GUILLAUME LE ROUX
les prétentions de Robert au Irène d'Angleterre, et préféraient son caractère franc et généreux à la morgue et aux formes despotiques de son frère. Une conspiration fut donc ourdie contre Guillaume, qui, instruit du danger qui le menaçait , essaya de se concilier l'affection des Anglais natifs par quelques concessions. Il entra, à la tète d'une armée, dans le comté de Kent, et y reprit les forteresses de Pevensey et de Rochester, dont ses oncles s'étaient emparés. Ce succès, joint au caractère indolent de Robert t détruisit toutes les espérances des rebelles ; quelques-uns d'entre eux obtinrent leur grâce ; mais le plus grand nombre virent leurs biens confisqués.
Robert partagea le dévot et belliqueux enthousiasme des croisades, qui commençait alors à agiter les principales nations de l'Europe. Comme il manquait d'argent, pour subvenir aux frais de son armement, il engagea son duché de Normandie à son frère Guillaume, moyennant la modique somme de dix mille marcs. Le marché fut bientôt conclu ; et tandis que Robert se mettait en route pour la Terre-Sainte, suivi du cortège le plus brillant, Guillaume prenait possession de la Normandie et du Maine , et réunissait ainsi les vastes domaines de son père.
Guillaume , comte de Poitiers et duc de Guyenne, enflammé du désir de la gloire, suivit l'exemple de Robert et voulut aussi se joindre aux Croisés. Le besoin d'argent lui fit également engager ses Etats au roi d'Angleterre. Sa proposition fut acceptée, et Guillaume avait déjà préparé une flotte pour escorter l'argent et aller prendre possession des riches prov inces du Poitou et de la Guyenne, lorsqu'un accident vint mettre fin à ses projets ambitieux (1100). Il était à la chasse, accompagné de Gautier Tyriel, gentilhomme français, renommé pour sa supériorité à tirer de Tare. Le roi venait de mettre pied à terre; Tyriel, jaloux de montrer son adresse , lança une flèche contre un
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cerf, quî s'élança tout-à-coup devant lui. La flèche, repoussée par un arbre, frappa le roi dans le sein et le tua sur-le-champ. Tyriel, redoutant les suites que pourrait avoir pour lui son crime involontaire, se hâta de gagner les bords de la mer, s'embarqua pour la France et se joignit aux croisés qui partaient pour Jérusalem. Guillaume fut perfide et tyrannique; sa prodigalité et son avidité lui avaient aliéné le cœur de ses sujets. Les principaux monumens que lui doit l'Angleterre sont la Tour, la salle de Westminster et le pont de Londres. ■
Le prince Henri était à la chasse avec son frère lorsque telui-ci fut tué; il se rendit sur-le-champ à Winchester où il s'empara du trésor royal; il se dirigea ensuite sur Londres , et ayant rassemblé quelques-uns des seigneurs et des prélats que son adresse et ses libéra'Ués avaient gagnés à sa cause, il fut proclamé roi et couronné par Maurice, évêque de Londres.
Pour affermir sur sa tète la couronne qu'il venait d'u- Surper, Henri résolut de gagner du moins par de belles protestations l'affection de ses sujets. Il publia une charte qui remédiait à la plupart des abus dont on s'était plaint sous les règnes de son père et de son frère. Robert, de retour de Palestine, arriva en Normandie un mois environ après la mort de son frère. Il rétablit sans peine son autorité dans ce duché, et fit aussitôt ses préparatifs pour recouvrer le royaume d'Angleterre dont il avait été si injustement dépouillé. Les armées des deux rivaux restèrent plusieurs jours en présence sans en venir aux mains. Il fut à la fia convenu que Robert recevrait 3,000 marcs pour se désister de ses prétentions au trône d'Angleterre , et que si l'un des deux frères mourait sans postérité, l'autre succéderait à ses États.
^abandonnant tour à tour aux plaisirs les plus dissolus