LA PENSES ALSACIENNE AU XIX« SIECLE
du chanoine Victor Guerber sur Haguenau se préparait, celui de B.-M. Bernhard sur Ribeauviilé était rédigé. Je dois mentionner encore — en m'arrêtant toujours à la limite de 1870 — les études d'Alphonse Coste, de Maximilien de Ring et de Napoléon Nicklès sur r Alsace romaine, les premiers travaux de l'abbé Hanauer sur les Paysans d'Alsace au moyen âge, les nombreuses études, restées malheureusement éparses, de Louis Schnéegans sur la cathédrale de Strasbourg, les Biographies alsaciennes de Louis Spach, V Alsace à table de Charles Gérard, \ Histoire de la Révolution dans le Haut-Rhin de Véron-Réville, le Dictionnaire topographique du Haut-'Rhin de George Stoffel. J'ajouterai V Alsace noble de M. Ernest Lehr (bien que l'auteur soit encore heureusement des nôtres), car ses trois inquarto paraissaient peu de mois avant la guerre. Si le zèle des Alsaciens pour les études histori-
aues, surtout locales, fut, avant 1870 comme après, es plus méritoires, il faut avouer que leur apport littéraire est plus maigre. Comme romanciers français autochtones, il n'y a guère à citer que Louis Spach avec ses deux romans : Henri Farel et le Noui^eau Candide j le docteur A. Richard et son Kaysersburg d'AlsacCy Alexandre Weill et Auguste Widal^ avec leurs scènes de la vie juive en Alsace, les premières nouvelles enfin de Charles DoUfus, le fondateur, à Paris, de la Revue Germanique avec le Colmarien Auguste Nefftzer, plus tard directeur du Temps. Je n'ose revendiquer pour l'Alsace l'œuvre si saine et si patriotique des deux Lorrains Erckmann et Chatrian, bien qu'on retrouve dans leurs Romans nationaux une bonne part des traits caractéristiques de son esprit. Les romanciers alsaciens en langue allemande sont plus clairsemés encore avant la guerre, et le seul nom qui mériterait d'être cité, est celui de
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Marguerite Spœrlin (1800-1882) de Mulhouse, dont les récits ont été traduits plus tard en partie^ sous le titre àià Légendes d'Alsace. Les poètes de langue française sont pour le moins aussi rares, soit que le naturel alsacien soit plutôt indifférent à rappel des Muses, soit que les générations dealers éprouvassent encore quelque difficulté à s^exprimer dans une langue dont les ressources infinies ne leur étaient pas intimement connues. Pourtant nous trouvons déjà dans les premières R^ues d'Alsace et plus tard dans le Èulletîn de la Société littéraire de Strasbourg^ des vers agréablement tournés de Franz Reiner, Louis Levrault, Michel Lévy, de Théodore Braun, le traducteur de Schiller. Les recueils de vers ne manquent pas ; en 1836, Chr. Gambs risque même un Moïse c poème épique en douze chants » . Mais le seul vrai poète de langue française, issu de TÀlsace, que Ton puisse signaler avant 1870, est Louis Ratisbonne, de Strasbourg (1827-1900), l'in^ terprète de la Divine Comédie de Dante et le spirituel auteur de la Comédie enfantine. Edouard Schuré, bien ou'il ait publié son Histoire du Lied dès 1868 et qu il eût composé déjà la plupart de ses Chants de la Montagne^ appartient pourtant à la période d'après la guerre par sa Légende de VAl^ sace et ses autres recueils de vers, par ses romians et son Théâtre de l'âme. Chose bien curieuse 1 C'est depuis 1870 surtout qu'un grand nombre de jeunes poètes alsaciens des deux sexes ont publié tant en Alsace qu'à Paris des volumes de vers, dont la facture montre avec quelle aisance leur pensée se meut désormais dans des formes nouvelles.
Le nombre de ceux qui, dans les deux premiers tiers du dernier siècle, ont cultivé la poésie allemande, est infiniment plus considérable. Quelquesuns ont déjà été nommés : Auguste Lamey (1772-
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1861), Tautenrdes Chants décadaires; Ehrenfried Stœber (1779-1835), le rhapsode patriotique et libéral; parmi les plus anciens, on peut nommer encore Geo&oi Schaller (1762-1831), l'auteur d'une épopée comique, La guerre des perruques ; G. Durrbach, Fauteur du poème épique Rappotstein; Louis Spach (18O0-1879) déjà mentionné comme historien et romancier et qui publia son recueil de vers sous le pseudonyme de Louis Lavater; les fils d' Ehrenfried, Auguste Stœber (1808-1884) et Adolphe Stœber (1810-1892), qui publièrent ensemble les « Légendes d'Alsace * {Elseessisches Sagenbuch) et des poésies remarquables, celles du frère cadet surtout. Mentionnons encore les productions lyriques de Frédéric Otte (1819-1872), de Gustave Muhl (1819-1880) et les drames lyriques {Tristariy Marie d'Ecosse) de Louis Schnéegans, le fils de l'historien (1865-1868). 11 convient de nommer enfin auelgues auteurs ayant cultivé le savoureux dialecte alsacien : le professeur G.-D. Arnold (1780-1829) et sa comédie Der P/ingstmondd (le lundi de Pentecôte) ; G. -F. Hartmann (1788-1864), le maître-tourneur Daniel Hirta (1804-1893), Alphonse Pick (1808- 1896), tous les quatre de Strasbourg ; Jean Mangold, le pâtissier de Colmar (1816-1890), connu surtout par ses opérettes; Auguste Lustig, de Mulhouse (1840-1895), auteur de nombreuses comédies populaires, précédant toutes celles qui foisonnent aujourdhui.
Le nombre des artistes, peintres, sculpteurs et musiciens produits par l'Alsace depuis les débuts du dernier siècle^est infiniment plus considérable que celui des littérateurs, et leurs noms sont plus familiers au public français, parce qu'ils ont cherché presque tous à Paris la consécration de leur re-
nommée. Ici encore, nous ne rappellerons que les plus connus de ceux qui avaient déjà produit leurs œuvres, en partie du moins , avant 18/0. Parmi les sculpteurs, il faut nommer en première ligne le petit aysan wurtembergeois, Landolin Ohmacht (1760- 8o4), qui, devenu relève de Canova, vint s'établir à Strasbourg, y sculpta le cénotaphe de Desaix, les Muses au fronton du théâtre , le monument de 6. Koch à Saint-Thomas 9 et tant de gracieuses déesses ; Philippe Grass (1801-1876), l'auteur du monument de Kléber, de la Jeune Bretonne^ d*/care, etc. ; André Friedrich (1798-1877) qui a doté r Alsace et le pays de Bade de nombreuses statues, dont quelques-unes ne sont pas sans mérite. C'est à la génération suivante qu'appartient Auguste Bartholdi, de Colmar (1834-19()4), dont la ville natale montre les statues de Rapp (1855), de Martin Schongauer (1861), de l'amiral Bruat (1863), du Petit Vigneron alsacien (1869), en attendant qu'il créât ailleurs la Liberté éclairant le monde^ le Lion de Bel f art ^ et le monument commémoratif de la Suisse secourable à Bâle. A côté de ces sculpteurs on peut mentionner Théodore Deck, de Guebwiller (1823-1891), le céramiste qui modela tant de chefs-d'œuvre du genre.
Quant aux peintres et aux dessinateurs, ils sont si nombreux oue force est d'en négliger beaucoup de méritants Parmi les plus anciens, voici Benjamin Zix (1772-1811), le dessinateur de scènes populaires Btrasbourgeoises et des gloires impériales ; Joseph Heim, de Belfort (1787-1865), le peintre classique; Jean Rlein (1803-1855), de Strasoourg, aux sujets religieux ; Gustave Dauphin, de Belfort (1804-1859) ; J. Rothmuller, le dessinateur de tant de paysages d'Alsace (1804-1862) ; Auguste Steinheil, le créateur de nombreux vitraux d'église (1814-1885); Théo-
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phile Schuler, de Strasbourg (1821-1878), Tillustrateur d'Arnold et d'Erckmann-Chatrian, le peintre du Char de la Mort et de VArrwée des Zurichois à Strasbourg; Félix Haffner (1818-1875) et Gustave Jundt (1830-1884), tous deux aussi de Strasbourg, qui ont fixé sur leurs toiles tant de scènes, vivantes et parfois comiques, de la vie provinciale ; Gustave Brion, de Rothau (1824-1877), dont les tableaux touchent aux aspects plus sérieux de l'existence locale (les Pèlerins de Sainte-Odile j la Lecture de la Bible, etc.) ; Benjamin Ulmann, de Blotzheim(1829- 1884); Camille Bernier, de Colmar (1823-1902); Camille-Alfred Pabst, de Heiteren (1828-1898); le plus célèbre de tous Henner, de Bernwiller (1829- 1905), qui a su reproduira d'un pinceau si puissant nos types alsaciens et révéler le charme du corps féminin ; les frères jumeaux Emmanuel Benner (1836- 1896) et Jean Benner (1836-1906), de Mulhouse; Gustave Doré, le dessinateur génial, dont le crayon illustra Don Quichotte, la Bible, Danto et Rabelais; Alfred Touchemolin (1829-1907), l'infatigable créateur de types militaires et de croquis alsatiques; François Enrmann, de Strasbourg, comme les deux précédents (1833-1910), l'auteur de la Fontaine de Jouifence et dotant de belles frises décoratives, dont la plupart, il est vrai, appartiennent déjà à la période • d'après 1870. C'est aussi le cas pour les œuvres d'A» lexis Kreyder, d'Andlau (1839-1912), le maîtrepeintre en fleurs; Emile Zipélius, de Mulhouse (1841-1865), est le dernier que nous puissions citer ici, beau talent enlevé à l'aurore de la maturité. Bien d'autres artistes distingués ont honoré depuis le sol alsacien qui les a vus naître par le sentiment délicat ou la vigueur de leur pinceau ; ils tiendraient une large place dans une histoire de l'art contemporain français.
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Quand on songe combien le goût de la manque fut répandu de tout temps en Alsace, on est étonné de ce que cette province ait prodnit si peu de compositeurs connus. Si quelques noms, comme celui de Georges Rastner, de^Straabourg (lSll-1867), de Henri Reber, de Mulhouse (t807-i8&0), d'Adolphe Sellenidc (1S26-1894), se sont inqposés à la euriosifé parisienne, d'autres artistes aussi méritants, mais renfermés dans leur petite sphère locale, comme Philippe Hœrter (179â-ld63), Théophile Stem, (1803-1886), Victor Elbel (1817-18%), tous trois de Strasbourg, sont restés à peu près inconnus en dehors de leur ville natale ; Victor Nessier, de Barr (1841-1890), a bien débuté, dès 1863, par son opéra de Fleurette, mais la célébrité ne lui vint qu'après
Les sciences physiques et naturelles ont fourni
des illustrations nombreuses à la France contemporaine; je nommerai seulement les chimistes Adolphe Wurtz (1817-1884), Paul SchutzenbergeF(1829- 1897), Charles Priedel (18321899); les géologues Joseph Kœchlin-Schlumberger (1796-1863), Edmond Puchs (1837-1889); les botanistes Prédérie Kirschleger (1804-1869) et Guillaume Schimper (1806-1880) ; le naturaliste Hercule Strauss-Durckheim (1780-1865); Gustave-Adolphe Hirn (1815- 1890), ringénieur du Logelbaeb (jui approfondît l'étude mécanique des lois de Funivers ; les géoraphes Auguste Himly, de Strasbourg (1823- 906), et Charles Grad, de Turckheim (1842-1890); le statisticien Jean-Henri Schnitzler (1802-1871). Les médecins célèbres par leurs écrits théoriques et leurs succès pratiques ne se comptent pas, pour cotte même période; les noms de Jeén-Préaéric Lobstein (1778-1835), de Forget (1800-1861), d^Alexandre Lauth (1803-1837), de Charles Sehutzen-