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cTElly. 11 partit ensuite accompagné de tout ce qu'il y avait en Angleterre de jeunesse fougueuse et animée de l'ardeur guerrière, et se rendit sur les frontières de la Bourgogne où l'appelaient ses engagemens avec le roi de France.
Les deux alliés passèrent leurs troupes en revue dans la plaine de Vézelay, et trouvèrent qu'elles se montaient à plus de cent mille hommes; ils se réitérèrent les protestations d'une amitié mutuelle, et se séparèrent pour aller s'embarquer, Philippe à Gênes, et Richard à Marseille (1190). Après avoir passé l'hiver en Sicile, où la saison orageuse les contraignit de relâcher, les deux monarques arrivèrent précisément assez tôt pour partager la gloire du siège d'Acre (Ptolémaïs), attaquée depuis plus de deux ans par les forces réunies des Croisés en Palestine. L'arrivée des Français et des Anglais redoubla l'ardeur des chrétiens; mais les vues opposées de Philippe et de Richard détruisirent bientôt l'harmonie qui régnait entre eux et répandirent la dissension dans l'armée. Malgré ces disputes, les Sarrasins qui défendaient Acre, réduits enfin à la dernière extrémité, se rendirent prisonniers de guerre, et abandonnèrent la ville aux chrétiens (1191).
Aussitôt après la reddition d'Acre, Philippe, fatigué de l'ascendant que Richard prenait sur lui, déclarasa résolution de retourner en France et colora sa désertion du prétexte de sa mauvaise santé. Il laissa cependant dix mille hommes de ses troupes à Richard sous le commandement du duc de Bourgogne, et s'engagea par serment à ne commettre aucune hostilité contre les États de ce monarque pendant son absence, serment qu'il ne devait pas tenir long-temps.
Après le départ de son allié, le roi d'Angleterre marcha de victoire en victoire. 11 gagna la célèbre bataille d'Arsur, dans laquelle quarante mille infidèles mordirent la poussière.
Ti reprit Àscalon et s'avança en vue de Jérusalem, seul objet de son entreprise; mais les fatigues, les maladies et la disette, avaient abattu le courage des Croisés. Tous, excepté le monarque anglais , exprimèrent le désir de retourner eu Europe. Richard, obligé de céder à leurs instances, conclut une trêve dans laquelle il fut stipulé que les Croisés resteraient en possession d'Acre, de Jaffa et des autres villes maritimes de la Palestine, et que tous les chrétiens auraient la liberté de faire des pèlerinages à Jérusalem sans courir de dangers.
La nouvelle que reçut Richard des intrigues de son frère Jean et du roi de France le détermina ii hâter son retour en Europe. Arrivé en Italie, il ne voulut point se hasarder à traverser la France : il aima mieux s'embarquer sur l'Adriatique; mais il fit naufrage près d'Aquilée, et prit le costume de pèlerin pour pouvoir continuer secrètement sa route par l'Allemagne. Il fut arrêté à Vienne par les ordres de Léopold, duc d'Autriche, et livré à l'empereur Henri VI, qui le regardait comme son ennemi parce qu'il était l'allie de Tancrède, usurpateur du trône de Sicile. Ainsi le monarque qui avait rempli le monde entier de sa renommée se vit précipiter dans un cachot et charger de chaînes (1 192).
A la nouvelle de la captivité de son rival, le roi de France se prépara à en tirer avantage; il fit un traité avec le prince Jean, et stipula qu'une grande partie de la Normandie lui serait livrée, à condition qu'il accorderait au parjure l'investiture de toutes les autres possessions de son frère au-delà des mers. En conséquence de ce traité, Philippe entra en Normandie (l 193), où la trahison le rendit maître de plusieurs forteresses ; mais il vit ses efforts contre Rouen repoussés par la bravoure du comte de Leicester. Le prince Jean fut encore moins heureux dans son entreprise en Angleterre; partout les grands s'élevèrent contre lui et il fut obligé de repasser en France.
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Cependant Richard, après avoir comparu devant la diète de l'Empire, et s'être justifié des accusations portées contre lui, obtint sa liberté en promettant de payer à l'empereur une rançon de cent cinquante mille marcs (environ trois cent mille livres de notre monnaie actuelle). La joie des Anglais fut extrême en revoyant leur monarque. Dès que Philippe-Auguste apprit sa délivrance, il écrivit à son allié le prince Jean : « Prenez garde à vous; le diable a brisé sa chaîne.» Jean abandonna bientôt le parti du roi de France, se jeta aux genoux de son frère et implora sa clémence. «Je vous pardonne, lui dit Richard, et j'espère que j'oublierai aussi facilement vos torts que vous oublierez mon pardon. »
Le roi de France était le principal objet du ressentiment et de l'animosité de Richard. Pendant les cinq ans qui suivirent son retour, ce ne fut qu'hostilités reprises et traités rompus entre les deux rivaux. Le cardinal de Sainte-Marie, légat du pape, était cependant parvenu à engager les parties4)etligérantes à conclure une paix durable; mais la mort de Richard termina la négociation (1 199).
Vidomer, vicomte de Limoges et vassal de la couronne d'Angleterre, avait trouvé un trésor, dont Richard réclama la possession. Le vicomte ayant fait quelques difficultés, le roi vint l'assiéger dans le château de Chàlus. Comme il s'approchait de la forteresse pour la reconnaître, un arbalétrier lui perça l'épaule d'un coup de flèche. La blessure n'était pas dangereuse; mais la maladresse du chirurgien la rendit mortelle. Richard mourut dans la dixième année de son règne et la quarante-deuxième de son âge. Sa valeur et son intrépidité lui firent donner le surnom de Cœur de Lion. Il aima passionnément la poésie, et plusieurs pièces de vers de sa composition sont parvenues jusqu'à nous. Du reste , il s'attacha plutôt à courir après la gloire qu'à rendre ses sujets heureux; et ceux-ci eurent souvent à gé-
mir sous son gouvernement oppressif. Richard ne laissa pas de postérité en mourant , et , par son testament , il déclara son frère Jean héritier de tous ses domaines, quoique, par un acte formel fait avant son départ pour la Terre- Sainte, il eût nommé pour lui succéder son neveu Arthur, duc de Bretagne, et fils de son frère Geoffroy.
Aussitôt après la mort de Richard , les barons des provinces de l'autre côté de la mer, telles que l'Anjou, le Maine et la Touraine, se déclarèrent en faveur d'Arthur, et implorèrent la protection du roi de Francs. Philippe, qui ne désirait qu'une occasion d'embarrasser Jean et de démembrer ses Etats, embrassa la cause du jeune duc de Bretagne. Jean , après s'être fait reconnaître comme roi en Normandie et en Angleterre, revint en France pour conduire lui-même la guerre contre Philippe-Auguste. Mais Constance, mère d'Arthur, se défiant des intentions du monarque français, trouva le moyen de faire sortir secrètement son fils de Paris, et le remit entre les mains de son oncle auquel il rendit hommage du duché de Bretagne en lui livrant les provinces qui avaient pris les armes en sa faveur. Philippe comprit par cet événement qu'il n'avait aucun succès à espérer dans sa guerre avec l'Angleterre; il entra aussitôt en négociation avec Jean, et ils conclurent tin traité qui fixa les limites de leurs territoires (1200).
Jean n'avait l'art de s'attacher ses barons ni par l'affection ni par la crainte. Le comte de la Marche, mettant à profit le mécontentement général que provoquait la violence du caractère du roi, excita des soulèvemens en Poitou -et en Normandie. Jean appela alors tous les barons d'Angleterre à son aide, et les requit de passer la mer sous ses étendards pour aller châtier les rebelles. Mais les barons répondirent unanimement qu'ils ne voulaient point le servir dans cette expédition, à moins qu'il ne s engageât à ré-
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tablir leurs privilèges. Il parvint cependant à les désunir en les menaçant et à en emmener plusieurs en Normandie. Ses forces étaient de beaucoup supérieures à celles des mécontens. Fier de sa puissance, il affecta des prétentions qui alarmèrent ses vassaux et augmentèrent le mécontentement. Les barons français s'adressèrent alors au roi de France qui promit de les protéger.
Le duc de Bretagne, parvenu à l'adolescence , se joîgnî au roi de France et aux barons révoltés. Ce jeune princç avide de gloire militaire, entra dans le Poitou à la tête d'une petite armée. Il se disposait à faire le siège de Mirebeau , prsque Jean attaqua son camp, dispersa son armée et le fit prisonnier. Après lui avoir représenté la folie de ses prétentions, il le pressa de renoncer à son alliance avec la France. Mais le courageux prince , sans se laisser abattre par Tinfortune, soutint la justice de sa cause, et défendit ses droits non-seulement sur les provinces de France, mais encore sur la couronne d'Angleterre. Jean, d'après cette fermeté, jugeant qu'Arthur pourrait avec le temps devenir un ennemi redoutable pour lui, donna l'ordre de le faire mourir; mais instruit que ses ordres n'avaient point été exécutés, le cruel tyran se rendit lui-même dans la prison de son neveu et le poignarda de sa propre main ; après avoir attaché une pierre au cadavre, il le fit jeter dans la Seine (1203).
A la nouvelle de cet acte de barbarie , les États de Bretagne, frappés d'horreur, portèrent plainte à Philippe-Auguste et demandèrent justice contre Jean. Philippe reçut leur requête avec plaisir, et somma Jean de comparaître devant sa cour des pairs comme son vassal; ce prince ayant fait défaut , il fut déclaré coupable de félonie, et tous ses fiefs en France furent confisqués. Philippe forma dèslors le projet d'expulser les Anglais de la France. Il étendit ses conquêtes le long de la Loire, tandis que Jean passait 1 Rouen son temps au milieu des fêtes et des plaisirs. Ce
prince à la fois indolent et présomptueux, au lieu de sortir de son inaction, sollicita la médiation du pape Innocentai. Le souverain pontife, flatté de cette 'déférence, ordonna à Philippe de mettre bas les armes et dé faire la paix avec le roi d'Angleterre. Philippe ne tint aucun compte du bref d'Innocent, et après s'être emparé de Château-Gaillard, la plus considérable forteresse des frontières de la Normandie, il vint mettre le siège devant Rouen qui lui ouvrit ses portes ; il porta ensuite ses armes victorieuses dans les provinces occidentales, et rangea bientôt l'Anjou, le Maine, la Touraine et une partie du Poitou sous son obéissance (1205). Jean fit une tentative pour recouvrer ses États ; il quitta l'Angleterre avec une armée nombreuse et descendit à La Rochelle. Mais l'approche de Philippe lui rendit ses premières terreurs; il abandonna ses troupes, et repassa la mer, chargé d'un nouvel opprobre et d'une nouvellelâisgràce. La médiation du pape lui procura enfin une ffàVe de deux ans ; mais presque toutes ses provinces françaises lui furent enlevées.
Innocent mit bientôt à profit la faiblesse de Jean, et donna une nouvelle preuve du désir qu'avaient les souverains pontifes, à cette époque, de convertir en une domination réelle la prééminence que tous les princes ehfétîéns • leur accordaient. Le siège primatial de Cantorbery'étârtt devenu vacant , le pape prescrivit l'élection du (Jaftëîrial Langton, né en Angleterre, mais attaché à la £dttr *de Rome par ses intérêts et ses sentiméns. Jean s'Wfha^de l'attentat du Saint-Siège sur son autorité, et cliaSSa 'dévêtir couvent les moines de l'église du Christ, qui sotitèttaîéht l'élection de Langton. Le pape lança alors l'interdit Srif te royaume d'Angletere L'appareil qui accompagnait l'élécution de celte sentence était combiné pour agir avec flèffce sur l'esprit superstitieux des peuples d'alors. La rtàtktaSe
voyait tout-à-coup privée de tout exercice extérieur de
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religion; on dépouillait les autels de leurs omemens; on tf enterrait plus les morts en terre samte, on tes jetait dans les fossés, ou on les enterrait dans les champs; les mariages se célébraient dans les cimetières. Tout annonçait la tristesse la plus profonde et Téffroi des vengeances célestes. Pour opposer la puissance temporelle à la puissance spirituelle, Jean confisqua les biens de tous' les ecclésiastiques qui obéirent à l'interdit, et traita avec la dernière rigueur les adhérens de Langton. Le pape, voyant que sa sentence n'avait pas produit l'effet qu'il en attendait, se disposa à recourir à l'excommunication. Jean s'alarma alors de sa situation dangereuse. Dans une conférence qu'il eut à Douvres avec Langton , il offrit de le reconnaître pour primat et de se soumettre au pape; mais Langton ayant demandé la restitution des biens confisqués sur le clergé, le roi rompit tout-à-coup la- conférence. Innocent releva aussitôt les 'Anglais de leur serment defidélité et d'obéissance , déclara Jean déchu du trône, et offrit la couronne au roi de France. Philippe, séduit par l'offre du Saint-Père, leva une armée nombreuse, et rassembla imC flotte de dixsept cents voHes dans les ports de la Normandie et de la Picardie. De son côté, Jean réunit tous ses vassaux militaires à Douvres; mais ils manifestaient tant d'horreur pour l'anathème dont il avait été frappé et pour la tyrannie de son gouvernement, qu'il devait peu compter sur leurs efforts pour sauver la patrie. Intimidé par sa situation désespérée, il se remit à la discrétion 'de Pandolf, légat du pape, et souscrivit à toutes les conditions qu'il plut à ce dernier de lui imposer. Il recormut*Langton poor jprimat , s'engagea à transmettre la propriété de son 'royaume à l'Église, et rendit hommage^^rtekrtf avedies formalités les plus humiliantes : il parut /désarmé, devant le légat qui était assis sur un trône, se pmstema ù*es genoux , fit serment de fiddité 'au 1 souverain* pootîfe^'et^payâ
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une partie du tribut qu'il reconnaissait devoir pour son royaume, comme étant le patrimoine de saint Pierre(1213).
Philippe-Auguste n'apprit la soumission de Jean qu'avec fureur; et, malgré la défense et les menaces de Pandolf , qui déclarait impie toute tentative qui serait désormais faite contre l'Angleterre, il résolut de poursuivre son entreprise; mais la flotte anglaise, sous les ordres du comte de Salisbury , frère naturel du roi, attaqua les vaisseaux français dans leurs ports, en détruisit la plus grande partie, et contraignit ainsi le monarque à abandonner son projet de conquête.
L'introduction du gouvernement féodal en Angleterre, par Guillaume le Conquérant, avait anéanti les libertés dont jouissaient les Anglo-Saxons, et avait réduit le peuple entier à l'état de vasselage, sous le roi ou sous les barons. La nécessité de confier un pouvoir très-étendu à un prince obligé de maintenir un gouvernement militaire sur une nation vaincue, avait aussi forcé les barons normands à se soumettre à une autorité plus absolue que celle qui était ordinairement établie sur la noblesse; et, pendant plus de cent cinquante ans , les Anglais eurent à gémir sous une tyrannie inconnue dans les autres royaumes fondés par les conquérans du Nord. Henri I er , pour se faire préférer h son frère Robert, leur avait accordé une charte assez favorable à leurs anciennes libertés ; Étienne l'avait renouvelée; Henri II la confirma; mais les concessions de tous ces princes ne furent qu'une lettre-morte, jusqu'à l'époque où la conduite de Jean, également odieux et méprisable dans sa vie publique et privée, décida les grands et le peuple à réclamer la restitution de leurs privilèges.
Rien ne favorisa autant cette confédération du peuple et des grands contre le souverain que le concours de Langton, archevêque de Cantorbery, dont les Anglais devraient à jamais révérer la mémoire. Ce prélat, animé par sou