GUILLAUME LE CO^QUÉIUTXT
gleterrc, avait désigné, pour son successeur en Normandie, Robert, son fils aine , et avait exige que les barons de ce duché lui prêtassent serment de fidélité , comme à leur futur souverain. Le jeune prince, qui était avide de gloire et d'indépendance, ne vit pas plus tôt son père maître de l'Angleterre, qu'il réclama l'exécution de sesengagemens; mais il essuya un refus. Robert fit alors éclater son mécontentement et prit de l'ombrage contre ses deux frères, Guillaume et Henri. Irrité d'une injure qu'il prétendait avoir reçue, il quitta la cour, et, après avoir tenlé inutilement de surprendre la citadelle de Rouen , il se réfugia auprès de Hugues de Neufehàlel, puissant seigneur normand , et déclara ouvertement la guerre à son père. Après une lutte de plusieurs années, les deux adversaires finirent par se réconcilier, et Guillaume ramena avec lui son fils en Angleterre.
Lorsque Guillaume eut assuré la tranquillité de ses nouveaux Etats, il s'occupa d'une entreprise qui fait honneur à sa mémoire (1081). 11 nomma des commissaires pour faire un état de toutes les. terres du royaume, de leur étendue dans chaque district , de leurs propriétaires, de leurs redevances, de leur valeur, de la quantité de prairies, de pâturages, de bois et de terres labourables qu'elles contenaient. Ce monument , appelé Domesday Book^ fut achevé dans l'espace de six années, et se conserve encore dans les archives de l'Echiquier K
Guillaume fut entraîné dans une guerre avec la France (1087), à l'occasion de que'q îes incursions faites en Normandie par les barons français établis sur la frontière. Une raillerie sur sa personne, échappée à Philippe, roi de France , augmenta encore son mécontentement. Il était
i On donne en Angleterre le nom d'échiquier à une juridiction qui i l-qIc toutes les affaires de finances»
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devenu d'une corpulence excessive, et une indisposition Fayant obligé de garder le lit quelques jours, Philippe l'apprit et s'écria en plaisantant qu'il était surpris que son frère d'Angleterre restât si long-temps en couches. Guillaume, instruit de la plaisanterie, fit dire à Philippe que dès qu'il serait relevé, il irait présenter tant de cierges a Notre-Dame de Paris, qu'il n'aurait pas lieu de s'en réjouir; faisant allusion à la cérémonie des relevailles, pratiquée par les femmes en pareil cas. En effet, immédiatement après sa guérison, il conduisit une armée dans l'Ilede-France, qu'il mit ù feu et à sang ; il prit aussi et réduisit * en cendres la ville de Mantes. Mais ses progrès furent arrêtés par un accident qui mit fin à ses jours : son cheval , en sëlançant , lui donna une telle secousse, qu'il lui ouvrit le ventre sur le pommeau de sa selle. Dans ses derniers momens, le souvenir des cruautés qu'il avait exercées sur les Anglais excita ses remords; il voulut alors racheter ses crimes par des legs pieux aux églises et aux monastères. Il laissa la Normandie et le Maine à Robert , son fils aîné, et écrivit à Lanfranc , évèque de Cantorbery, pour lui marquer qu'il désirait que son fils Guillaume fût couronné roi d'Angleterre: quant à Henri, auquel il ne laissait que les biens de sa mère Mathilde, il lui prédit qu'il surpasserait un jour ses frères en puissance et en richesses. Ces dispositions faites, il expira dans la soixante -troisième année de son âge, après avoir régné vingt-un ans sur l'Angleterre (1087).
Guillaume, surnommé le Rouœ, à cause de la couleur de ses cheveux , fut solennellement couronné roi d'Angleterre par le primat Lanfranc , et Robert reconnu successeur de son père en Normandie. Mais les barons qui possédaient des fiefs dans les deux pays se montrèrent mécontens de celte séparation. Ils regardaient comme plausibles