CHAPITRE VII
Règnes de Richard II, de Henri IV, premier de la branche de Lancastre, et de Henri V.
Richard II, fils du Prince-Noir, n'était âgé que de onze ans à la mort de son grand-père. Comme le dernier roi n'avait pris aucun soin de former un plan d'administration pour le temps de la minorité de son petit-fils, il convenait que le parlement y pourvût à sa place. Dans cette circonstance, la chambre des communes prit l'initiative. A sa requête, la chambre des lords forma un conseil de neuf personnes, qui fut chargé de la direction des affaires publiques et de surveiller l'éducation du jeune ptfnce ; tout se fit au nom du roi mineur, et il n'y eut point de régence expressément établie.
Edouard avait laissé à son petit-fils des guerres dangereuses à soutenir. Les prétentions du duc de Lancastre à la couronne de Castille entretenaient toujours la lutte de ce royaume contre l'Angleterre. L'Ecosse était si étroitement alliée à la France que la guerre avec l'un de ces deux pays rallumait nécessairement avec l'autre. Charles V était mort, et son fils Charles Yl était mineur. Le duc de Lancastre conduisit une armée en Bretagne, et le duc de GIocesier, à la tête d'un corps de dix mille hommes, pénétra dans le cœur de la France (1380); mais cette expédition n'eut aucun résultat.
Les frais de ces armemens avaient épuisé le trésor. Pour y remédier, le parlement imposa une taxe de trois groais (douze sous) sur chaque personne au-dessus de l'âge de quinze ans. Cette imposition excita une révolte parmi le ï*uple. Le premier mouvement fut occasioné par un for-
geron du comté d'Essex. Les collecteurs vinrent à la forge de cet homme, et demandèrent la capitation de sa fille,
qu'il assurait n'avoir pas encore l'âge fixé par le statut. Un des collecteurs s'offrit à prouver le contraire et se saisit de la jeune fille; le père irrité de tant d'audace lui cassa la tète d'un coup de marteau. Les spectateurs applaudirent à cette action et s'écrièrent qu'il était temps que le peuple se vengeât de ses tyrans. On courut aux armes, et le feu de la sédition s'étendit en un instant dans les comtés voisins (1381). Les rebelles, au nombre de cent mille, s'assemblèrent sous leurs chefs, Wat Tyier etSlraw, à Blackheath, fondirent sur Londres, et exigèrent du jeune roi l'abolition de la servitude, et la liberté du commerce sans aucun droit ni impôt; on satisfit ù leurs demandes et on dressa une charte telle qu'ils la voulaient. Une de leurs bandes n'en continua pas moins ses ravages dans la Cité, força la Tour, et égorgea plusieurs personnes de distinction. Mais le roi parvint à les calmer en leur parlant avec douceur, et les emmena dans la campagne pour prévenir de nouveaux désordres^ Bientôt la haute noblesse et les gentilshommes ayant appris le danger que Richard avait couru, se pendirent à Londres avec leurs amis et leurs partisans, et le roi se mit en campagne à la tète d'une armée de quarante mille hommes. Les rebelles furent obligés de se soumettre; le parlement révoqua les chartes d'affranchissement et d'amnistie, et plusieurs chefs de la révolte furent punis sévèrement.
Richard s'abandonna, comme Edouard H, à ses favoris. Robert de Vère, comte d'Oxford , jeune homme de grande maison et d'une figure agréable, mais de mœurs très-corrompues, avait pris tant d'ascendant sur lui, qu'il régna pour ainsi dire en son nom. Un des oncles du roi, GIoccster, prince entreprenant et ambitieux, se mit à la tète d'une ligue contre le favori et l'obligea de se réfugier dans les Pays-Bas. La chambre des communes renversa lesminis-
1res du jeune roi , et prononça même une seiai etxe de^w contre sir Nicolas Bnembec, l'un d>eu*, qui fui exéaUty L'autorité souveraine fut confiée à un cansçU de douzv pci> sonnes. Mais l'année suivante ( 1389) . Richard , (jui avait atteint sa vfaKt-troisièiiie année, déclara au' élant Darveau à l'âge de majorité, il prétendait exercer m droits. Fer-r mue n'osa contredire une résolution si légitime. Richard usa modérément de l'autorité qu'il venait de ressaisir; nais il s'attira le mépris de la nation par sa conduite personnelle. Indolent, dissipateur, il passait sa vie dans la débasche et épuisait en prodigalités envers d'obscurs favoris les revenus qu'il aurait dû employer ù des entreprises uu% fe*ou honorables pour son peuple.
Glocestcr aperçut bientôt tous les avantages que lui don* riait la conduite dépravée du roi. H s'allia secrètement avec ous ceux que des griefc ou des raécontentemens parlieuiers «disposaient oontre l'administration. Richard, instruit tes dangereux complots de son oncle, le fit inopinément anêtar ( 13*7 ) et donna ordre qu'on Le conduisît à Calais pour y être retend* prisonnier. Les comtes d'Àruudei et de Wanrick furent arrêtés en même temps ; ils furent jugés et condamnés par le parlement; Àrundel fut exécuté, et Warwick banni à perpétuité. Le gouverneur de Calais reçut «asuite Tordre d'amener le duc de GJocester à Londres, pm<p*eson procès lui fût fait; mais le gouverneur répondit que ce prince venait de mourir dans sa forteresse d'iie attaque d'apoplexie, et l'opinion générale fut qu'il avjèfiéri par les ordres secrets de son neveu.
le duc de Lancastre étant mort, Henri d'Hereford , son fik , vit ses biens confisqués par Richard qui l'avait précédemment exilé pour dix ans, à la suite d'un différend qu'il avait eu avec le duc de Norfolk. Hereford avait, depuis longtemps, conquis l'estime publique par sa conduite et *>n habileté. Comme l'injure qu'il avait reçue du roi inté-
rasait^ pour ainsi dire, tous les grands, il lui fut aisé de les associer à son ressentiment. On plaignit ses malheurs, on murmura des injustices qu'il avait éprouvées, et tous les yeux se tournèrent vers lui , comme vers le seul homme capable de relever l'honneur de la nation et de redresser les abus du gouvernement.
Au milieu de cette disposition des esprits , Richard eut l'imprudence de s'embarquer pour l'Irlande, afin de venger la mort de son cousin Roger, comte de March,* qui venait d'être tué par les habitans de l'île dans une escarmouche, et de laisser son royaume ouvert aux entreprises de son ennemi outragé. Herefbrd s'embarqua à Nantes, suivi de soixante personnes, et descendit à Ravenspore en Yorkshire, où il fut joint par les comtes de Westmoreland et de Northumberland, les deux plus puissans barons d'Angleterre. Le mouvement devint bientôt général (1399); les mécontens coururent aux armes de toutes parts, et l'armée de Henri, se grossissant chaque jour, pendant sa marche, s'éleva en peu de temps à soixante mille hommes. Les troupes du duc d'York , qui avait été nommé régent pour le temps de l'absence du roi, ayant passé du côté des rebelles, le duc de Lancastrc se vit entièrement maître du royaume.
Richard, informé de cette révolte, revint précipitamment de l'Irlande avec un corps de vingt mille hommes. Mais cette armée, déjà si inférieure à celle des ennemis, déserta de jour en jour, et six mille hommes à peine restèrent fidèles à leur drapeau. Se voyant ainsi abandonné, le roi se réfugia dans nie d'Anglesea , où le comte de Northumberland, à force d'adresse et de faux sermens, se rendit maître de sa personne, et le livra à son ennemi. Richard fut conduit à Londres par Lancastre , que la populace révoltée reçut avec acclamation. Le roi captif fut mis en accusation devant le parlement et déposé, sous le prétexte de sa prétendue tyrannie et de sa mauvaise conduite. Le