GUILLAUME LE CONQUÉRANT
tadelles à Londres, à Winchester, à Hereford et dans les villes les mieux siiuées, pour commander le royaume, et laissa dans toutes des garnisons normandes. Par ce mélange de vigueur et de mansuétude, il pacifia tellement l'esprit des Anglais, qu'il crut pouv oir en sûreté aller revoir son pays natal et recevoir les félicitations de ses anciens sujets.
Pendant son absence, les affaires d'Angleterre prirent une tournure peu favorable. Les Normands, méprisant un peuple qu'ils avaient soumis si facilement à leur joug et convoitant ses richesses, ne cherchaient qu'à le pousser à la révolte. Leur arrogance provoqua le mécontentement et les murmures. La désaffection des Anglais devint bientôt générale, et on forma secrètement dans tout le royaume une conspiration qui devait éclater par le massacre des Normands, semblable à celui qu'on avait fait autrefois des Danois. Le retour du roi en Angleterre déconcerta le plan des conjurés. La confiscation de leurs biens le mit à même de satisfaire la cupidité des Normands ; il profita de l'occasion pour ressusciter l'impôt du Danegelt, aboli par Edouard le Confesseur , et qui avait toujours été odieux A la nation. Les Anglais furent alors convaincus que celui qu'ils s'étaient donné pour roi ne voulait se reposer que sur le secours et l'affection des étrangers, et ne s'attendirent plus qu'à de nouvelles persécutions. Las d'une situation si fâcheuse, plusieurs d'entre eux prirent le parti de se réfugier en pays étranger, [principalement en Ecosse, où ils devinrent la souche de ces grandes familles qui furent plus tard si célèbres dans cette contrée (1068).
Guillaume introduisit en Angleterre la féodalité qui régissait déjà la Normandie et la France. 11 divisa toutes les terres de l'Angleterre , excepté les domaines de la couronne, en baronnies, qu'il conféra aux principaux des siens, avec la réserve de service militaire et de redevances
en argent. Ces hauts barons, de leur côté, aliénèrent un<* grande partie de leurs terres à d'autres étrangers qui, sous la dénomination de chevaliers ou vassaux, s'engagèrent envers eux à une obéissance semblable à celle qu'ils devaient eux-mêmes au souverain. Tout le royaume contenait sept cents principaux tenanciers, et soixante mille deux cent quinze vassaux. Gomme aucun Anglais ne faisait partie de la première classe, le petit nombre de ceux auxquels resta la propriété de leurs terres s'estimaient heureux d'être reçus dans la seconde , sous la protection de quelque seigneur normand.
Le pape Alexandre, qui avait aidé Guillaume dans sa conquête, s'attendait avec assez de vraisemblance que ce prince continuerait de professer en Angleterre le respect qu'il avait toujours montré pour son caractère sacré, et qu'il anéantirait l'indépendance spirituelle des Saxons. Aussi, dès qu'il le vit affermi sur son trône, il lui envoya Ermenfroy, évêque de Sion, en qualité de légat. Guillaume, pour donner une marque de soumission au Saint-Siège, dégrada les prélats anglais qui lui étaient suspects. Toutefois son habileté arrêta l'esprit de superstition qui devint si funeste à quelques-uns de ses successeurs. Il défendit à ses sujets de reconnaître pour pape quiconque n'aurait pas été reconnu auparavant par lui , et exigea que toutes les bulles et lettres de Rome ne fussent produites qu'après son approbation.
Guillaume mettait tous ses soins à opprimer les Anglais; il conçut même le projet d'anéantir entièrement leur langue, et, pour y parvenir, il ordonna que dans toutes les écoles on n'enseignât que le français, et que les actes et les lois fussent rédigés dans cette langue. De là ce mélange de français qui se trouve encore aujourd'hui dans la langue anglaise.
Guillaume, avant d'entreprendre la conquête de l'An-