, dfe la pensée sereine et profonde >, qui luttait en ce moment pour ses libertés politiques, et exprimait l'espoir que cette < douloureuse fraternité d'idées, de

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^saâffraaces et de triomphes unirait à jamais la jFraiLce et rAlIemagne ». La fête eut lieu, pour - ^Strasbourg, le 24 octobre, avec uu concours immense de délégations de toute la province , de la garnison, des gardes nationales, des enfants des ' écoles, et c'est au milieu de l'enthousiasme général que fut dressée, sur la grande pelouse de TOrangerie, la maquette du groupe allégorique de l'Alsace et de la France, conçu par Grass, et que le sculpteur ne fut jamais appelé à exécuter depuis.

Ces beaux jours de fraternité pacifique universelle s'évanouirent bien vite. La réaction triomphait partout en Allemagne, en Italie, et surtout à Paris. Malgré les avertissements des républi* oains les plus clairvoyants et les plus sincères, l'Assemblée nationale avait décidé que le futur président de la République serait nommé par le suffrage direct de tous les citoyens ; onze députés d'Alsace avaient voté contre la proposition, treiz^e pour ; les autres étaient absents. La Constitution nouvelle, adoptée le 4 novembre, avait été promulguée à Strasbourg le 19 novembre suivant; mais déjà l'enthousiasme s'était dissipé pour faire place aux âpres luttes des partis. Une nuée d'agents bonapartistes s'était abattue sur nos départements et par les journaux, les pamphlets, les promesses électorales, travaillait les villes et surtout les campagnes. Ils avaient pour alliés influents le clergé et les partis réactionnaires, qui comptaient bien utiliser Louis Bonaparte comme instrument, en attendant qu'il leur fût possible de restaurer ouvertement la royauté. Les résultats du scrutin du 10 décembre Justifièrent les pires inquiétudes. Dans le Bas-Rhiu, le neveu de l'empereur recueillait 60.000 voix contre 46.000 données au général Cavaignac ; dans le Haut-Rhin, 65.000 contre 19.000. Le 20 dé-

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cembre 1848, Félu de cinq millions de citoyens prêtait serment de fidélité à c la République démocratique, en présence de Dieu et devant le Peuple français » ; mais il se sentait bientôt assez fort pour se débarrasser de TAssemblée constituante, aui prononça sa propre dissolution le 7 février et uxa l'élection d'une nouvelle Législative au 14 mars.

Ces élections furent attristantes ; travaillées soit par la réaction, soit par le socialisme naissant, les populations abandonnèrent presque tous leurs élus de 1848. Dans le Bas-Rhin, Liechtenberger, oui avait eu 118.000 voix, n'en retrouvait plus que ^8.000; Martin (de Strasbourg) tombait à 19.000; ils étaient remplacés soit par des réactionnaires, soit par des radicaux avancés, des c rouges », comme on disait alors en Alsace, encore au'ils paraissent bien inoffen* sifs quand on compare leurs doctrines à celles des exaltés d'aujourd nui. Dans le Haut-Rhin, quatre députés furent réélus ; les autres furent des c montagnards >. L'Alsace formait exception dans le mouvement général de recul qui s'était manifesté dans tout le pays depuis les Journées de juin, et qui avait produit cette nouvelle représentation nationale où les groupes monarchiques, alliés aux cléricaux purs et aux bonapartistes, formaient une très disparate mais grosse majorité. D'ailleurs, la plupart des c démocrates » alsaciens ne devaient pas y siéger longtemps. Lors de l'échauffourée du 13 juin tentée par l'extrême gauche au Conservatoire des Arts et Métiers, quelques-uns furent arrêtés sur-lechamp, d'autres inculpés après coup et traduits devant la Haute-Cour de Versailles ; les représentants Anstett, Beyer, Boch, Commissaire et Ropp, du Bas-Rhin, Hofer, Kœniget Pflieger, duHaut-Rnin, y furent condamnés, soit présents, soit par contumace, à la déportation (13 novembre 1849). £a

même temps, quelques-uns de leurs amis, Emile Kuss, professeur à la Faculté de médecine, Jules Erckmann, l'imprimeur Dannbach, à Strasbourg, le D** Jœnger, le journaliste Joseph Liblin, Tarchivisteadjoint Xavier Mossmann, à Golmar, étaient accusés d'excitation à la guerre civile; comme on savait d'avance qu'ils seraient acquittés par leurs concitoyens, ils furent traduits les uns devant le jury de la Moselle, les autres devant celui du Doubs. Mais Russ et ses compagnons de prison furent déclarés innocents, sur la défense de Jules Favre (17 octobre) , et le D' Jeenger et consorts le furent à Besançon, après une plaidoirie d'Ignace Chauffour dans la-

Siôlle il flétrissait les procédés du pouvoir et déarait que c la France était lasse de ce charlatanisme qui, à défaut de vertus, étale les mots les plus sacrés pour cacher ses ambitions avides et coupables! (11 novembre). Des élections eurent lieu, le 10 mars 1850, pour remplacer les députés emprisonnés ou en fuite. Quelques choix excellents furent faits ; le Bas-Rhin nomma Edmond Valentin, le futur préfet du département en septembre 1870, et Charles Gérard ; mais il préféra Emile de Girardin au vieux patriote Liechtenberger, lors d'une élection partielle.

Pour augmenter la popularité du Président, ses

f»artisans le décidèrent à faire une tournée dans es départements du Rhin, où les deux nouveaux préfets, dévoués au parti bonapartiste, César West dans le Bas-Rhin, le comte de Durckheim-Montmartin dans le Haut-Rhin, avaient travaillé de leur mieux les populations. Mais quand l'élu du 10 décembre arriva dans les derniers jours d'août, d'abord à Mulhouse, puis à Colmar, il fut salué par des cris si persistants de : Vive la République! qu'il refusa d'assister, dans cette dernière ville, à un

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bal préparé en son honneur, et repartit immédiatement pour Strasbourg. Le conseil municip^ de la vieille cité libre avait refasé de voter des frais de réception, et les notabilités réactionnaires offrirent au prince un banquet par souscription à Thôtel de la Ville de Paris. Là aussi des cris assourdissants de : Vive la République I l'assaillirent au moment du départ. La réponse ne se fit pas attendre. Des décrets présidentiels prononcèrent ta dissolution de la ffarde nationale ue Malhouse (20 novembre 1850) et de celle de Strasbourg (8 mars 1851). Plusieurs membres du conseil municipal de cette ville, le maire, Edouard Kratz, Fa^joint, Charles Bcersch, donnèrent leur démission pour ne pus avoir Fair d'approuver cet acte gouvernemental. Ces procédés étaient les avant-coureurs d'une politique personnelle nouvelle. Jusqu'ici le Président avait affecté de faire cause commune, au nom de l'ordre social, avec* la majorité monarchique. Le moment lui semblant propice, il changea de tactique et, dans la nuit du 1^ au 2 décembre, il exécuta le coup de force longtemps médité. Parmi les représentants du peuple arrêtés, il j avait deux députés de l'Alsace, Edmond Valentin et Restner. Les mesures concertées pour étouffer toute résistance avaient été mieux prises en province qu'à Paris. Rien ne bougea dans les départements du Rhin; une colonne d'ouvriers qui promenait dans Strasbourg un drapeau portant le mot de Constitution, fut dispersée par une charge de cuirassiers, près du pont du Corbeau ; ce fut tout (6 décembre). Cela n'empêcha pas qu'à Strasbourg, comme à Colmar, une dizaine de citoyens, la plupart inoffensifs, ne fussent arrêtés comme c dangereux > et déportés en Algérie. L'effet de ces mesures de rigueur et des proclamations officielles des autorités, se fit aussitôt

sentir. Le nombre des votes faTorables émis, lors da plébiscite (20 décembre) qui sanctionnait le coup d'Etat, fat de 105.700 pour le Bas-Rhin contre 9.500 non, et de 99.500 ouij pour le Hant-Rhin, contre 5.800 non. Un Te Deum d'actions de grâces fat chanté à la cathédrale le 1^*^ janvier 1852 ; le 7 janvier, sept députés de TAlsace étaient à iamais b«^i3 àu teVritoire ; deia airtres l'étaient à temps. Puis, le 1^*^ mars, la candidature officielle fonctionnait avec le pins grand succès dans les deux départements et partout les mandataires du peuple, choisis par le prince et les préfets, étaient docilement éhis. A Strasbourg pourtant, dix membres du Conseil municipal refusaient le serment qu'on voulait leur imposer et étaient déclarés démissionnaires (4 mai ISôz). Maintenant le prince-président pouvait revenir à Strasbourg sans avoir à craindre d'autres cris séditieux que ceux de : Vive Tempepeur! qui ne lui étaient point désagréables. Il y arriva le 19 juillet, pour l'mauguration du chemin de fer de Strasbourg à Paris. Afin de bien montrer Talliance intime du pouvoir séculier et de l'Eglise, une immense procession traversa toute la ville, l'évéque entête, pour aller bénir les nouvelles locomotives. Il n'y avait plus eu de procession dans Strasbourg depuis la révolution de Juillet. Les paysans étaient accourus en foule pour voir l'héritier du grand empereur. Le Président leur parla allemand, il fut fort acclamé. Le pays était mûr pour l'empire et, le 7 novembre, le Sénat en votait le rétablissement. Tous les corps constitués, ceux de F Alsace comme les autres, rivalisaient d'adresses de dévouement à l'homme qui avait « sauvé le pays de l'anarchie )». Le nombre des opposants avait encore notablement baissé, car le plébiscite du 20 novembre donnait 114.600 oui contre 3.300 non, dans le Bas-Rhin^

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92.700 01^/ contre 2.800 non, dans le Haut-Rhin. Le 5 décembre, l'Empire était proclamé, et avec lui, * Tabandon de toutes les libertés politiques, si chèrement acauises dans le passé.

Sous te second Empire, l'Alsace, pendant de longues années, n'a pas eu d'histoire. Sans doute, le développement de ses richesses matérielles ne cessa point et môme son industrie prit un nouvel essor, grâce à ses canaux, à ses chemins de fer qui se multiplient, gr&ce à l'initiative de ses grands fabricants, au nombre toujours croissant de sa population ouvrière. Mais jamais la vie civique n y fut plus terne, jamais l'atmosphère morale plus étouffante que dans ces mornes années qui s écoulèrent entre le coup d'Etat du 2 décembre et la guerre d'Italie. L'alliance du trône et de l'autel, consolidée par toute la France bonapartiste, porta peut-être en Alsace plus qu'ailleurs un coup presaue mortel aux idées libérales qui, pendant près d'un demisiècle, avaient été l'apanage de l'aristocratie bourgeoise et des classes moyennes. Celles-ci avaient passé, en effet, aux idées rétrogrades depuis les journées de Juin, poussées par la terreur des c rouges > et des c partageux >, ou bien elles se voyaient annihilées par le suffrage universel rural. Ne pouvant plus jouer aucun rôle dirigeant dans cette cohue électorale, elles abandonnent la manipulation des masses aux préfets, aux commissaires de police, aux curés et aux gardes champêtres. La génération qui sortait de l'adolescence, en 1852, et môme celles qui la suivirent, ont été sacrifiées de la sorte, et les survivants se souviennent avec un écœurement profond du marasme intellectuel et moral dans lequel il leur a fallu vivre alors, sans espérance nour l'avenir, voyant le livre proscrit, la parole enchaînée, la presse bâillonnée, sauf une

presse servile qui avait pour mission d'insulter toutes les dissidences politiques ou religieuses, de bafouer toutes les aspirations généreuses des épo« ques passées. Que raconter d'une période de léthargie si profonde? G est à peine si les échos de la guerre de Grimée, déclarée en mars 1854, réveillèrent quel(|ue jpeu l'aj^athie des populations, et si l'on se

Eermit de sourire quand, après la prise de Séastopol (8 septembre 1855), le maire de Golmar salua cet événement comme c un triomphe de la civilisation sur le despotisme moscovite ». Cependant quand les régiments, retour de Crimée, rentrèrent l'année suivante dans leurs garnisons alsaciennes, ils reçurent un accueil chaleureux.

Les élections législatives de 1857 ne marquèrent, pour nos départements, aucun réveil de 1 opinion publique ; nul n'osa y disputer aux candidats offi* ciels ou agréables le mandat que leur octrovait le gouvernement impérial. Cette même année, 1 empereur allant voir à Stuttgart Alexandre II de Russie, s'arrêtait quelques heures à Strasbourg; on commençait les travaux du pont du Rhin, près de Kehl, et Mulhouse devint sous-préfecture à la place du petit bourg d'Altkirch. L année d'après, ce fut la tentative aassassinat d'Orsini et de ses complices. La loi des suspects qui la suivit, et qui fut votée par cinq des députés d'Alsace, eut sa répercussion dans nos départements ; quatre honorables citoyens du Bas-Rhin, deux du Haut- Rhin furent encore déportés en Algérie sous les plus fantaisistes prétextes. En 1859, quand Napoléon III commença la guerre pour a libérer > l'Italie, il fallut bien se décider en naut^ lieu à laisser pénétrer également un peu d'air et de lumière dans la geôle française. Seulement les succès brillants de nos armées, auxquels ne s'attendaient pas les amis de l'Autriche en Allemagne, in-

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quiétèrent bientôt l'opinion publique allemande tout entière» et Tànnexion de Nice et de la Savoie accentua encore davantage ce sentiment d'inquiétude jalouse. Il fallut la visite de l'empereur au prince-régent de Prusse faite à Bade en juin iS60, pour calmer un peu les récriminations de la presse germanique; mais les germes d'une animosité défiante avaient été semés et, dès Tannée suivante, la Gazette universelle d'Augsbourg racontait à ses lecteurs que les Alsaciens, opprimés de toute façon par le gouvernement français, aspiraient à se réunir de nouveau à la mère-patrie. Les journaux du pays avaient beau défier la Gazette et ses confrères de trouver en Alsace le moindre symptôme de tendances poUtioues teutonnes, rien n'y fit^ et dès ce moment, ce cliché se stéréotypa dans les cerveaux d'outre-Rhin.

Officiellement pourtant, les relations des gouvernements restaient cordiales. Quand on inaugura, le 6 avril 1861, le nouveau pont du chemin de fer sur le Rhin, il y eut assaut de déclarations amicales. L'ingénieur en chef Perdonnet déclarait que si les deux peuples se précipitaient vers les rives du grand fleuvOi c'était pour se serrer les mains ; Weiael, le ministre du commerce badois» affirmait que ce

i>ont ne relierait pas seulement le grand-duché., mais a patrie allemande tout entière, à la France ; le chef du ministère heasois, Dalwigk, portait un toast à € Sa Majesté l'Empereur des Français, qui, en étouffant la Révolution, s'était acquis un juste titre à la reconnaissance du monde entier I i

C'est vers la même époque que la question italienne ou plutôt romaine, porta les premiers trou- j blés graves dans l'accord étroit de TBinpire et de TEglise dans notre province. Le jeune député de Belfort, Emile Keller, se fit à la Chambre des dé-

pûtes l'interprète violent et convaincu des récriminations du clergé contre Tabandon partiel des ço^ jsessions temporelles du Saint-Siè^e ; on put ôoustater là comme un premier réveil d'une opinion

frablique indépendante. Ce réveil se marqua d'une àçon plus sensible, lors des élections législatives de 1863. A Strasbourg, le vieil Odilon-Barrot, porté comme candidat libéral contre le baron Alfred Renouard de Bussîerre, réunit 4.000 voix, contre 5.000 données à son adversaire ; à Scblestadt^ un chambellan de l'empereur, le baron Zom de Boulach, l'emporta d'abord sur le candidat clérical opposant, le comte Hallez-Claparëde, mais le Corps législatif ayant cassé l'élection pour manœuvres illicites, HalleTB-Cîaparède fut élu, l'année suivante, à 500 voix de majorité. A Mulhouse, le candidat de l'opposition, Tachard, réunissait 11.800 suffrages contre 12.500 donnés au candidat du gouvernement, Aimé Gros. La môme année, Jean Macé fondait à Beblenheim la Société des Bibliothèques communales^ qui, dans les années suivantes, gagna rapidement du terrain dans les deux départements du Rhin. Une nouvelle lutte électorale s'engageait à Strasbourg en 18GÇ. Le député officiel, auquel on reprochait de n'avoir point tenu les vagues engagements pris en faveur aune politique plus libérale, avait donné sa démission pour rendre ses électeurs juges de sa conduite. Seulement, le gouvernement avait eu soin, pour que l'épreuve n'omît aucun danger, d'adjoindre à la circonscription de Strasbourg toute une série de cantons ruraux bien travaillés d'avance par le baron Pron, le modèle des préfets à poigne. Le candidat libéral, Edouard Laboulaye, professeur au Collège de France, réunit néanmoins à Strasbourg même près de7.000 voix, tandis que M. de Bussierre n'en ob- ' tenait pas 3.000 ; mais, comme il fallait s'y attendre,

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16.000 votes ruraux noyèrent la majorité urbaine qu'avait obtenue le candidat de l'opposition (15 avril 1866).

Survint la guerre de 1866 entre l'Autriche et la Prusse. Le sentiment allemand s'exalta naturellement du triomphe de Kœnigsgrœtz (ou Sadovsra) ; le sentiment français s'en effraya tout naturellement aussi; on sentait vaguement que l'équilibre politi-

îgibh

rêveur d'Arenenberg et de Ham, que les préfets du Bas-Rhin et du Haut-Rhin avaient si souvent qualifié dans leurs discours officiels, c d'homme de génie > . Dansl'espacede quelques années, il avait trouvé moyen de réveiller deux peuples endormis, l'Italie et l'Allemagne, et de contribuer, directement ou indirectement, à la reconstitution de leurs membres épars en un corps de nation, tout le long de nés frontières. Actes excusables peut-être, malgré leur imprudence, si Napoléon III, conséquent jusqu'au bout dans son attitude, avait réussi par là à s'en faire des amis; actes d'aveuglement inouï, si l'on entendait ensuite se mettre en travers de leurs aspirations nationales légitimes, en soulevant la question romaine ou en élevant la barrière fragile du *Mein. Dès ce moment, les esprits attentifs qui observaient l'Allemagne de près, ceux qui y avaient vécu des années, étaient frappés de la rapidité avec laquelle le virus d'un chauvinisme ardent se développait dans ce pays né d'hier à l'action politique, tandis que la France, paralysée par la déplorable aventure du Mexique entreprise au profit de louches spéculateurs, se voyait privée de ses moyens d'action en Europe. C'est pour effacer,

si possible, cette impression fâcheuse, que Tempereur entama la question du Luxembourg, quand déjà le moment propice pour la régler avec succès était passé. Au milieu des préparatifs de la grande Exposition universelle, de ses visites royales et de ses splendeurs, une agitation violente s*empara des esprits. Tandis que certains organes de la presse parisienne partaient allègrement à la conquête de toute la rive gauche du Rhin, en Allemagne on s'em-

f sortait contre cette soif d'annexions qui tourmentait a France; on insultait grossièrement les signataires d'adresses pacifiques envoyées de Strasbourg à Berlin, et ces répliques brutales provoquaient à leur tour des réponses très vives. Sans doute la Conférence de Londres mettait fin à la crise aiguë, en décidant la neutralisation du Luxembourg (13 mai 1867); mais il subsistait désormais un sentiment de méfiance profonde et réciproque.

Vers la fin d'août, l'empereur traversait une dernière fois Strasbourg, en revenant de l'entrevue de Salzbourg avec l'empereur d'Autriche, François- Joseph. Il y avait certainement débattu déjà certains projets d'alliance future ; pourtant il ne fit rien {>our préparer la mise en défense de l'Alsace menacée a première en cas d'une guerre avec l'Allemagne. On déclassait les petites forteresses du pays, Lauterbourg, Wissembourg, Haguenau, Licntenberg, le fort Mortier près de Neuf-Brisach; on négligeait les travaux les plus urgents oour la mise en état de Strasbourg. Si les bataillons de la garde mobile des départements de l'Est étaient organisés sur le papier (avril 1868), ils ne le furent jamais autrement avant juillet 1870. Personne d'ailleurs, il faut le dire, ne regardait alors bien attentivement du côté de la frontière de l'Est. La France, renaissant à la liberté, s'engouait

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des latteft politiques intérieures, s'amusait de la Lanterne de Rocnefort^ applaudissait à l'éloquence de Gambetta dans le procès Baudin, se passionnait surtout pour les élections législatiyes générales de

Les libéraux d'Alsace tentèrent un nouvel effort pour secouer le joug de la candidature officielle. Le rédacteur en ohd du Courrier du Bas-Rhin^ Charles Bœrsch, fut opposé à Bussierre, et réunit à Strasbourg 7.600 suffrages contre 4.300 donnés à son adversaire, mais les votes des paysans vinrent une fois de plus changer en défaite le succès urbain. Pour la première fois depuis le coup d^État on entendit alors chanter la Marseillaise dans les rues de la ville qui avait été son berceau. A Wissemboiurg, le candidat libéral, Rodolphe de Turckheim, eut9.000 voix, mais le candidat officiel, de Leusse, en eut 18.000, grâce au concours du ckrgé» qui, de l'aveu du vainqueur, avait joué ^ un rôle prépondérant » dans son élection. Dans le Haut-Rhia, les libéraux et les cléricaux hostiles eurent encore plus de voix : à Mulhouse, Tachard remporta par 15.000 voix sur Jean Doïlfiis, le maire de la ville, le çrand industriel et le grand philanthrope, qui avait eu la faiblesse d'accepter le patronage officiel. A Colmar, Frédéric Hartmann réunit 11.000 voix^ contre 18.000 données au candidat des cléricaux, Léon Lefébure; à Guebwiller-Thann, Kellèr, le fougueux ultramontain, l'emporta avec plu» de 7.000 voix de majorité ; à Altkirch-Belfort, VieUard-Migeon battait, aussi avec une majorité d'un millier de suffrages, le candidat officiel, de Reinach. Les anciens démocrates eux-mêmes, si longtemps silencieux, rentraient dans la lutte; à Strasbourg, Emile Kuss et ses amis fondaient le Volksblati pour combattre la petite feuille cléricale

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si inflnente sur les masses rarales, le Volksfreund ; à Mulhouse, Alfred Kœchlm, Scheurer-Kestner et les leurs, créaient \ Electeur souverain pour lutter <îOfltre Torgane populaire des cléricaux du Haut- Rhin, le Volksbote, de Rixheim. Ils faisaient circuler des pétitions, réclamant rînstHKîtîon primaire obligatoire et gratuite.

On se croyait â Faube de temps meilleurs, d/autant que le gouvernement, issu du coup d'État, tentait une dernière métamorphose. En janvier 1870, Napoléon III appelait au ministère M. Emile Ollivier pour présider à l'organisation de Vempire libéral; il crut renforcer encore son œuvre en convoquant tous les citoyens français à participer au plébiscite du 8 mai. Une activité aévorante fut déployée par les préfets, les maires et les curés ; les députi 5fficiels%e dépensaient pour faire triompher la bonne cause. Deux seulement parmi les représentants de l'Alsace, Tachard et Kellçr, conseillèrent de voter non ou de s'abstenir. I>e nombreux comités antiplébiscîtaires, les uns plus moderés, les autres plus radicaux, se formèrent à Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Bischwiller, Barr, Schlestadt, Thann et autres lieux; mais que pouvaient-ils pour combattre les coupables manœuvres à^ agents du gouvernement dans les campagnes, où Ton disait aux pavsans que voter oui^ c'était la paix et voter /ion, c était la guerre, et où l'on promettait aux ouvriers une c bonne grève » s'ils votaient pour l'empereur contre leurs patrons ? Les populations alsaciennes se laissèrent duper, comme le reste de la France. Dans le Bas-Rhin, sur 120.000 votants, il y eut 97.000 oui et seulement 20.000 non; dans le Haut-Rhin, sur 102.000 suffrages il y eut 80.000 oui et 19.000 non. Environ 50.000 électeurs inscrits, dans les deux départe-

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ments, s'étaient abstenus. Paur s^étre montrées si ferventes bonapartistes, les campagnes d'Alsace allaient bientôt cesser d'être françaises.

L'empereur se crut assuré désormais de l'adhésion du pays à tout ce au'il lui plairait de faire. Quelques semaines après éclatait soudain l'affaire de la candidature de Hohenzollern au trône d'Espagne. On sait trop aujourd'hui avec quelle maladresse d'une part, avec quelle habileté machiavélique de l'autre, tut engagée cette joute diplomatique, qui du 6 au 14 juillet tint l'Europe en suspens, pour qu'il soit nécessaire d'y insister ici, bien que le sort de l'Alsace ait dépendu de l'issue de ce duel, prélude de la guerre elle-même. Les passions surexcitées et les cabales de cour imposèrent silence aux avertissements de la prudence la plus élémentaire; un ministre ignorant combien peu la France était prête vint déclarer à la tribune, le 16 juillet, qu'il accepterait, a le cœur léger » , la grave responsabilité de cette lutte; les protestations dé quelques députés de la gauche furent étouffées sous les clameurs d'une majorité en délire ; Thiers enfin fut traité de traître et d'émigré lorsqu'il supplia la Chambre de se recueillir un instant, avant d'émettre un vote irréparable. La responsabilité de la faute commise, les députés de l'Alsace la partagent tout entière ; car sauf Tachard et Renouard de Bussierre (en congé au moment du vote) , tous ont voté l'acte de confiance aveugle, dont les conséquences ultimes sépareront leurs électeurs de la mère-patrie.

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