JEAN SANS TERRE
amour pour le bien public , conçut le projet de réformer le gouvernement ; i! eut à cet effet une conférence avec les principaux barons de Londres, leur montra une charte de Henri I er , qu'il prétendait avoir trouvée dans un monastère, et les exhorta à en demander le renouvellement. Les barons jurèrent qu'ils perdraient plutôt la vie que de se désister d'une demande aussi juste. La confédération commença dès-lors à s'étendre. Langton convoqua une nouvelle assemblée à Saint-Edmond'sbury. Les grands, enflammés par son éloquence et par le souvenir des outrages qu'ils avaient essuyés , jurèrent solennellement, en face des saints autels , de rester étroitement unis et de faire une guerre incessante au roi jusqu'à ce qu'il eût rétabli la charte (1214).
Au jour fixé pour présenter leur requête, ils se réunirent à Londres et supplièrent le roi de remettre en vigueur la charte de Henri I er . Jean, alarmé d'une prière faite par un corps aussi puissant, demanda, pour réfléchir, un délai qui lui fut accordé. Ce délai expiré , les barons s'assemblèrent à Stamford , accompagnés de plus de deux mille chevaliers , outre leurs vassaux et une multitude de gens d'une condition inférieure (1216). Ils s'avancèrent en corps à Bruckeley , A quinze milles d'Oxford, lieu où la cour résidait alors, et où ils reçurent un message du roi, pour savoir quelles étaient ces libertés qu'ils réclamaient avec tant d'ardeur. Les barons remirent aux ambassadeurs une cédule contenant les principaux articles de leurs demandes. Le roi ne l'eut pas plus tôt vue qu'il entra en fureur, et jura qu'il n'accorderait jamais des privilèges qui le réduiraient à la servitude.
Dès que les confédérés connurent le refus de Jean, ils commencèrent la guerre contre le roi , et entrèrent dans Londres sans rencontrer de résistance. Tous les barons qui jusque-là s'étaient montrés attachés au parti royaliste
Di
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embrassèrent avec joie une cause qu'ils avalent toujours favorisée secrètement. La défection fut ai -générale que Jean se vit abandonné, à Odiham dansleHampshire, avec sept chevaliers pour tout cortège. En vain essaya-t-il divers expédiens, et offrit-il de s'en rapporter au pape pom la décision des différends; il fut réduit à,reeevoir la loi des mécontens. Après quelques jours de débats, il signa la charte qu'on exigeait de lui. Cet acte fameux, appelé communément la grande Charte, accorda des privilèges importans au clergé, à la noblesse et au peuple. Ses prin-> cipaux articles adoucissaient les rigueurs de la loi féodale, renfermaient tous les élémens d'un gouvernement loyal et régulier, et pourvoyaient à la distribution égale de la justice et à la jouissance libre de la propriété. Les barons obligèrent le roi à consentir que Londres restât ejatre lèurs mains et que la Tour fût confiée au primat jusqu'à l'exécution des différens articles de cette charte. Ils obtint rent, en outre,- de nommer vingt-cinq d'entre eux, comme conservateurs des libertés publiques, et de les investir d'uq pouvoir sans bornes.
' Jean parut se soumettre sans réserve à tous ces régie-* mens; mais il n'attendait qu'une occasion propice d'annuler ses concessions. Il se retira dans Hle de Wight , fit secrètement engager les avides Brabançons à son service , et dé* pécha un courrier à Rome, pour se plaindre, devant ce tribunal sacré, de la violence qui lui avait été faite. Innocent, se regardant comme seigneur suzerain du royaume tf Angleterre , publia une bulle par laquelle il annulait toute la charte, comme injuste en elle-même, extorquée par la force, et dérogatoire à la dignité du siège apostolir que. Jean, à qui des troupes étrangèresarrivèrent en même temps que la bulle, essaya , sous la protection du décret du pape , dé lever le masque. Les barons , endormis dans une imprudente sécurité, n'avaient pris aucune mesure
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