‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 22 sur 51 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

Règne d'Édouard III. — Invasions en France.

Le même parlement qui avait déposé Édouard II nomma un couseil de régence, composé de cinq prélats et sept pairs laïcs, et choisit le comte de Lancastre pour tuteur et protecteur du jeune roi Édouard III. Mortimer sut rendre ce conseil inutile en usurpant lui-même toute l'autorité souveraine. Lorsque le jeune roi fut parvenu à l'âge de dix-huit ans, il ne put supporter d'être dominé par cet audacieux ministre, et prépara secrètement sa chute. Il communiqua son intention à plusieurs gentilshommes, qui promirent de seconder ses vues. Mortimer fut surpris, sans défense, au château de Nottingham, et arrêté dans un appartement voisin de celui de la reine. On assembla aussitôt, pour lui faire son procès, un parlement qui le condamna sur la* prétendue notoriété des faits. Il fut pendu à un gibet dans les environs de Londres : la reine fut confinée dans sa maison, à Rising, et elle ne put jamais recouvrer ni crédit ni influence.

Larçqu'Édoiuard eut pris les rênes du gouvernement, il $tyxy*pa (jte corrige? les abus qui s'éfciient introduits sous l^lW^^^s^iAistwlions. Cherchant partout l'occar sion d'exercer son génie ambitieux, il porta ses armes en fiftffiftJMHp mtew un d^çendanjt de B^Mol (1332). Il hat& te? Écas^is; victoire ne lui propupa aueua

a^Jtogf. Son es,prit ardent se tourna ensuite vcw lu France, A y, int fait valoir vainement ses prétentions à la cou r. niiie de ce royapni.e , qu'il réclamait codifie n/eveu de Chartçs-le-Bci, et q^elcs pairs pjapèregt spn te tèl£ de Philippe de Valpis, U s'ajfe av$c le comte de Haiuauli , sqji he^jj-père, avec l'empereur d'Allemagne, et avec le brasseur Arte\yeW, cbtf des Flamands réy^. Aprfcs avoir obtenu rapprobau,w <Ju parlement pour cette grande enlrep$$p, il fit vQjle pour la Flajidffé, suivi d'ufl corps considérable d'Anglais et d'une grande partie de §9 noblesse. Compte les Flamands, vassaux de la France, mouraient quelque $erupi)Je à marchçr Cftntr.e leur seigneur lige, Edouard s'arrogea le titre de roi de France. Ses premières tentatives ne furent pus heureuses; mais U était d'up caractère trop entreprejwAt pppr se décourager dès les premiers obstacles. La confirmation des anpienoe§ chartes et des privilèges des bourgs lui fit accorder des sommes considérables par le parlement. 11 se rembarqua pour le comment, ay^c une (lotte de deux cent quints voiles, et rencontra, à la hauteur de l'Écluse, les forces, navales de Philippe, qui s'élevaient à quatre cents vaisseai^x. Le combat fut terrible et meurtrier (1340); irais la supériorité des archers et des matelots anglais procura la victoire à Édouard, Les Français pçr-dkeot deu* cent trente de leurs vaisseaux, trente mille hommes et deux amiraux. Aprô$ sueçès éclatent, Édouard, qui avait réuni ses aUiéf, vint, à la t&e d'une armée de plus de cent mille hûW&œ , wetfte $jége devaut Tournay . Philippe de

Valois accourut au secours de cette place avec toutes ses ' forces. Les deux armées s'observèrent pendant quelque temps sans oser en venir aux mains, et une trêve de douze mois suspendit les hostilités.

Edouard eut beaucoup de peine à recouvrer son autorité dans l'intérieur de son royaume, où les événemens de la guerre avec la France l'avaient affaiblie. Cette entreprise offrait d'ailleurs si peu de chances de succès, qu'il y aurait renoncé, si une révolution arrivée en Bretagne ne lui eût ouvert une perspective plus favorable. Jean III, duc de Bretagne, n'ayant pas d'enfans, et voulant prévenir les troubles auxquels sa succession exposerait ses sujets lorsqu'il ne serait plus, avait marié sa nièce à Charles de Blois, neveu du roi de France, et tous ses vassaux avaient juré fidélité aux nouveaux époux comme à leurs futurs souverains. Mais, à la mort du bon prince, son frère le comte de Montfort passa en Angleterre, et offrant de rendre hommage du duché de Bretagne à Edouard , en le reconnaissant roi de France, il lui proposa une étroite alliance entre eux poursoutenir mutuellement leurs prétentions. Edouard aperçut au premier coup-d'œil tous les avantages de ce traité et s'empressa de le conclure. Montfort, à son retour, commença aussitôt les hostilités contre le comte de Blois; mais, dès le commencement, il tomba entre les mains de ses ennemis; il fut conduit à Paris et renfermé dans la tour du Louvre (1342).

La comtesse de Montfort, la femme la plus extraordinaire de son siècle, n'eut pas plus tôt appris cette fatale nouvelle qu'elle assembla les habit ans de Rennes, déplora les malheurs de leur souverain et les conjura de s'unir à elle contre l'usurpateur qui leur avait été imposé par les armes de la France. Animée par l'exemple de la noble princesse, les États de Bretagne jurèrent avec acclamation de vivre et de mourir pour la défense des droits de sa maison.

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Èdouard résolut de venir en personne au secSurs de la comtesse. Il débarqua près de Vannes avec une armée de douze mille hommes. Philippe de Valois envoya contre lui le duc de Normandie, son fils aîné, à la tête de trente mille hommes dinfanterie et de quatre mille chevaux. Édouard, obligé de tirer toutes ses provisions d'Angleterre, n'osa xien entreprendre contre une armée si supérieure à la sienne, et accepta volontiers la médiation des légats du pape; une suspension d'armes de trois ans fut conclue entre les deux royaumes.

. Quoique la trêve fut convenue pour un temps assez long, sa durée fut très-courte. Le parlement anglais qui avait embrassé la cause du duc de Montfort avec chaleur accorda de nouveaux subsides à Edouard pour recommencer la guerre. Le comte de Derby fut envoyé en Guyenne avec une armée ; mais les succès du duc de Normandie décidèrent bientôt le roi à venir en personne se; courir celte province. Il s'embarqua à Southampton, accompagné de son fils le prince deGalles et de l'élite de la noblesse anglaise. Les vents contraires le forcèrent à changer la destination de son entreprise, et, par les conseils de Geoffroy d'Harcourt, il débarqua au cap de La Hague, sur la côte de Normandie. L'armée anglaise, ravageant les villes et les villages qu'elle rencontra sur sa route, s'avança jus* qu'à Rouen; mais elle trouva le pont de cette ville rompu, ainsi que tous ceux qui étaient sur la Seine jusqu'à Paris. Edouard s'aperçut alors que le projet des Français était de l'enfermer chez eux; il retourna promptement sur ses pas, fit réparer le pont de Poissy avec une diligence incroyable, y passa son armée et gagna la Flandre à marches forcées. Lorsqu'il s'approcha de la Somme, il se trouva dans le même embarras qu'auparavant ; tous les ponts de cette rivière étaient ou rompus, ou fortement gardés; cependant,

un paysan qui, dans cette circonstance , ue craignit pa$ <Je

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trahir les intérêts de sa patrie pour une récompense pt*ern qiaire , lui ayant indiqué un gué au-dessous d'Abbeville, il y marcha aussitôt, et passa la rivière en présence même d'un corps français. Il choisit ensuite un terrain avantageux près du village de Crécy, disposa son armée dans un ordre excellent et attendit tranquillement l'ennemi. Philippe de "Valois, se reposant sur l'avantage de sa supériorité numérique, partit d'Abbeville à la hâte et sans ordre; son immense armée arriva en présence de l'ennemi, mal formée sur trois lignes et déjà fatiguée. Le combat fut terrible pendant quelques momens, et le comte de.Warvick, inquiet de l'événement, dépêcha un officier au roi, qui s'était placé sur une hauteur d'où il examinait l'action , pour lui dire d'envoyer du secours au prince cle Galles. La première question d'Edouard fut de demander à l'officier si le prince était tué ou blessé. On lui répondit que non. a Eh bien! allez dire à mon fils, reprit-il, que je lui réserve la gloire de la journée; je compte qu'H se montrera digne de Thonneur que je viens de lui faire en l'armant chevalier, et qu'il achèvera de repousser l'ennemi sans mon secours. » Ces paroles, rapportées au prince et à sa troupe, redoublèrent leur courage; ils revinrent à la charge -contre les Français avec une nouvelle vigueur. Le comte d'Alençon fût tué dans cette attaque. Le roi de France s'avança vainement avec l'arrière -garde pour soutenir le corps d'armée de son frère. Toute l'armée française prit la fuite; les Anglais la poursuivirent et en firent un herriWi* carnage, jusqu'à ce que la nuit en dérobât les débris à leurs coups. Selon le calcul le plus modéré , il périt , dans cette funeste journée , plus de quarante mille Français. Un grand nombre de personnages de distinction, les dues de Lorraine et de Bourtkm, les comtes de Flandre, de Blois, de Vaudëmoût, Aumate, restèrent étendus sur te champ de bataille (1346). La bataille de Crécy fui teLpremièce bu-

Diy i lLdO Uy Goog le

*ame Rangée où les Anglais -firent usage des canons nouvellement inventés, et donton ne s'était encore servi que dans les sièges des places fortes.

Edouard, loin d'être enivré de ses succès jusqu'à se fhitter de conquérir la France entière, borna son ambition : à se Tendre maître de Calais, qui loi servirait de pied à $errc dans ce royaume. Apfès avoir don oéq ne Iques jours •au «ôin d ? entefrer les morts, H marcha avec son armée Victorieuse, et se présenta devant cette, place bien approvisionnée et défendue par Jean de Vienne, vaillant chevallier , né en Bourgogne. Voyant qu'il tenterait vainement remporter d'assaut, il résolut de la réduire, par la famine. Philippe de Valois s'efforça inutilement de secourir ^tas assiégés. Après un siège de douze mois, Jean de Vienne . sentit la nécessité de rendre une place dont les habitans étaient réduits aux abois par la famine et la fatigue. 11 demanda alors à capituler ; mais Edouard exigea que six des 1 citoyens les jplus considérables lui fussent envoyés pour qu'il en disposât comme bon lui semblerait, et qu'ils lui apportassent les «lefs de la ville, tète et pieds nus, avec la corde au cou. Cette nouvelle, rapportée dans la ville, augmenta la consternation des habitans. À la fin, Eustache de Saint-Pierre, dont le nom mérite d'être transmis à la , postérité, déclara qu'il se dévouait pour le salut de ses amis ét de ses compatriotes. D'autres, entraînés par son exemple, firent la même offre généreuse ; et le nombre des victimes fut bientôt complet. Ces héroïques citoyens parurent en présence d'Edouard comme des malfaiteurs; ils déposèrent à ses pieds les clefs de leur ville, et entendirent leur arrêt de mort. Mais la reine, à force de supplications, parvint à leur sauver la vie, et ils furent renvoyés avec des présens (1347).

Le roi prit possession de Calais, qu'il fit évacuer par les habitans et qu'il repeupla d'Anglais. Par le moyen des

négociations des légats du pape, il conclut, peu de temps après, une trêve avec la France. De retour en Angleterre, il institua Tordre de la Jarretière (1349), pour exciter l'esprit d'émulation parmi les grands. Le nombre des chevaliers! de cet ordre était de vingt-quatre , sans compter le souverain. Voici l'origine que Ton attribue vulgairement à cette institution. Dans un bal de la cour, la maîtresse du roi, la comtesse de Salisbury, laissa tomber sa jarretière ; le roi la ramassa; et, voyant quelques courtisans sourire, il s'écria à haute voix : Honni soit qui mal t pense ! En mémoire de cet événement, il institua Tordre de la Jarretière, et lui donna pour devise les mots que nous venons de rapporter.

Philippe de Valois mourut pendant la trèvé entre la France et l'Angleterre, et fut remplacé sur le trône par son fils Jean, qui vit son royaume déchiré par les troubles intérieurs et accablé par les guerres du dehors. La principale cause de ses calamités fut Charles de Navarre, surnommé le Mauvais. Ce prince, issu, par sa mère, du sang royal de France, n'aspirait à rien moins qu'à s'emparer du trône, et se forma un parti considérable dans tout le royaume. Le roi, informé de ses intrigues, l'attira à Rouen, le fit arrêter et conduire à Paris sous bonne escorte. Aussitôt Philippe, frère du roi de NavarreJ prit les armes et eut recours à la protection de l'Angleterre. Comme la trêve venait d'expirer, Edouard était libre de soutenir les Français mécontens. Le jeune prince de Galles, le vainqueur de Crécy, appelé communément le Prince-Noir, de la couleur de son armure, fut envoyé en Guyenne, et y commit impunément toutes sortes de ravages. Avec une armée qui ne s'élevait pas à plus de douze mille hommes, il se hasarda à pénétrer dans le cœur de la France. Jean, averti de l'invasion d'Edouard, mit plus de soixante mille hommes sur pied, et s'avança en

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toute hâte pour arrêter la marche de l'ennemi. Les deux armées se trouvèrent en présence à Maupertuis, près de Poitiers. Edouard se prépara au combat avec le courage d'un héros et la prudence d'un général expérimenté. Sa perte eût été certaine, si le roi de France avait su profiter de ses avantages, et se fût contenté de le cerner et d'intercepter ses convois. Le prince anglais, sentant tout le danger de sa position , demanda la paix , et offrit d'acheter sa retraite en restituant toutes les conquêtes qu'il avait faites pendant la campagne, et en s'engageant à ne pas servir de sept ans contre la France. Jean exigea qu'il se rendît prisonnier avec cent personnes de sa suite. Le prince rejeta cette condition avec dédain, et déclara que, quelque fût le sort qui l'attendit, jamais l'Angleterre n'aurait à payer sa rançon. Cette réponse fière détruisit tout espoir d'accommodement, et la bataille se livra le lendemain 19 septembre 1356. Elle fut longue et opiniâtre. Deux corps de l'armée française, saisis d'une terreur panique, ayant pris la fuite, le roi resta, avec sa division, exposé à toute la furie des Anglais. Épuisé de fatigue et accablé par le nombre , il eût été aisément tué, si tous les gentilshommes anglais, jaloux de la gloire de le prendre vif, ne l'avaient épargné dans l'action, en l'invitant à se rendre, et en lui promettant de respecter sa vie. Mais il ne cessait de crier : a Où est mon cousin le prince de Galles? » et semblait ne vouloir être le prisonnier de qui que ce fût d'inférieur à lui. Cependant, lorsqu'on lui eut dit que le prince était éloigné du champ de bataille, il jeta son gantelet et se rendit à Denis de Morbec, chevalier d'Arras. Son fils, blessé, fut pris avec lui.

La modération que montra le prince de Galles dans cette circonstance fait le plus grand honneur à son caractère. Dans un repas qu'il fit préparer sous sa tente pour les prisonniers , il servit lui-même le roi comme s'il eût été

un de ses officiers , et se tint debout derrière son fauteuil. Toutes les prétentions de son père à la couronne dé France semblaient oubliées, et Jean recevait dans sa captivité les honneurs qu'on lui contestait sur le trône. Edouard conduisit son prisonnier en Angleterre. Il débarqua à Southwarck (1357), où un concours immense de personnes de tout rang se trouva sur son passage. Le prisonnier, magnifiquement vêtu, montait un coursier blanc, remarquable par la richesse de son harnais ; le vainqueur marchait à son côté dans un appareil moins brillant, et monté sur un cheval noir. Le cortège traversa ainsi les rues de Londres , et le prince de Galles présenta le roi de France à son père, qui, s'étant avancé à la rencontré du monarque, l'accueillit avec autant de courtoisie que s'il fût venu lui rendre une visite d'amitié.

La captivité de Jean occasiona en France les troublés les plus funestes. Edouard fit bientôt une nouvelle invàsion, saccagea plusieurs provinces et bloqua Paris. S'apercevant enfin qu'il lui serait difficile de se faire reconnaître roi de France, il entama des négociations avec le Dauphin, qui exerçait l'autorité royale en l'absence de son père, et la paix se conclut à Bretigny, près de thartrfes, -par des commissaires français et anglais (1360). Ën verlii de ce traité, le roi d'Angleterre renonçait à ses prétentions sur la couronne de France et sur les provinces de Normandie, du Maine, de la Touraine et de l'Anjou, et devenait souverain, sous charge d'hommage, des provinces voisines de la Guyenne, telles que le Poitou, la Salntonge, l'Agenois, le Périgord,le Limousin , etc. Jean S'engageait à payer pour sa rançon 3,000,000 d'écus d'or ^environ 40 millions de francs), et à livrer quarante otages. Après la ratification du traité, Jèan fut rendu à la liberté et revint en France. Quelque dures que fussent les WndUion* q$$0i$ r itoposées, ce prince, naturelle-

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ment plein d'honneur, voulut les observer n quelque prix que ce fût. Ayant appris que son fïls le duc d'Anjou, l'un des ôtages envoyés à Londres, s'était évadé, il voulut, malgré les représentations de son conseil , retourner en Angleterre pour traiter <ïe la rançon du fugitif. Mais U tomba malade peu de temps après son arrivée, et mourut en laissant la couronne au Dauphin, qui prit le nom de Charles V.

Charles commença son règne en remédiant aux désordres dont la France gémissait. Après la paix de Bretigny, les aventuriers qui avaient suivi la fortune d'Edouard sous le nom de Grandes Compagnies ou de Compagnons, refusèrent de mettre bas les armes, et, continuant leur vie de rapine , devinrent la terreurdes paisibles habitans des provinces. Charles, pour débarrasser ses Etats tle ce fléau , les enrôla à son service, et chargea le vailtant Duguesclin de les conduire contre Pierre le Cruel/ •qui avait usurpé le trône de Castille. Pierre se sauva de ses Etats, se réfugia en Guyenne et implora la protection du -prince de Galles. Edouard promit son secours aufrionarque détrôné, et reprit à son service les Grandes Compagnies *|ui venaient de placer la couronne de Gastille sur la tête de Henri de Transtamare. Le prince anglais attaqua le nouveau roi à Najara, le battit et lui tua plus de vingt mille hommes. Pierre remonta sur le trône; mais Tingrat tyran réfusa de payer les sommes qu'il avait promises, et le Prince-Noir, voyant ses soldats périr tous les jours de maladie, fut obligé de s'en retourner en Guyenne sans avoir obtenu satisfaction (1367).

Poûr subvenir aux frais de cette expédition peu sage, le fils d'Edouard avait contracté des dettes si considérables, qu'a son retour il fut obligé d'imposer une nouvelle taxe su* la province de Guyenne. La noblesse , refusant de payer, porta ses plaintes à Charles V, comme à son seigneur suzô*

rain. Charles reçut rappel de ses sous-vassaux, et somma le prince de Galles de comparaître en la cour de ses pairs à Paris (1369). Le prince répondit qu'il viendrait à Paris, mais que ce sçrait à la tète de soixante mille hommes. Charles tomba d'abord sur le Ponthieu , tandis que ses frères, les ducs de Berry et d'Anjou, secondés par Duguesclin , envahissaient les provinces méridionales. Leurs progrès furent rapides; l'état de dépérissement où était le prince de Galles ne lui permettait plus de monter à cheval et d'agir avec son activité ordinaire ; il fut bientôt obligé d'abandonner le commandement et de retourner dans son pays natal. Les affaires de l'Angleterre dans le midi de la France parurent alors tout-à-fait désespérées. Edouard, pressé par la nécessité, fut contraint de conclure une trêve avec l'ennemi, après que toutes ses anciennes possessions en France lui eurent été enlevées, excepté Bordeaux et fiayonne, et toutes ses conquêtes, excepté Calais (1370).

La fin de la carrière du monarque était obscurcie par des nuages qui ne répondaient guère à l'éclat qui en avait marqué le commencement. Outre la perte de ses possessions étrangères , il sentit tous les jours la décadence de son autorité dans l'intérieur de son royaume. Dans la vigueur de l'âge, il s'était principalement livré à l'amour de la gloire et aux projets de l'ambition; mais vers la fin de *a vie, il s'abandonna à l'attrait du plaisir. Après une longue maladie de langueur, son fils le prince de Galles mourut dans la quarante-sixième année de son âge (1376), et laissa une mémoire immortalisée par les plus éminentes qualités et par une vie sans reproche. Le roi ne survécut iju'un an à ce fatal événement ; il expira dans la soixantecinquième année de son âge et la cinquante-unième de son règne. Le peuple ne sentit que plus tard la perte irréparable qu'il venait de faire.

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