‹ Histoire d'Alsace. Nouv. éd. rev., corr. et augmChapitre 69 sur 73 · L'ALSACE SOUS LE JOUG. L'ORGANISATION · texte numérisé non relu

L'ALSACE SOUS LE JOUG. L'ORGANISATION

Longtemps avant la date où, cédant à la force, TAssemblée nationale abandonnait les départements du Rhin à la Prnsse victorieuse^ celle-ci avait commencé l'organisation de ces territoires qu'elle convoitait depuis 1815 et dont elle se croyait assurée dès le lendemain de Woerth et de Porbach. Le 14 août 1870, Guillaume P', en son quartier général, à Hernji avait décrété la formation d'un « gouvernement général d'Alsace 9 , et désigné comme gouverneur général le comte de Bismarck Boblen, commandant de Berlin et chef de la gendarmerie prussienne. Le 26 août, il adjoignit à ce militaire d'intelligence médiocre et de tendances piétistes prononcées un commissaire civil, M. de Kublwetter, qui fut le véritable dirigeant du gouvernement nouveau. Le siège en fut établi provisoirement à Haguenau, puisque Strasbourg, bombardé à outrance, résistait toujours, et c'est de cette petite ville que M. de Bismarck-Bohlen adressait, le 30 août, sa première proclamation <l aux habitants de l'Alsace i>^ dans laquelle, sans annoncer encore l'annexion, il déclarait la déchéance des pouvoirs publics et réclamait des autorités françaises une obéissance

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absolue. Le 9 septembre, un journal officiel, les Amiliche Nachrichten, était créé, un préfet du Bas-Rhin, le comte bavarois de Luxbourg, était nommé, des circulaires adressées aux clergés des différentes confessions, et, dès le 21 septeinbre, on commençait à s'occuper de la réorganisation des écoles. Strasbourg une fois rendu, les nouveaux pouvoirs s'y installaient le 8 octobre; c'est ce îour-là que le gouverneur général annonçait officiellement aux Strasbourgeois n que leur ville était et resterait allemande "» et que c 1 auguste volonté de S. M Me Roi était de remédier aux maux du bombardement > . A partir de ce moment, et alors que la lutte continuait encore autour de Belfort, l'organisation nouvelle des territoires occupés se poursuivit énergiquement. Dès décembre on annexait au Bas-Rhin quelques cantons du département des Vosges; on dépeçait les arrondissements français en cercles plus nombreux,' et les sous-préfets étaient remplacés par des Kreisdirektoren ou directeurs de cercles (janvier-mars 1^71).

La presque totalité des fonctionnaires français de l'ordre administratif et judiciaire, des membres de l'enseignement supérieur ou secondaire avaient refusé de continuer leurs services, malgré les efforts faits pour les retenir au service allemand par l'appât de traitements supérieurs. Le gouvernement se voyait donc obligé de recruter à la hâte, et tant bien que mal, le personnel le plus indispensable pour 1 expédition des affaires, en l'empruntant aux Etats voisins, Prusse, Bavière, Wurtemberg et Bade, qui ne fournirent pas, bien entendu, leurs meilleurs fonctionnaires; aussi bon nombre d'individualités incapables ou tarées durent-elles être cassées aux gages, plus tard, parle gouvernement lui-même. Ce qui frappa surtout les Alsaciens, ce fut ]a quantité

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de noblesse indigente qui se ma sur les préfectures et les cercles, Tadministration forestière, les commissariats de police et jusque sur les places de receveurs; on relève une cinquantaine de comtes, de barons et de gens à particule dans le premier Annuaire d'Alsace-^Lorraine. On réussit de la sorte à remettre en mouvement la machine administrative au milieu de la stupeur générale des populations, de Taffaissement profond qui succédait momentanément à la fièvre des combats et à la crise des élections pour l'Assemblée nationale, dernier acte de sympathie permis aux vaincus. On ne recevait plus les journaux de France; la presse politique indigène avait quasiment disparu. Le lendemain de la capitulation de Strasbourg, le propriétaire de l'officine où s'imprimait le Courrier du Bas-Rhin l'avait vendue à un imprimeur allemand, qui mettait un immigré à la tête du journal ; V Industriel alsacien de Mulhouse, le Glaneur de Colmar, YFlsaessisches Volksblatt de Strasbourg étaient supprimés au courant de l'hiver; d'autres feuilles inoffensives recevaient des avertissements comminatoires de l'autorité militaire. Un journal indépendant, qu'un des rédacteurs du Courrier du Bas-Rhin, Auguste Schnéegans, essayait de créer à Berne, l'Helvétie, était interdit en Alsace, comme excitant à la haine et au mépris du gouvernement allemand. D'innombrables brochures, signées en partie de noms connus, avaient commencé, de l'autre côté du Rhin, dès les premiers succès de l'automne, à saluer avec un lyrisme exubérant, le retour matériel des territoires alsaciens à t la mère-patrie », exprimant la certitude absolue que < les frères regagnés t allaient se jeter tout joyeux dans ses bras. Après les élections pour l'assemblée de Bordeaux, après les manifestations qui accompagnèrent

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î 'enterrement de Kuss, le maire de Strasbourg, mort â Bordeaux; après le retour des prisonniers de guerre, revenant d'Allemagne, de passage dans tîette ville; après la souscription patriotique des dames alsaciennes pour la libération du territoire, on dut en rabattre quelque peu de ces espoirs fallat5Îeux, et les plus sagaces se rendirent enfin bien compte que les cœurs alsaciens s'étaient donnés à la patrie a outre- Vosges, bien qu'elle semblât agoniser alors dans les affres de la lutte entre Thiers et la Commune, et qu'ils ne se reprendraient pas de sitôt. De là des rancunes profondes, que caractérise bien le mot du général de Werder, dit à un jeune prédicateur protestant : « Je hais les Alsaciens parce qu'ils aiment la France. » On préférait encore la brutale franchise de ceux des vainqueurs

3ui déclaraient qu'ail n'y avait rien de sentimental ans Vacte accompli, que l'Alsace devait être avant tout pour le nouvel Empire un glacis nécessaire et qu'il leur était indifférent de posséder ou non le respect et Taffection des provinces conquises.

Cependant, au milieu du désarroi général, certains esprits plus pratiques comprirent qu'il fallait faire un effort pour mettre un peu d'ordre dans le chaos, pour ne pas laisser les nouveaux maîtres organiser le pays uniquement d'après leurs idées préconçues et leurs convenances particulières, La grande industrie surtout, pour laquelle rétablissement des nouvelles frontières impliquait une question dévie ou de mort, sentait le besoin de tirer au clair les conditions d'existence qui lui seraient faites désormais. La Chambre de commerce de Mulhouse nommait un Comité de défense présidé par Auguste Dollfus, qui négociait alternativement avec Paris et Berlin, avec Hertzog et Pouyer-Quertier. A Colmar, le maire, M. de Peyerimhoff, présidait, le

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24 mars 1871, une réunion de notables, à laquelle assistaient d'anciens et récents députés du dépar-* tement, Rencker, Fréd. Hartmann, Ignace Chauffour, et qui décidait d'envoyer des délégués à Berlin

{>our demander une organisation en harmonie avec es traditions et les mœurs du pays. Une réunion analogue se tint en avril, à Strasbourg, sous la présidence de M. Jules Klein; les maires des principales villes du Bas-Rhin y formaient la majorité. Elle formula une série de vœux, dont les principaux comprenaient une administration autonome, le maintien de la législation française, des délais plus considérables pour Toption et pour l'introduction du service militaire. Des délégations officieuses envoyées à Berlin pour sonder le terrain, y furent accueillies tout d'abord d'une façon assez aimable ; Bismarck alla jusqu'à leur laisser entrevoir que les Alsaciens pourraient se gouverner c comme une espèce de république » ; mais en fait, ces émissaires n'obtinrent presque rien, en dehors de quelques facilités temporaires pour l'industrie des départements annexés. Peut-être aurait-on fait queloues concessions (de forme seulement) si les populations s'étaient montrées plus enthousiastes du nouveau régime ou du moins absolument dociles. Mais préfets, directeurs de cercles et commissaires de police s'aperçurent bien vite que si l'Alsace n'était pas une Vénétie, et qu'il n'y aurait là ni conjurations d'ensemble, ni attentats particuliers, il y avait une profonde incompatibilité d'humeur entre les Alsaciens des villes et des campagnes et leurs nouveaux maîtres. Prussiens, Bavarois ou Badois. Les premiers étaient haïs pour leur arrogance (ils Tétaient d'ailleurs alors tout autant en Bavière) ; les autres étaient méprisés, à tort ou à raison, et ridiculisés comme Scnwob (Souabes). On ne s'accommodait ni

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des façons vulgaires de plusieurs d'entre eux, ni de leurs conceptions féodales surannées, ni de leur servilîsme monarchique, ni de la manière cassante ' {schneidig) de leurs bureaucrates, naturellement insolents, alors que le moindre ouvrier de Mulhouse, de Guebwiller ou de Strasbourg se sentait une mentalité supérieure, ayant vécu, ses ascendants et lui, depuis un siècle déjà, dans l'atmosphère de la Révolution et à la lumière des principes de 1789. On a pu signaler dans ces jeûnions du printemps 1871, les premiers germes du futur parti autonomiste, auquel ont appartenu, au cours de son existence, des personnages de tendances variées et de valeur très diverse. On y voit figurer d^excellents patriotes, comme Jean DoUfus et Jacques Râblé, à côté d'hommes d'affaires entendus, préoccupés surtout de questions matérielles, de nullités nères de jouer un rôle politique, d'âmes naïvement confiantes aux belles promesses de Berlin, d'arrivistes aussi sans scrupules, qui ont exploité « l'autonomie », (sans y croire jamais), et qui, parvenus au but, ont rivalisé de platitude avec les immigrés, à l'égard des maîtres. L'opinion publique ne pouvait savoir encore, à ce moment, que tous ces efforts seraient vains, mais elle les trouvait prématurés et peu dignes des vaincus. C'est ce qui explique l'importance momentanée que prit, dès le printemps, une organisation mystérieuse, la Ligue (V Alsace, Étaitce une vaste association secrète, ou seulement un comité peu nombreux, mais riche de fonds? On ne le sait pas encore aujourd'hui. Créée dans le Haut- Rhin, elle s'était donné pour mission « d'entretenir la foi chez les forts, de raffermir les faibles, et de flétrir les lâches », et pendant les premières années de répulsion aiguë contre la conquête, elle exerça, surtout en Haute-Alsace, une espèce de dictature

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anonyme, exaspérant la police allemande qui ne pnt jamais en découvrir les meneurs; puis, perdant en importance à mesure que les événements du dedans et du dehors agissaient sur les esprits, elle finit par s'éteindre dans le silence, quana une fois les Alsaciens purent porter leurs doléances à la tribune du parlement de Berlin ou les produire dans les journaux de France, quand celle-ci fut délivrée de roccupation étrangère.

Une ciroonstance particulière rendit le conflit moral entre la grande majorité des annexés et Tempire allemand plus aîgu, ce fut l'ouverture des hostilités entre le gouvernement impérial et l'Eglise <5athoiique, le Kmturkampf (la lutte pour la culture), comme on T appelait au delà du Rhin. Noxis avons vu, dans plus d'un chapitre de ce livre, combien les populations alsaciennes étaient profondément religieuses et dociles aux impulsions du clergé. Aussi, quoique la querelle ne fût, à vrai dire, qu'entre le roi de Prusse et la curie romaine, l'Alsace catholique n'y prit pas moins nne part indirecte, par suite de l'expulsion des Pères Jésuites de tout le territoire allemand. De larges couches rurales, moins sensibles peut-être à la question nationale ou politique, furent amenées de la sorte à faire masse avec ce qu'on pourrait appeler Topposition plus spécialement française.

De toutes les nombreuses lois et ordonnances introduites en Alsace-Lorraine ou spécialement dictées pour elle au cours de l'année 1871, il en est une qui mérite d'être mentionnée à part; c'est la loi dn 18 avril, introduisant Tinstruction obligatoire dans les territoires annexés. Cette loi, Topinîon libérale la réclamait en Alsace, sur l'initiative de Jean Macé, dès les dernières années du second Empire et, un peu plus tard, la République devait en

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doter la France. Malheureusement ce principe excellent était vicié dans son essence, le gouvernement allemand abolissant aussi, de la façon la plus absolue, la liberté d'enseignement, et mettant toutes les écoles, primaires et secondaires, officielles et libres, à la discrétion de ses agents. Personnel, langue et méthodes d'enseignement, tout est à la merci d'un commissaire supérieur et cela, dès le

Sremier jour, dans le but, plus ou moins avoué, 'écarter absolument l'enseignement en français et celui du français dans les écoles primaires d'Alsace, et de réduire aussi à un nombre de leçons presque dérisoire, l'emploi de notre langue dans les collèges et les lycées, réorganisés avec un personnel com-

Eosé presque exclusivement d'immigrés. Les écoles bres elles-mêmes comme le Collège catholique et le Gymnase protestant de Strasbourg, durent se soumettre, après quelques essais de résistance, aux lois nouvelles; le Gymnase catholique de Golmar préféra transporter ses pénates sur territoire français, plutôt que de se soumettre aux exigences officielles (1873). Pour gagner les sympathies des différents clergés, de Kuhiwetter avait promis l'augmentation des traitements et réorganisé les Ecoles normales d'instituteurs et d'institutrices comme établissements confessionnels; mais cet arrangement fut répudié par la Chancellerie de l'Empire, une fois les premiers gouvernants disparus, et ces Ecoles redevmrent mixtes (août 1871).

Un des derniers actes accomplis sous la surveillance de M. de Kuhlwetter, nommé bientôt après président supérieur de la province de Westphalie, dont il était originaire, fut le renouvellement des conseils municipaux dans tout le territoire annexé, renouvellement qui n'avait pas eu lieu en 1870, parce qu'il coïncidait avec la défaite de Woerth, et

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que ron avait promis depuis à plusieurs reprises, sans oser Teffectuer encore, vu l'état d'agitation \ des esprits. Quand les élections eurent été fixées au 30 juillet 1871, elles amenèrent en effet une intervention de la Li^ue d'Alsace, qui prêcha l'abstention complète, ann qu'on ne pût voir, dans le vote des électeurs, une adhésion de fait au régime nouveau. Ces conseils furent suivis, surtout dans la Haute-Alsace, où, dans certaines localités, comme Thann et Mulhouse le chiffre des votants fut minime. Même à Strasbourg il y eut des abstentions nombreuses, malgré la lutte traditionnelle entre cléricaux et libéraux, et la majorité démocratique ne l'emporta qu'au second tour de scrutin. Elle choisit comme maire un excellent patriote, Ernest Lauth, qui fut confirmé dans ses fonctions par le

fouvernement, comme ses collègues de Peyerimoff à Colmar, Bezanson à Metz, et Mieg-Roechlin à Mulhouse, le 15 octobre suivant. Nul ne se doutait à cette date qu'ils allaient être, pour longtemps, les derniers maires élus des quatre principales cités de l' Alsace-Lorraine, à laquelle Bismarck promettait alors les libertés municipales les plus étendues. Quelques semaines après les élections, le cousin du chancelier, le comte de Bismarck-Bohlen, gouverneur général, annonçait aux populations (5 septembre) qu'il allait quitter le pays et « les fonctions qui lui étaient devenues chères » et le lendemain, M. Edouard de Moeller faisait part à ses futurs administrés de sa nomination comme < président supérieur » [Oberpraesident) cç de la terre d'Empire ». Cette proclamation avait le mérite d'être courte et de s'abstenir de toute phraséologie sentimentale ; elle était incolore aussi et bureaucratique, comme Thomme lui-même. Ancien président de la province de Hesse-Nassau,

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pays conquis par la Prusse en 1866, M. de Moeller passait pour avoir tout particulièrement réussi à € rallier )> ces populations annexées ; on se flattait, en haut lieu, qu'il montrerait le même doigté en Alsace-Lorraine, sans se rendre compte que la situation était bien différente. Les Hessois qui avaient joui, sous leur Electeur, d'un gouvernement détestable, étaient habitués à être tyrannisés et le régime prussien leur avait valu des avantages ma* tériels appréciables. D'ailleurs ils n'avaient jamais cessé d'être Allemands, même sous le règne éphémère de Jérôme-Napoléon de Westphalie. M. de Moeller ne devait donc pas s'attendre à réussir aussi bien à Strasbourg qu'il l'avait fait à Gassel. Pourtant il fut donné à sa persévérance tenace d'obtenir de ses administrés alsaciens la plupart des accommodements auxquels ils se prêtèrent visà-vis de leurs nouveaux maîtres. Très simple de manières, ennemi de tout faste, administrateur émérite, il ne soulevait que les questions nécessaires, s'en remettant au temps pour le reste. S'il fut forcément le docile instrument de la Chancellerie de Berlin, il fut pendant longtemps l'homme de confiance du prince de Bismarck, qui le laissait libre d'agir pour les détails. Il est certain qu'il a rendu des services réels à l'Alsace pour l'organisation matérielle du pays. Sans se piquer d'être chevaleresque envers ses adversaires, comme son successeur, Manteuffel, il n'était pas enclin personnellement aux mesures violentes. Mais quand les intérêts de l'Empire lui semblaient en jeu, il allait de l'avant avec une froide énergie et savait jouer du fameux paragraphe 10 de la loi du 3i décembre 1871, dont nous aurons si souvent à parler. Une première loi, présentée au Parlement de Berlin, le 23 avril 1871, et votée par lui le 9 juin

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suivant, avait incorporé l'AIsace-Lorraioe h l'Ëm-

Sire allemaiLd, prononçant eu même temps Tintro- Qction de la Constitutioii de l'Empire dans les territoires annexés pour le 10 janvier 1873, eans préjuger d'ailleurs la forme politique définitive

Îu'on leur donnerait dans la suite. En effet, penant quelque temps, l'organisation de l'Alsace et de la Lorraine allemande resta en Buspens. Les avis différaient beaucoup à ce sujet, de 1 antre cdté du Rhin. Les uns voulaient partager le butin entre la Prusse, la Bavière et le pays de Bade, nos trois voisins; d'autres auraient préféré le laisser tout entier à ta Prusse, seule capable, selon eux, de digérer une proie de pareille importance Quelquesuns songeaient à réunir la rive alsacienne et la rive badoise en un royaume d'Àlémaunie. On s'arrêta finalement à l'idée de former une « Terre d'Empire > {Reichsland}^ qui appartiendrait en commun aux vingt^cinq Etats (royaumes, grandsduchéa, duchés, principautés et républiques urbaines), constituant l'Empire allemaud. Elle ne serait pas souveraine, mais serait gouvernée, au nom de l'Empire, par son chef, le roi de Prusse. Bismarck, en politique sagace, avait vu à cet arrangement, un peu bizarre au premier abord, un triple avantage. D'abord il n'éveillerait pas la jalousie •^es confédérés en no confisquant pas, an profit Inclusif de la Prusse, le sol conquis par les efforts a tous. Il évitait aussi, plus facilement, l'obligaon d'accorder des droits politiques quelconques XX Alsaciens-Lorrains, auxquels on n'aurait guère aies refuser, s'ils avaient été allotia, comme pares intégrantes, à la Prusse, à la Bavière ou an grandiiché de Bade. Enfin, et surtout, il faisait de tous is confédérés, grands et petits, les complices du émembrement de la France, les gardiens respon-

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sables de la terre conquise et, ea définitive, c'était Guillaume I**" (non comme roi de Prusse,, il est vrai, mais comme empereur d'Allemagne), qui restait le maître incontesté du pays. Le chancelier de fer ne se gêna pas pour expliquer au Reichstag, avec sa franchise habituellet la plupart de ces considéra* tîons ; il le fît surtout dans un discours bien curieux, prononcé le 25 mai 1871.

Ce point capital une fois fixé, Ton put procéder à rînstallatîon définitive des organes aaministratifs. Le <K pays d'Empire b fut divisé en trois a présidences » (Haute- Alsace, Basse- Alsace et Lorraine), répondant à peu près aux anciens départements du Bas-Rhin, du Haut- Rhin (moins BeUort) et des parcelles annexées de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges. Chacune de ces présidences fut divisée en (n cercles > ; la Haute-Alsace en eut six : Colmar, Ribeauvillé, Guebwiller, Mulhouse» Altkirch et Thann. La Basse-Alsace, plus peuplée, fut divisée en huit cercles : Strasbourg-ville, Strasbourg-campagne, Schlestadt, Erstein, Molsheim, Haguenau, Saverne et Wissembourg. La Lorraine en eut huit également : Metz- ville, Metz-campagne, Boulay, Œdteau-Salins, ThionviUe, Forbach, Sarrebourg et Sarreguemines. Chacun de ces cercles était admi» nîstré par un directeur, aidé et suppléé d'un asses^ seur. Chaque a président de distnct » était assisté d'un nombre plus ou moins considérable de ca/iseillers de régence qui formaient collège et réglaient^ sous sa surveillance, les différents services administratif. Le président supérieur surveillait, dirigeait, rectifiait tous ces fonctionnaires subalternes et se trouvait lui-même sous la surveillance de la Section d'Alsace-Lorraine à la Chancellerie de Berlin; celle-ci pouvait, à tout moment, prescrire, sur un mot du cnancelier, un changement complet

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d'attitude vîs-à-vls d'une population sans représentation quelconque, ni dans le pays môme, ni dans le parlement, ni au Conseil fédéral de Berlin.

Toutes ces questions constitutionnelles, sur lesquelles on devait discuter avec tant de véhémence une trentaine d'années plus tard, n'intéressaient

Eas alors — il faut bien l'avouer — l'opinion pulique en Alsace-Lorraine. Une seule question — mais combien importante! — passionnait, à l'orée de 1872, tous les esprits, non seulement dans les classes dirigeantes, mais jusqu'aux masses ouvrières et, dans beaucoup de régions, jusqu'aux populations agricoles. Comment serait tranchée la question de 1 option pour la nationalité française, qui devait être résolue, par chaque annexé, avant le i*' octobre prochain? La Ligue d'Alsace, qui dans les mois de printemps et d'été de cette année déploya son activité la plus intense, ne cessait de

{mousser les populations à opter, pour témoigner eur amour à la patrie perdue, en leur affirmant, de bonne foi, sans doute, qu'il n'y aurait ni résidence obligatoire en France, ni danger d'expulsion par la Prusse, à la suite d'une option pour la nationalité française. En répétant ces assertions dans toute une série de leurs feuilles volantes, les rédacteurs de la Ligue d^A Isace interprétaient peut-ôtre d'une façon Juridique plus exacte les articles afférents du traité de Francfort mais, à coup sûr, ils ne connaissaient ni le naturel allemand ni les ressources d'argumentation de Bismarck. Comment purent-ils s'imaginer que le nouvel Empire tolérerait des centaines de milliers d'étrangers, des Français surtout, dans les territoires à peine conquis? Une simple décision de la Chancellerie de Berlin, notifiée brusquement au gouvernement français, qui ne pouvait et n'osa pas réclamer, suffit pour donner un démenti

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