HENRI II
rebelles. Toute l'Angleterre fut pacifiée en quelques semaines. Le roi de France fut alors obligé de consentir à une suspension d'armes et d'en venir à un accommode* ment. Henri accorda à ses fils des conditions beaucoup moins avantageuses que celles qu'il avait offertes précédemment, et reçut leur soumission. Quelques années après cependant (1183), son fils aîné s'engagea encore dans une conspiration contre lui , et se prépara à prendre les armes; mais tandis que ce jeune prince poursuivait l'exécution de ses desseins criminels , il fut saisi d'une fièvre violente à Martel, château près de Turenne, où il mourut en se reprochant l'horreur de sa conduite envers son père. Bientôt Philippe-Auguste, alors roi de France, entraîna Richard dans une nouvelle rébellion. Le jeune prince voulut forcer son père à le faire sacrer roi de son vivant , et à consentir à son mariage avec la sœur du roi de France. Henri rejeta d'abord ces prétentions et prit les armes; mais un revers qu'il essuya le fit tomber dans un tel découragement, qu'il accepta toutes les conditions rigoureuses qu'on voulut lui imposer. Le chagrin qu'il éprouva dans cette circonstance s'accrut encore, lorsqu'ayant demandé la liste des complices de Richard, il vit en tète le nom de Jean, son quatrième fils, qui avait toujours été son favori. Ce malheureux père, désespéré de voir ses plus chères affections trompées , se répandit en imprécations contre le sort , et prononça contre ses fils ingrats et rebelles une malédiction que rien ne put lui faire rétracter. Ce dernier coup lui causa une fièvre lente dont il mourut au château de Chinon, près de Sauraur (1189). Il était âgé de cinquante-huit ans et en avait régné trentecinq. Henri fut le plus grand prince de son temps par la sagesse et l'habileté , et, par l'étendue de ses Etats, le plus puissant de ceux qui eussent jamais occupé te trône d'Angleterre.
Le remords qu'éprouva Richard de sa conduite criminelle envers son père influa sur le choix de ses ministres et des gens de sa maison, à son avènement au trône. Ceux qui avaient favorisé sa révolte ne reçurent de lui que des marques de mépris, tandis que les ministres fidèles de Henri, qui s'étaient vigoureusement opposés aux entreprises de ses fils, furent maintenus dans leurs emplois. Animé par l'amour de la gloire militaire, le nouveau roi, dès le commencement de son règne, agit comme si le seul but de son gouvernement eût été de délivrer la Terre- Sainte et d'arracher Jérusalem aux Sarrasins. Ce zèle contre les infidèles se communiqua à ses sujets, et fit explosion à Londres le jour de son couronnement. Quelques juifs s'étant, contrairement à Tordre du monarque, approchés de la salle où il dînait , furent assaillis par la populace et mis à mort ; ceux qui étaient restés chez eux essuyèrent le même sort; leurs maisons furent pillées et brûlées. Les autres villes du royaume suivirent cet exemple barbare. Cinq cents malheureux juifs d'York, ne se trouvant pas en état de défendre le château dans lequel ils s'étaient réfugiés, égorgèrent eux-mêmes leurs femmes et leurs enfans , mirent le feu à leurs maisons et périrent dans les flammes.
Pour subvenir aux dépenses d'une expédition aussi lointaine que celle de la Palestine , Richard ne songea qu'à se procurer de l'argent par tous les expédiens possibles. Il aliéna les revenus et les domaines de la couronne, ainsi que les principales charges de l'Etat. Il vendit, pour la modique somme de 10,000 marcs, le vasselage de l'Ecosse. Quelques-uns de ses ministres ayant voulu lui faire des représentations, il leur répondit qu'il vendrait Londres même s'il trouvait un acquéreur. Lorsque ses préparatifs furent achevés, il confia l'administration du royaume à Hugh, évêque de Durham, et à Longchamp, éYèque