HENRI III
suivis , et il paraissait digne à tous égards de remplacer le vertueux Pembroke. Quand Henri eut atteint l'âge de majorité , il montra par son caractère combien il était peu fait pour gouverner une noblesse turbulente. Doux, humain, indulgent même jusqu'à l'excès, il recevait les impressions? des gens qui l'entouraient. Sans vigueur et sans activité, il était incapable de conduire une guerre ; sans politique et sans art, il était encore moins capable d'entretenir b paix. Quoiqu'il fût prompt et violent, on ne redoutait point son courroux, parce qu'il s'apaisait promptement; on appréciait peu son amitié, parce qu'elle n'était ni basée sur un choix réfléchi, ni suivie avec constance. Le plus habile et le plus intègre de ses ministres, Hubert de Bourg, fut victime de la versatilité de son caractère, et se vit exposé aux persécutions les plus violentes; il fut chassé du royaume, y revint, rentra en faveur, mais ne voulut jamais reprendre la direction des afFaires (1231).
Hubert fut remplacé dans le gouvernement du roi et de l'État par Pierre des Roches, Poitevin de naissance, non moins remarquable par ses principes de despotisme et sa conduite violente, que par son courage et son habileté. Par ses conseils, Henri appela près de lui un grand nombre de Poitevins et d'autres étrangers, auxquels il croyait pouvoir se fier plutôt qu'aux Anglais. Toutes les charges furent accordées à ces étrangers qui épuisèrent le trésor royal et accablèrent le peuple de vexations. Une ligue des barons formée contre cet odieux ministère, fut déjouée par l'adresse de Pierre des Roches, et les plus coupables virent leurs biens confisqués sans aucune sentence légale ni aucun jugement (1233).
Une administration aussi violente que celle de l'évèque de Winchester ne pouvait durer long-temps, et sa chute fut encore l'ouvrage de l'Eglise. Le primat Edmond, soutenu par plusieurs autres prélats, fit des représentations au roï
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sur la conduite odieuse de son ministre, en demandant son renvoi et celui de ses créatures, sous peine d'excommunié cation. Henri se soumit à cette injonction; mais les Anglais ne furent pas long-temps délivrés de la domination des; étrangers. Le roi, ayant épousé Eléonore, fille du comte de Provence (1236), fut entouré d'un grand nombre de Provençaux qu'il comblé d'honneurs et de richesses.
Les entreprises de Henri hors du royaume ne dédom~ magèrent pas les Anglais de sa mauvaise administration, intérieure. Dans la guerre qu'H soutint contre Louis IX , roi de France, il fut dépouillé de ce qui lui restait en Poitou. Son défaut d'économie et sa libéralité malentendue le forcèrent à vendre sa vaisselle plate et ses joyaux. Lors-, que cet expédient lui fut proposé , il demanda où il trou-» verait des acquéreurs : on lui répondit que ce serait parmif les citoyens de Londres. «Comment! dit-il, ces rustres qu»; prennent le titre de barons abondent de tout, tandis que> nous sommes réduits aux dernières privations! » Dès-lors il se fit beaucoup moins de scrupule de vexer les habitans ■ de Londres.
La conduite imprudente de Henri fournit un prétexte! à Simon de Montfort, comte de Leicester, de tenter d'arracher le sceptre à la faible main qui le soutenait (1268). Ce seigneur, fils du fameux Simon de Montfort qui avatfe dompté les Albigeois, avait épousé Eléonore veuve de Guik laume, comte de Pembroke, et sœur du roi. Son adresse lui avait gagné l'affection de tous les ordres de l'État. Tropi grand pour se plier sans cesse à l'humeur inconstante de son maître et pour être subordonné aux autres favoris , it trouva plus avantageux de faire servir le mécontentement public à ses intérêts. Il sema partout des plaintes sur les atteintes poytées à la grande Charte, et une querelle qu'il eub avec Guillaume de Valence, beau-frère du roi et son principal favori, le détermina à donner l'essor à son ambition.,
HENRI nu 59 Il convoqua secrètement une assemblée des barons les plus considérables; il leur retraça l'oppression où le tiers-état languissait et la violation des privilèges de la noblesse, rappela le généreux courage de leurs ancêtres, qui au prix de leur sang avaient arraché la grande Charte à la .couronne* et déplora la honte d une postérité assez dégénérée pour se laisser dépouiller d'un slgrand avantage par un prince faible et d'insolens étrangers.
Ce* argumens eurent l'effet que Leicester en attende. Les barons résolurent de remédier aux maux publics ca s'eroparant de l'administration. Henri ayant convoqué un parlement, ils s'y présentèrent armés de pied en cap et l'épée au côté. Le roi, frappé de cet appareil inusité, leur demanda s'ils avaient dessein d'attenter à sa liberté. Rogop Bigod lui répondit au nom.de tous qu'il n'était pas leur prisonnier, mais leur souverain; qu'ils voulaient seulement le prier de conférer l'autorité à ceux qui étaient capables et résolus de guérir les plaies de l'État. Henri, intimidé par cette union de la noblesse, souscrivit à leur demande, et promit de convoquer un autre parlement à Oxford, pour y rédiger un nouveau plan de gouvernement. Ce parlement, qui, à cause des troubles qu'il occasiona, fut appelé depuis le parlement insensé, nomma un conseil de vingtquatre naembre*qui fut investi d'une autorité sans bornes pour réformer le gouvernement. Leicester fut mis à la tète de ce conseil , et suggéra toutes les mesures qu'on, y prit. Dès-lors le pouvoir de l'État se trouva entre les mains des barons, la monarchie fut totalement renversée. Le roi et son fils Edouard se soumirent au* décisions des vingtquatre.
Le conseil publia enfin un nouveau code d'ordonnances pour la réformation de l'Étal; mais lorsque là nation vil que ces ordonnances ne consistaient qu'en quelques changemens dans le* lois municipales, elle rendit su faveur a la
couronne. Il ne resta plus guère aux vingt-quatre d'autre appui que le crédit de leurs propres familles. La rivalité éclata entre les comtes de Leicester et deGlocester. Le dernier, plus modéré dans ses vues , désirait arrêter ou suspendre les usurpations des barons; mais le premier, furieux de l'opposition qu'il rencontrait dans son propre parti, affecta de ne plus prendre intérêt aux affaires d'Angleterre et se retira en France.
A la mort du comte de Glocester qui s'était réuni au parti du roi, Leicester, revenu de France, forma une nouvelle ligue avec Llewellyn, prince de Galles (11263). H recommença l'insurrection avec la coopération de trente mille Gallois. Les excès de la faction furent tels dans toutes les provinces de l'Angleterre, que le roi consentit à confirmer de nouveau les réglemens d'Oxford , et les barons se retrouvèrent encore une fois en possession du royaume. Malgré la sage décision de saint Louis, roi de France, à l'arbitrage duquel les deux partis soumirent leurs différends, les hostilités continuèrent. Leicester battit l'armée royale à Lewes, dans le comté de Sussex (1264), fit le roi et son fils Edouard prisonniers et les envoya sous une garde sûre au château de Douvres.
Dès que Leicester vit toute la famille royale en son pouvoir, il n'agit plus qu'en maître du royaume; il convoqua un parlement composé en entier de ses partisans , qui décida que le pouvoir royal serait exercé par un conseil de neuf personnes choisies ou changées à la pluralité de trois autres, Leicester lui-même, le nouveau duc deGlocester et l'évèque de Chichester. A la faveur de ce plan de gouvernement , le sceptre se trouva réellement entre les mains de Leicester. Il convoqua un nouveau parlement â Londres (1265). Outre les barons de sa faction et plusieurs ecclésiastiques, il voulut que deux chevaliers de chaque comté y siégeassent, et, ce qui est encore plus
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remarquable, qu'il y eût des députés des bourgs, qui jusque-là n'avaient jamais été représentés dans le conseil national. C'est à cette époque qu'on doit faire remonter l'origine de la chambre des communes en Angleterre.
Cependant Leicester lassa les barons par sa tyrannie. Le nouveau comte de Glocester l'abandonna et se retira dans ses terres. L'audacieux Montfort le suivit avec une armée jusqu'à Hereford, conduisant avec lui le roi et son fils. Ce fut là qu'Edouard, qui avait concerté sa fuite avec Glocester, s'évada en sautant sur un cheval d'une vitesse extraordinaire. Les royalistes, secrètement préparés à cet événement, coururent aussitôt aux armes. Leicester, se trouvant tout-à-coup environné d'ennemis dans une province éloignée, écrivit à son fils, Simon de Montfort, de hâter son départ de Londres et d'accourir à son secours avec des troupes. Simon s'avança jusqu'à Kenilworth , où Edouard surprit son camp et dispersa son armée. Leicester, ignorant le sort de son fils, passa la Severn en bateau, et alla camper à Evesbam, dans l'espoir d'être joint d'un moment à l'autre par ses amis de Londres. Edouard, attentif à profiter de chaque moment favorable, parut bientôt à sa vue. Le combat commença aussitôt. L'armée des rebelles fut promptement culbutée. Leicester lui-même, ayant vainement demandé quartier, fut tué dans la chaleur de l'action avec son fils Henri. Le vieux roi, placé exprès par les barons au front de la bataille, et ne pouvant être reconnu des siens sous l'armure qui le couvrait , reçut une blessure et courut le danger de perdre la vie; mais il s'écria : « Je suis Henri de Winchester, votre roi. » Son fils vola alors à son secours, et le tira de la mêlée. La victoire d'Evesham et la mort de Leicester furent décisives pour les royalistes. La douceur naturelle du roi et la prudence de son fils empêchèrent toute réaction après le triomphe ; il y eut ara-
nîstie générale, excef*éîpour la maison de Montfort,eHa grande Ctiarte fat respectée.
Lorsque la tranquillité fttf réttfbiie dans le.royaume , le
. prince Edouard, entraîné par ®m amour; pointa ;gtotre et par les pressantes sollicitations de saint Louis, tcntar*me expédition contre les infidèles dans la Terre-Sainte $tâTO). Mais son absence fut la «cause de nouveaux malheurs en Angleterre: Les fois cessèrent d^être exécutées; tes barons opprimèrent te^miple avec impunité, et la popnlace de
- Londres reprit sa licence accoutumée. Le vieux roi, embarrassé des rênes d'un gouvernement au-dessus de ses forces, pressa le retour de son -fils. Accablé du poids des affaires et des infirmités d£ la vieillesse , il déclina de jour en jour, et expira à Edmond'sbury, dans la soixante-quatrième année de son âge et la cinquante-sixième de son règne. Il laissa deux fils : Edouard, son successeur; el Edmond , comte de Lancastre.
Edouard, en revenant de la Terr^Sainte , où il avait soutenu la gloire du nom anglais , s'arrêta en Sicile; ce fut là qu'il apprit la mort de son père. Il se remit aussitôt *n route , traversa la France où il rendit hommage à Philippe - le - Hardi pour les Etats qu'il possédait dans son royaume, et arriva en Angleterre. 11 fut reçu de son peuple avec des acelamations de joie , et couronné solennellement à Westminster par l'archevêque de Cantorbery (1272).
Le roi s'appliqua d'abord à faire cesser les désordres que les discordes civiles avaient introduites dans toutes les parties de l'administration. Il leva ensuite» une armée pour réduire à l'obéissance Lleweîlyn, prince de Galles, qui était entré dans toutes les conspirations contre la coutonne, et qui refusait de lui rendre hommage (1276). Lle- «wellyn se retira dans les montagnes de Sno^on; Edouard pénétra jusque dans le cœur du pays et te contraignit h