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adversaires, le chef ihtellectuel du centre catholique, Windhorst, et le démocrate Sonnemann, de Francfort (qui plaidaient tous deux la cause de r Alsace-Lorraine contre la dictature), le chancelier se laissa aller à cet aveu plus méprisant encore que naïf : « Nous autres, Prussiens et Allemands du nord, nous ne sommes pas renommés pour savoir gagner habilement des amis et pour traiter avec courtoisie des questions désagréables. > Pourtant il se décidait à présenter au parlement, le 12 juin 1873, le projet de loi qui fixait l'introduction d-e la Constitution de l'Empire en Alsace-Lorraine au 1*^ janvier 1874 et réglait, en conséquence, le mode électoral qui allait permettre aux annexés de faire entendre pour la première fois leur voix à Berlin. Cette loi fut votée le 18 juin, mais toutes les propositions faites par le centre et les progressistes pour élargir, à la même occasion, les liens qui comprimaient la vie intérieure en Alsace môme, furent repoussées par le gouvernement et ses séides. Aussi quand le moment arriva où les Alsaciens- Lorrains durent nommer pour la première fois des députés depuis 1871, ces élections se firent dans un esprit d'hostilité complète au régime imposé par la conquête. Un double sentiment les domine : un sentiment patriotique d'abord, plus universel, puis un sentiment particulier d'opposition catholique au gouvernement hérétique et a persécuteur », de la part des populations rurales catholiques, guidées par le clergé. Dès ce moment, ce clergé s'est montré très habile jouteur sur le terrain électoral et a su faire marcher ses gros bataillons avec un ensemble merveilleux. Abandonnant à quelques candidats protestants et protestataires purs les quelques circonscriptions urbaines qu'il savait ne pouvoir conquérir, il obtint de la sorte, pour ses candidats à
BlffFOIBB ^'aLSÂCB.
Iniy dkns tOQtet les autre» eipcoiiserîptioss^ Fappui des pstEÎotes protestataires, catkafiqiies , protestants j iai adKtes. C'est ainsi qae sf^expftkfue le réstiltafc éeséleetions du i** février f 874, oè le gouTerne- Hteuk n'exerça qu'une iniaence èiserdte. Alors que F Alaace-Lorraine araît envc^é une députatioit toute répfuUieaiue à Bordeaux, sainKeKer et Saglio, elle désignait pour see représenlants A Berlin denz éyêques et cinq curé», pfus trois uIïranoBtaius laïques. Troia seulement des députés d'Alsace et deux des députés de Lorraime pouvaient pass^ pour répubmaisft. Pour le momeul, d'ailleurs, ils paraissaient andot tout unes dans une même protestation contre le régime que leur avuit imposé I écrasement de la France. Après d'assez Icmgs pourparlers, les nouveaux élus ^'entendirent pemr déposer une motion sur le bureau du Reicbstag, demandanrt que les pajs aniftexito fassent amielés k se prononcer par un plébiscita sur leurs destinées ratures, et le député de Saveme, Teutscb, l'un des signataires de la protestation de Bordeaux, fat chargé de renouveler cette protestation, à la tribune ménEïe du pariement. Etant (k)ni»é6 la disposition des esprits en. Allemagne, nul ne pouvait s attendre à oe que cette manifestation de l'immense majorité des annexés abcRitirait k un résultat pratique quelcofique. Mais on aurait pu montrer au moins quelque courtoisie dans les formes à ces nouveaux venus, entièrement dépaj9és> dans un milieu si différent du leur, alors surtout que plusieurs d'entre eux ignoraient le premier mot de la langue allemande. Ce ne fut pas le cas; au contraire. Le président Forckenbeck, se montra rude et cassant à cetfe séance du {8 février oà fut discutée la t motkm Teutsch et consorts »; la majuDrité des députés fît montre d'une brutalité cynique, étouffant la voix de l'OTateur sous
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les; gros rices et les^ plaisasLtBries de nuaLvais goût — le nom de Teut^ch aigstiâe AHemand — de SQctô qu'il pud; à peiA& termiaoïcar bt kcture da a a déclâFatiûa^ beaucoup trop Loogme: d'aillieuro po^cnr agir aux ua pareil auditok^e.
Un caup pkia iaatteadu qmt eekte attittude bostilie,
SénéralametQii ptévua, vint frapper tes reprâBenlaiits 'Alaafiô e4 de Lorvainse au momeat où ]a discusaio^n alkdt s'ouvriir» L^évèquci de Strasbourg, se dreasaal' auir sou bauc^ demande tout à coup la parolaet^ au milieu d'a^i^plaudisisemâaits répétés^ iloé>clare,. pou£ prèveiûr torute intlterpréjbatiûœi fi&ckeuse,
3U& pour lui et pckur ses cofreligîooamtrea lie tf aitè e Franfilûf ti cosielu entre deux grandes natioaia,, ne doit pas ^re miâ en qufiâtion. GettA dé&retîoQ devant Lennami, quand pottriani M^ ftaesa avait adbéré d'abord au teïxte de la piroèeetati<M> eommune>y produisit un effet déplorable sur l'asaemUèe d'abord, puis aur l'opinion publique: ei^ Aknioe. La clôture de la disicuask»! fut votéev sans as^oir été véritablement ouverte, la motion rejetée par la presque totalité des diéputéa» aaul Les Polonaia et quelquaa socialiatea. Éeœurés> par cette attitude^ lia maj.arité des représentants a'Alaaee el d& Lortaine, M^ Dupont oes Logeai, évéque et député de; Meta^ Teutscb,. Haeffely, député de Mulbonae, Lauth, dé< puté de Strasbour^i GeiFioain, Pdugnei et Abel, députés lorraina, quiittèrent le R^ebstag^ regardant leur rôle comme t^miné tâ-baa. Les curéa Win?terer^ Soebjolin, Guerber,, Simedùa et Phîlippi restèrent à Berlin^ s'effo£çant,, biea. vainemient d'ailleurs, d'obtenir, avec l'appui du ceuftre catholique^ Tabrogatioa du fameux artiela 10 de la loi du 3Û décembre 1871, autour dttouel OA allait se* bartkre avee tant d'acharnement penaant m quart de) sîèdô et plus. La motion Winterec et coasorts était rejeté e
par 196 voix contre 138, après une intenrention nettement hostile de Bismarck.
A partir de ce moment le tont-pnissant chancelier devint nn contempteur convainca de ces mêmes populations auxquelles il avait prétendu porter autrefois un si vif intérêt. C'est dans la séance du 30 novembre 1874, qu'il développa sa célèbre théorie qu'on n'avait point annexé l'Alsace pour ses beaux yeux ; qu'il était également indifférent à ses lamentations et à ses colères, et qu'on l'avait prise uniquement pour servir de glacis à l'Empire. Parole cruelle, mais aussi maladroite, profondément ressentie par toute l'Alsace-Lorraine et qu'on ne lui a jamais pardonnée! Ce fut désormais, non pas la guerre ouverte, non. pas l'insurrection violente qui n'est pas dans le tempérament alsacien et qui d'ailleurs aurait été pure folie, mais cette hostilité passive qui énerve et paralyse les gouvernements les plus forts, ou les pousse sans cesse à de nouvelles violences, qui perpétuent les haines au cœur des vaincus.
Pourtant des considérations d'ordre pratique, l'ennui surtout d'avoir à discuter si souvent et si longuement les affaires particulières de l'Alsace- Lorraine devant un parlement alors assez remuant, où les libéraux et les ultramontains se rebiffaient contre sa rude tutelle, poussèrent Bismarck à faire, bientôt après, une concession, au moins apparente, au « pays d'Empire ». Un ordre impérial du 29 octobre 1874 autorisait le chancelier à organiser une Délégation pronnciale, formée des représentants des trois Conseils généraux, élus dans leur sein. Cette assemblée, purement consultative d'ailleurs, donnerait au gouvernement son avis sur les projets de loi et de règlements applicables au pays, et même sur le budget, au cas où le gouvernement ne pré-
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férerait pas les soumettre au parlement impérial. Constituée par des assemblées locales, préalablement assermentées, sortie d'une élection à deux degrés, trop consciente de la fragilité de ses droits, la Délégation provinciale {Landesausschuss) devait être, dans la plupart des cas, autrement maniable encore que le Reichstag de Berlin. Aussi le président supérieur, Moeller, et ses conseillers intimes ne rencontrèrent-ils guère d'obstacles à leurs agissements dans cette représentation provinciale très imparfaite, sauf quelques vœux platoniques, et toujours vains, pour le maintien au français comme matière d'enseignement dans les écoles. Pour récompenser la Délégation de sa souplesse, le gouvernement fit d'elle, par la loi du z mai 1877, au lieu d'une assemblée consultative, un petit parlement local, qui discuterait dorénavant toutes les lois ordinaires du pays, sauf les lois relatives à la constitution. Mais il se réservait, bien entendu, le droit de porter tout projet de loi, s'il le préférait, devant le parlement oie Berlin. Cette simple clause suffit pour empêcher toute velléité d'indépendance trop prononcée et durant les vingt-deux années que subsista ce paragraphe, le chancelier n'en fit usage qu'une seule fois, en 1887, lorsqu'il fit voter la loi sur les bourguemestres « imposés » ou maires-fonctionnaires, loi que les maires-élus, nombreux à la Délégation, ne pouvaient se décider à voter euxmêmes.
La conviction croissante des masses, qu'on n'obtiendrait rien du gouvernement par une attitude^ intransigeante, bien plus que ces quelques concessions anodines, amenèrent pourtant un certain re-^ virement, surtout dans les circonscriptions rurales de la Basse- Alsace. Les protestataires purs, restés à l'écart du parlement après la séance du 18 février
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1874, furent accusés de négliger leurs devoirs civiques. Les modérés et les ralliés, oui avaient déjà figuré au scnitia de 1874, et qui, s ils avaient suc-, combé partout, n'en avaient pas moins réuni, dans certaines cirooiisoriptione, de 6.000 à 10.000 voix, profitèrent de ce mécontentement pour faire accroire au corps électoral que, si on les nommait à la place des intransigeants, le pays serait admis à se gouverner lui-même, et le gouverjtement, tout prêt à profiter de leur concours, se garda bien die les contredire. Aussi, lors des élections parlementaires du 10 ianvier 1877, ces autonomistes (c'est le nom qu'ils 86 donnaient eux-mêmes) l'emportèrent dans plusieurs circonscriptions, à Saveme, Haguenau, Strasbourg- ville, Strasbourgrcampagne et Molsheim-Enstein. Le c triumvirat des curés >, comme on l'appelait volontiers^ les abbés Winterer, Guerber et Simonist se maintenait facilement dans la Haute-Alsace ; à Mulhouse, Haeffely était remplacé ar J^an DoUfns, le grand industriel, ancien maire la cité; à Metz, M'*^ Dupont des Loges avait un digne successeur dans la personn^e de Bezanson, le maire de cette ville. A Goimar, le nouveau député, Charles Grad^ économiste distingué, ne s'annonçait
Sas comme un adversaire de parti pris. On pouvait onc, avec un peu de bonne volonté, prétendre à Berlin qu'on avait battu la protestation pure; et réclamer au gouvernement la récompense de cet important service.
Le meneur parlementaire du groupe autonomiste^ ce fut Auguste Scfanéegans, l'ancien rédacteur du Courrier du Bas-Rhin, l'ancien député de Bordeaux. Après avoir dirigé quelque temps le Journal de Lyon^ — (à cette époque, il était encore fougueux protestataire) — il était revenu en Alsace, désespérant trop tôt du relèvement de la France et
de
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de la vitalité de la République et, après avoir fait peau neuve, il 8'était produit dans le nouveau Journal d'Alsace, récemment fondé, comme le prota*goniste de l'autonomie. D'un caractère aimable,
Journaliste et littérateur de talent, mai« politicpie singulièrement naïf, d'une mobilité de convictions
' déplorable et qui finit par le rendre impossible en Alsace, Aug. Schnéegans, nommé député dans l'arrondissement de Saverne, déposait, avec ses nouveaux collègues, une série de motions tendant à réaliser lés promesses qu'ils avaient faites à leurs, électeurs; Après de longues chamailleries intime» dont Schnéegans, dans ses curieux Mémoires, traduits après sa: mort en allemand et édités par soi^ fils, a soigneuBement noté le souvenir, les cinq autonomistes -*— d^à Grad, qu'ils avaient cru des leurs, s'hait séparé d'eux — prirent position le 17 mars, au Reichstag, par des discours-programmes, (pi leur valurent beaucoup plus de sympathies à Berlin qu^en Alsace, même parmi les modérés. Ils récidivèrent en mars 1878, sans obtenir autre chose que de vagues promesses, et la perspective consolante de v(»r peut-être un représentant direct de l'empereur, un Statthalter, résider à Strasbourg, en la personne du prince-héritier de la coutonne de Prusse et de la couronne impériale. Ce n'est pas précisémeni cela qu'on attendait ou souhaitait eu Alsace; aussi les élections <lu 30 juillet 1878 furentelles néfastes pour le grcmpe de l'autonomie. Si Aug^te Schii^egans fut réélu à Saverne, Bergmann succombait à Strasbourg devant Jacques Râblé, et Nessel, à Haguenau devant Schmitt-Batiston, représentants du programme de protesta'tien et d'action, qui allait devenir celui de la députation d'Alsace-Lorraine tout entière. La violence avec laquelle le député de Saverne avait mené la
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(polémique contre le nouvel élu de Strasbourg dans e Journal d'Alsace (les injures posthumes qu'il lui prodigue dans ses Mémoires en ont conservé le souvenir) l'avaient rendu moins désirable comme chef de file à ses alliés autonomistes, d'humeur moins combative, et dès l'automne 1878, ils lui insinuaient qu'il ferait peut-être bien de renoncer à la
le Kronprinz, le prince-chancelier, oui lui faisait rhonneur de le consulter sur la constitçtion future de TAlsace-Lorraine, et encouragé par lui, déposait, le 26 février 1879, une motion demandant pour elle un gouvernement autonome, siégeant dans le pays, et fa défendait dans un lonff discours, le 21 mars suivant. Bismarck apportait le 2 juin, en réponse à cet appel, où l'orateur déclarait se placer sur c la base inébranlable du traité de Francfort », un projet de constitution et d'administration de l'Alsace-Lorraine ». Il fut voté sans difficultés le 1** juillet 1S79, et promulgué le 4 juillet suivant.
Le gouvernement impérial sivait compris qu'il fallait donner au pays tout au moins un semblant de satisfaction, pour l'empêcher de retourner tout entier à la coalition protestataire et catholique; au fond, il n'avait cédé que sur bien peu de points. Sans doute la loi nouvelle transportait à Strasbourg le siège du gouvernement, pour le l*' octobre suivant; un ministre d'Alsace-Lorraine, secondé par des soussecrétaires d'État, dirigerait les affaires, en lieu et f^lace du chancelier; la Diète provinciale obtenait 'initiative des lois et le droit de recevoir et de discuter des pétitions , voyait le nombre de ses membres considérablement augmenté. En dehors des trente-quatre délégués élus par les trois conseils
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ffëûéraux^ elle comprendrait dorénavant un député de chacun des vingt cercles, nommé par les délégués des conseils municipaux, plus quatre députés nommés directement par tes conseils municipaux de Strasbourg, Mulhouse, Golmar et Metz. Tous ces membres étaient soumis au serment préalable et ne devaient pas jouir non plus pour leurs discours de rimmunité législative ordinaire, attribuée aux députés de toutes les assemblées délibérantes. A côté de ce corps législatif, où les idées subversives n'avaient guère chance de pénétrer, on plaçait un Conseil d'état, formé par les sommités administratives et militaires du pays, mais en y réservant plusieurs sièges soit pour des illustrations scientifiques, soit pour quelques fidèles àiiLandesausschuss; son rôle était purement consultatif. Enfin et surtout^ le Président supérieur disparaissait, et faisait place à un lieutenant direct de Tempereur, à un Statthalter, ui exercerait directement certaines prérogatives e la couronne. Il héritait d'ailleurs des pouvoirs extraordinaires, illimités, conférés par le § 10 de la loi du 30 décembre 1871, paragraphe dont les autonomistes, comme les cléricaux et les protestataires avaient vainement demandé le retrait.
C'est ainsi qu'après avoir réorganisé l'Alsace- Lorraine et l'avoir gouvernée pendant huit ans, non sans succès partiels, Moeller se voyait congédié brusquement pour faire place à Manteuffel; il se retira à Cassel et v mourut de chagrin, dit-on, dès l'année suivante. Il n'est que juste de reconnaître ici, car c'est une page d'histoire que nous entendons écrire, qu'au point de vue matériel, M. de Moeller et plusieurs de ses successeurs ont rendu de véritables services aux territoires annexés. L'administration des postes et télégraphes était une organisation modèle ; les chemins de fer avaient été
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multipliés partout ; il y en avait 760 kilomètres en 1870 et 1.636 trente ans plua tard ; la navigation sur le Rhin était reprise, le port de Strasbourg creusé, de nouveaux oomiees agricoles fondés, de grands réservoirs établis dans les Vosges pour faciliter la tAcke de rindustrie, les lois a invalidité, d'acfsurance obliffatoire pour la vieillesse, introduites dans le pays. Les rouages administratifs fonctionnaient avec une précision plus grande peut-^étre (^l'autrefois. Malheureusement pour les administrateurs et pour les administrés on sentait partout, derrière cette activité constante et souvent utile, la volonté ri^de du mattre, Uen décidé, coûte que coûte, à briser, non pas la résistance ouverte — il n'y en eut jamais -^ mais la résistance passive des esprits qui refusaient de plier.