HENRI I
et aux pratiques les plus minutieuses de dévotion , Robert négligea l'administration de son duché , qui fut bientôt en proie à la violence et à la déprédation de ses serviteurs. Pour faire cesser ces désordres, Henri envahit la Normandie à la tète d'une armée nombreuse , prit Bayeux et fut reçu à Ciaen par les habitans qui hù ouvrirent leurs portes. Robert, sortant enfin de sa léthargie, s'avança contre lui et résolut de terminer leurs différends dans une bataille décisive; mais la trahison et la fuite d'un de ses généraux amena la défaite complète de ses troupes (i 106). Il fut lui-même fait prisonnier avec dix mille de ses plus braves défenseurs. La Normandie se soumit au vainqueur. Gst infortuné prince fut emmené par son frère en Angleterre, et renfermé le reste de sa vie dans le château de Gardrff.
Henri, maître de la Normandie, vit sa longue prospérité troublée par un malheur domestique (1120). Guillaume, son fiLs unique , parvenu à sa dix-huitième année, venait d'être fiancé à la fille de Foulque, duc d'Anjou. Son père, l'ayant fait reconnaître pour son successeur en Angleterre , l'avait amené en Normandie afin qu'il y reçût l'hommage des barons. Pour repasser la mer, Henri profita d'un vent favorable, partit deBarfleur et perdit bientôt la côte de vue. Le jeune prince, retenu quelques heures à terre, ne put mettre à la voile en même temps que loi. Le capitaine et l'équipage du vaisseau qu'il montait, ayant employé cet intervalle à boire, se pressèrent tellement de rejoindre le roi , qu'ils firent porter leur bâtiment sur un rocher où il se brisa. Guillaume sauta aussitôt dans une chaloupe, et gagnait déjà le large, lorsqu'il fut rappelé vers le vaisseau par les cris de la comtesse du Perche, sa sœur naturelle, qu'il voulut sauver. Mais la foule des passagers se jeta alors avec tant de précipitation dans la chaloupe , qu'elle coula à fond , et le prince périt avec toute sa suite , qui se
composait de plus de cent quarante jeunes gentilshommes des premières familles d'Angleterre et de Normandie. Lorsque Henri reçut la nouvelle de ce fatal événement, il s'abandonna au désespoir, et on remarqua que dès-lors il ne recouvra plus sa gaieté ordinaire.
Henri se trouvait alors sans autre postérité légitime que sa fille Malhilde, qu'il avait accordée à l'empereur Henri V. Comme l'alliance de cette princesse à une maison étrangère mettait sa succession en danger d'être envahie après sa mort, il épousa en secondes noces Adélaïde, fille de Godefroy , duc de Louvain; mais il n'eut pas d'enfans de cette princesse, et sa fille étant devenue veuve, il la donna en mariage à Geoffroy Plantagenet, fils du comte d'Anjou.
Henri mourut à Saint-Denis-le-Fermeut, d'une indigestion de lamproie, dans la soixante-septième année de son âge et la trente-cinquième de son règne (1135), laissant par son testament sa fille Mathilde héritière de tous ses domaines. Il fut un des princes les plus accomplis qui aient monté sur le trône d'Angleterre. Ses connaissances dans les lettres lui méritèrent le surnom de Beau Clerc, c'est -à-dire de savant.
Le défaut d'héritier mâle semblait laisser "la couronne de Henri à la comtesse d'Anjou sa fille; mais à peine avait-il rendu le dernier soupir, qu'Etienne, petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère, et comte de Blois, se hâta de se rendre à Londres où il fut salué roi par la populace. Son frère , évèque de Winchester, lui ayant procuré ensuite l'appui du clergé , il fut solennellement couronné par l'archevêque de Cantorbery. Cependant Mathilde ne tarda pas à réclamer ses droits. Profitant d'une altercation survenue entre l'usurpateur et quelques membres du clergé , elle débarqua en Angleterre avec Robert, comte de Glocester, et suivie de cent quarante chevaliers.
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Elle s'établit au château d'Arundel , d'où elle excita ses partisans à prendre les armes. La guerre se trouva bientôt allumée dans tous les comtés. Une bataille se livra entre Etienne et le duc de Glocester. Après un choc violent, l'armée royale fut mise en fuite; Etienne lui-même fut fait prisonnier (1141).
L'autorité de Mathilde semblait donc établie sur tout le royaume; mais les affaires changèrent bientôt de face. Mathilde était emportée, impérieuse, et ne savait pas tempérer par l'affabilité l'amertume d'un refus. L'épouse d Étienne, secondée par plusieurs nobles, sollicita la liberté de son mari, en promettant qu'il renoncerait à la couronne et s'enfermerait dans un couvent. Mathilde refusa cette grâce avec hauteur. Une conspiration se forma pour se saisir de sa personne ; mais elle eut le temps de se sauver à Oxford. La guerre civile se ralluma alors avec plus de furie que jamais. Glocester fut pris et échangé avec Élienne, et Mathilde, alarmée des dangers qu'elle courait sans cesse, se relira en Normandie avec son fils Henri (1143).
Dès que ce jeune prince eut atteint sa seizième année, il voulut ressaisir l'héritage paternel. Informé des dispositions favorables du peuple à son égard, il fit une invasion en Angleterre, et se prépara à livrer une bataille décisive à Étienne; mais, des deux côtés, les grands, prévoyant les suites fatales qui en résulteraient , s'interposèrent pour faire conclure un arrangement entre les deux rivaux. Il fut convenu qu'à la mort d'Étienne, Henri succéderait à la couronne d'Angleterre. Cette mort ne se fit pas long-temps attendre ; elle eut lieu l'année suivante (1 154), et mit fin à tous les différends. Etienne semblait né pour assurer la prospérité de ses sujets. Si l'histoire peut lui reprocher l'injustice de son usurpation, elle a, en revanche, à louer son activité, son courage et son humanité.
38 niSTOIRE D'ANGLETERRE.