ÉDOUARD I
Les Écossais, malgré cette défaite, n'étaient pas domptés. Us choisirent Cummin pour régent. Ils surprirent Tannée anglaise (1299), et la mirent en fuite après un combat opiniâtre. Édouard fut obligé de recommencer la conquête du royaume; il s'y prépara avec sa vigueur et son habileté ordinaires, marcha victorieusement d'une extrémité de la contrée à l'autre, et força Cummin à se soumettre. Afin de rendre sa conquête durable, il abrogea les lois et les coutumes écossaises, rasa ou détruisit les divers monumens qui pouvaient rester des anciens temps, et s'efforça , par tous* les moyens, d'abolir le nom écossais. L'intrépide YVallnce, qui, au milieu de l'esclavage de sa patrie, s^obstinait à loi conserver sâ liberté, fut livré au roi d'Angleterre par sir John Monteith, son ami (1305). 11 fut conduit à Londres, chargé de chaînes , jugé comme traître et rebellé, quoFjn'iB n'eût jamais fait de serment de fidélité à l'Angleterre, et exécuté à Tower-HilL
Les Écossais s'indignèrent du traitement injuste et cruel 1 éprouvé par le protecteur de leur indépendance, et bientôt? un chef plus heureux se présenta pour les conduire à la' victoire et à la vengeance. Robert Bruce, fils de ce Robert qui avait disputé la couronne à Baliol , résolut de faire revivre les prétentions de son père, et de s'emparer du trône vacant. Après s'être évadé de Londres, où il avait suivi Edouard, il arriva en peu de jours à Dumfries, où il trouva un grand nombre de gentilshommes réunis, entre autres Cummin, avec lequel il avait précédemment vécu dans une étroite intimité. Bruce leur apprit qu'il venait vivre on mourir avec eux pour le salut de sa patrie. Ces sentimens magnanimes, soutenus des grâces de sa jeunesse et de son maintien assuré, firent utie profonde impression sur rassemblée. Tbus les gentilshommes jurèrent de faire les der* niers efforts pour seconder sa valeur. Cummin seul, qoî avait de secrètes intelligences avec Edouard j s'opposa à
cette noble résolution. Mais le traître n'attendit pas longtemps le châtiment de son crime; lorsque l'assemblée se fut séparée, Bruce le suivit et lui passa son épée au travers du corps.
Apres le meurtre de Cummin, le génie national sortit de son abattement, et Bruce fut couronné et sacré solennellement i Scone par l'évèque de Saint-Andrews. Les Anglais furent de nouveau chassés de l'Ecosse. Edouard assembla aussitôt une armée nombreuse, et se prépara à envahir une troisième fois les frontières; mais il tomba subitement malade à Carlisle et mourut (1307), dans la soixante-neuvième année de son âge et la trente -cinquième de son règne , recommandant à son fils et successeur de poursuivre son entreprise, et de ne pas laisser reposer l'Ecosse qu'il ne Feùt subjuguée.
Êdouard II, âgé de vingt-deux ans quand il monta sur le trône, était d'une figure agréable et d'un caractère doux. Au lieu de suivre le conseil de son père , il ne fit que se montrer en Ecosse > revint sur ses pas et congédia son armée. A ce seul trait de conduite, les barons com- ' «, prirent que l'autorité royale était tombée en de faibles mains et qu'il leur serait facile de la braver avec impunité. A peine Edouard fut-il maître de ses volontés, qu'il rappela auprès de lui Pierre Ga veston, gentilhomme gascon, que le feu roi avait exilé à cause de l'ascendant qu'il avait pris sur son fils; il lui donna le comté de Cornouailles, lui fit épouser sa nièce et parut n'apprécier la puissance suprême que parce qu'elle le mettait à même d'élever au faîte de la grandeur l'objet de ses affections. La fierté des barons se révolta de la haute fortune d'un favori dont ils méprisaient la naissance, et il se forma contre ui une ligue que soutint secrètement la reine Isabelle. Thomas, comte de Lancastre, cousin-germain du roi, se
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mit à la tête du parti qui méditait la chute de l'insolent étranger. Il se rendit au parlement, accompagné de ses adhérens armés, et demanda le bannissement de Gaveston (1308). Édouard consenlit aux conditions qu'on lui imposa; mais, au lieu de renvoyer le favori dans sa patrie, il le nomma son lieutenant en Irlande : quand il crut l'indignation générale apaisée, il se hasarda à le rappeler. Les barons se rendirent de nouveau au parlement, escortés d'une suite nombreuse de gens armés , forcèrent le roi à transférer à une junte toute l'autorité de la couronne et <Iu par- Jement , et exigèrent que Gaveston fût à perpétuité banni du royaume.
Edouard souscrivit à tout; mais, dès qu'il fut délivré de la crainte dont la 'puissance des barons l'avait frappé, il rappella Gaveston de la Flandre où il s'était retiré. Les barons , exaspérés, prirent les armes, le comte de Lancastre à leur tête. Gaveston, renfermé dans le fort de Scarborough, se vit forcé de capituler et de se rendre prison* nier : ses ennemis, au mépris des lois militaires et de la capitulation , lui firent trancher la tête par la main du bourreau (1312). Lorsqu'Edouard apprit la nouvelle du meurtre de son favori, il jura d'exercer sa vengeance sur tous ceux qui avaient pris part à cette scène sanglante; mais, plus capable de persévérance dans ses amitiés que dans ses ressentimens, il écouta des propositions d'accommodement, et accorda aux barons le pardon de t t ce qui s'était passé.
Depuis le départ des Anglais, presque toute l'Écosse avait reconnu l'autorité de Robert Bruce. Edouard, mettant sur pied toutes les forces militaires de son royaume pour frapper un coup décisif, marcha vers les frontières et rejoignit l'armée de Bruce à Bannockburn à deux milles de Stirling (1314). Après deux jours d'un combat opi- Jïttlre, les Anglais furent mil dans une déroute complète.
7$ HISTOIRE d'àAGLETERRE.
Les Écossais, outre un butin immense, firent plusieurs prisonniers de distinction et plus de quatre cents gentilshommes, dont la rançon fut un nouvel accroissement de richesses pour l'armée victorieuse. La journée de Baar nockburn rendit l'indépendance à l'Ecosse et affermit Bruce sur le trône.
. Après la mort deGaveston,le principal favori d'Edouard i fut Hugh Spenser, jeune homme issu d'une maison an^ ejenne et illustre. Il réunissait tous les talens et tous les agrémens extérieurs, mais il était dépourvu de modération et de prudence. Edouard ne lui eut pas plus tôt accordé ses préférences, qu'il devint odieux; le fougueux Lancastre et la plupart des autres seigneurs conspirèrent sa perte. Suivant leur habitude, ils prirent les armes et de- r mandèrent le renvoi de Spcnscr ; mais cette fois Lancastre fut vaincu. Il fut pris et conduit à Edouard qui, malgré la. douceur de son caractère , céda dans cette circonstance au désir de la vengéance : on plaça le prisonnier sur un mauvais cheval; et, après l'avoir ainsi exposé aux huées de la populace, on lui fit trancher la tète (1322).
. Des différends s'étaient élevés entre Édouard et Charfes-Ie-Bel, roi de France, au sujet de l'hommage de la Guyenne (1320). La reine Isabelle vint à Paris pour tâcher d'accommoder celte affaire avec son frère; elle trouva en France un grand nombre d'Anglais réfugiés, débris de la faction de Lancastre, et, parmi eux, le jeune baron Mortimer, dont les grâces personnelles captivèrent tellement le cœur de la princesse, qu'elle oublia bientôt tout sentiment d'honneur et de fidélité à sou époux. Édouard, instruit de cette circonstance , pressa la reine de revenir promptement en Angleterre avec son jeune fils, qui l'avait accompagnée; mais au lieu d'obéir à celte iujonction, elle déclara hautement qu'elle ne retournerait auprès de son mari que lorsqu'il aurait banni Spenser de ses conseils*
ÊDÔIURD II. ^
Gfftté déclaration acquit à Isabelle une grande popularité en Angleterre; elle résolut dès-lors la perte du roi et de son favori. «Après avoir fiancé son jeune fils avec Phîlippa, fille du comte de Hollande et de Hainault , elle enrôla près .de trois mille hommes d'armes à son service, fit voile du jport de Dortrecht, et descendit sans obstacle sur la côte de Norfolk (1326) : un grand nombre des plus puissant barons la joignirent immédiatement. Édouard, après avoir essayé vainement de réveiller le sentiment de leur devoir dans le cœur des citoyens de Londres , partit pour les provinces occidentales, et fut poursuivi jusqu'à Bristol par le comte de Kent , son propre frère. N'y trouvant pas plus de fidélité qu'à Londres, il passa dans la province de Galles, et laissa le commandement du château de Bristol au père de son favori Spenser ; mais la garnison se révolta et livra son gouverneur ù ses ennemis. Ce vénérable vieillard , âgé de près de quatre-vingt-dix ans , fut sur-le-champ condamné à mort par les barons rebelles, et eut la tête tranchée. Le roi s'embarqua alors pour l'Irlande ; mais, les vents contraires l'ayant repoussé sur la côte , il fut découvert, arrêté, et confiné, sous la garde du nouveau comte de Lancastre, dans le château de Kenilworlh. Le jeune Spenser tomba aussi au pouvoir de ses ennemis, et fut, comme coo père, exécuté sans aucune formalité légale. Isabelle convoqua un parlement à Westminster. Le roi fut déposé (furie voix unanime, comme incapable de régner, et son fils fut placé sur le trône (1327).
Mais il était impossible que le peuple anglais restât longr temps sans ouvrir les yeux sur la conduite d une reine qui avait détrôné son époux. Les preuves qu'on acquit chaque jour de son commerce criminel avec Mortiraer excitèrent l'aversion générale. A mesure qu'elle devint . l'objet de la haine publique, le monarque inspira de la pillé et du respect. Le comte de Lancastre, à qui sa per-
sonne était confiée, fut bientôt pénétré de ces sentimens généreux. Mortimer lui fit aussitôt retirer la garde de son prisonnier pour la donner à deux surveillans qui lui étaient vendus , et qui eurent ordre de hâter sa fin. Un jour, ils se saisirent de l'infortuné monarque, le jetèrent sur un lit, et au travers d'une corne lui introduisirent un fer rouge dans les entrailles. Telle fut la fin tragique d'Édouard , que la douceur de son caractère rendait incapable de gouverner un peuple remuant.