‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 24 sur 51 · RICHARD II — HENRI IV · texte numérisé non relu

RICHARD II — HENRI IV

trône ayant été déclaré vacant, le duc de Lancastre en prit possession au nom de la sainte Trinité. Quant au prince déposé, l'histoire rapporte qu'il languit quinze jours dans sa prison, privé de toute nourriture, avant d'arriver au terme de ses malheurs. Il mourut dans la trente-quatrième année de son âge et la vingt-troisième de son règne, sans laisser d'enfans , ni légitimes, ui naturels.

Le nouveau roi , qui prit le nom de Henri IV, eut lieu de se convaiucre v dans le premier parlement qu'il assembla, du danger attaché au rang où il était monté et des obstacles qu'il trouverait à gouverner une aristocratie sans frein et toujours divisée par les factions. Dès le commencement de la session, les pairs, qui faisaient et défaisaient les rois, s'abandonnèrent au plus fougueux emportement : dans un seul jour, quarante gantelets, ce signal de la fureur de se battre, furent jetés sur le plancher de la chambre haute par des lords qui se défiaient mutuellement au combat; les noms de menteur et de traître retentirent de tous côtés. Le roi parvint cependant à empêcher toutes voies de fait entre ces illustres champions, mais il lui fut impossible de les réconcilier complètement.

La révolution arrivée en Angleterre et les troubles qui l'accompagnèrent enhardirent les Ecossais à renouveler leurs incursions. Henri, animé du désir de châtier leur audace, partit à la tète des barons qui l'avaient placé sur le trône et s'empara d'Edimbourg. Mais ne trouvant les Ecossais disposés ni à se soumettre, ni à recevoir la bataille, il reprit, après trois semaines, le chemin de ses Etats, et licencia son armée.

Quoique Henri, à son avènement à la couronne, eût créé le comte de Northumberland connétable à vie, et comblé sa famille de toutes les faveurs, l'ambitieux comte regardait cesfaveurs comme dues, et les moindres refus qu'il essuyait

88 uxsTOiJUt: d'Angleterre.

étaient à $fis yeux des injures. Il forma bientôt le projet de renverser le trône qu'il avait élevé. Il entra en correspondance avec Owen Glendour, chef des Gallois révoltés , avec Douglas, brave seigneur écossais, et fit prendre les armes à ses partisans (1403). Au moment où la guerre allait commencer, il tomba tout-a-coup malade à Bcrwick; le jeune Harry Piercy prit alors le commandement des troupes, pour joindre ses forces à celles de Glendour. Le roi avait heureusement une petite armée sur pied. Il se hâta de marcher à la rencontre des rebelles et les atteignit à Shrewsbury , avant que Glendour se fût joint à eux. Une action générale s'engagea sur-le-champ. Jamais combat ne fut plus terrible, ni plus opiniâtre. Henri exposa sa personne au plus fort de la mêlée; son valeureux fils, qui faisait alors ses premières armes, marcha sur les traces de son père, et persista, malgré la blessure d'une flèche qu'il avait reçue au visage, à rester sur le champ de bâtai II Piercy, de soncôlé, soutint la réputation qu'il s'était acquise dans plusieurs combats sanglans, Douglas fit d<v. actes de bravoure presque incroyables. Tandis qu'on co:\ battait avec un tel acharnement, une main inconnue décida la victoire en donnant la mort à Piercy, et les royalistes triomphèrent. Tant d'un côté que de l'autre, plus deux mille gentilshommes succombèrent dans la mêlé: . Les comtes de Worcestcr et de Douglas furent faits prisonniers : le premier eut la tète tranchée; le second fut traité avec les égards dus à son rang et à sa valeur.

Le comte de Norihumberland , après sa guérison, avr : levé une armée et s'était mis en marche pour rejoindre les rebelles; en apprenant la bataille de Shrewsbury, il co: gédia ses troupes et vint trouver le roi à York. Il prétend H n'avoir pris les armes que pour se rendre médiateur enti les deux partis. Henri feignit de se contenter de cette excuse, et lui pardonna. Deux ans après cependant (1407),

REKRI l v * 89

Je comte se mit à la tète cTun nouveau soulèvement , et fut tué daus une action à Bramham en Yorkshire. Cet événement, joint à la mort de Glendour , délivra Henri de ses ennemis intérieurs ; et ce prince , parvenu au trône par des moyeas si illégitimes, sut, à force de prudence, de valeur et d'adresse, prendre l'ascendant sur ses ailiers barons.

Si, pendant le règne de Henri, les communes soutinrent avec ardeur les libertés de la nation dans toutes leurs transactions avec la couronne, leurs efforts contre rÉglise ne furent pas moins extraordinaires. Pressées d'accorder des subsides au roi, elles lui proposèrent de s'emparer dfe tout le temporel du clergé. Le roi désapprouva la proposé tion, et la chambre haute rejeta le bill qu'elles avaient formulé pour dépouiller l'Église de ses revenus. La chambre basse ne se laissa point décourager par ce refus. Henri, dans la onzième année de son règne , eut recours à elle pour de nouveaux subsides. Elle fit alors le calcul de tous les revenus ecclésiastiques, qui se montaient à 85,000 marcs par an , et proposa de partager ces richesses entre quinze nouveaux comtes, quinze cents chevaliers, dix mille écuyers et cent hôpitaux. Cette requête fut accompagnée d'une autre pour obtenir un adoucissement aux statuts dressés contre les lottards, réformateurs wiclefites *, qu'on accusait d'hérésie. Le roi, qui craignait de se brouiller avec le clergé, répondit durement aux communes; et pour donner satisfaction à l'Église , il rît brûler un lollard avant la dissolution du parlement (1412).

Henri fut trop occupé à défendre sa couronne au dedans, pour avoir le loisir de porter ses vues au-dëhors. Sa

î Jean Wiclef, prêtre séculier , élevé à Oxford, avait commencé, vers les dernier* temps d'Edouard III, à répandre, par ses prédications et ses écrits , le germe d une réforme religieuse, et s'était fait plusieurs disciples de tous rangs et de tous états.

90 HISTOIRE d'aKGLETEHRE.

santé s'affaiblit sensiblement plusieurs mois avant sa mort; et quoiqu'il fût encore à la fleur de l'âge, sa fin paraissait prochaine. 11 mourut en effet à Westminster (1413), âgé de quarante-six ans, après en avoir régné treize. II laissa quatre fils : Henri, son successeur au trône; Thomas, duc deClarence; Jean, duc de Bedford; et Humphrey, duc de Glocester.

Henri V, après les égaremens d'une jeunesse dissipée , sentit, en montant sur le trône, la nécessité de réparer ses torts et de réformer sa conduite. Il assembla les compagnons de sa vie licencieuse, et les exhorta à suivre son exemple; mais il leur défendit de paraître devant lui jusqu'à ce que leur changement de mœurs fût complet, et les congédia en les comblant de bienfaits. Les ministres sages, qui du temps de son père s'étaient le plus élevés contre ses déréglemens, n'éprouvèrent de sa part que des témoignages de sa confiance et de sa faveur. La surprise de ceux qui s'attendaient à une conduite différente augmenta leur satisfaction, et le mérite du jeune prince parut plus éclatant que s'il n'eût jamais été obscurci par ses erreurs.

A cette époque, les lollards se multiplièrent de jour en jour dans le royaume; ils avaient pour chef sir John Oldcastle, lord Cobham, seigneur distingué par sa valeur. Son rang et son zèle pour la nouvelle secte le signalèrent comme une victime à la sévérité du clergé. L'archevêque de Cantorbery demanda la permission à Henri de dénoncer lord Cobham; ce prince, qui ne pouvait approuver ce mode sanguinaire de conversion, s efforça de ramener Cobham à la foi catholique, dans une conversation particulière ; mais il le trouva obstinément attaché à ses opinions, et se vit contraint d'abandonner l'hérétique à la rigueur ecclésiastique. Le primat dénonça Cobham et le fît condamner au feu ; mais il s/éyada de la Tour de Londres ,

irami v. 91

où îl était renfermé, avant le jour de l'exécution, et son fanatisme, animé par la persécution, l'entraîna dans les entreprises les plus criminelles. Il assigna un rendez-vous général à ses partisans, dans le but de s'emparer de la personne du [roi et de passer tous ses persécuteurs au [fil de Fépée. Henri, informé à temps du complot , se mit luimême en campagne et se saisit de tous les conjurés à mesure qu'ils se présentèrent. On en exécuta un grand nombre. Cobham échappa d'abord à son châtiment par la fuite; mais il fut arrêté quatre ans après; on le condamna à la potence comme traître, et au bûcher comme hérétique. Il subit sa sentence, et le peuple le regarda comme un martyr..

Les affaires de France vinrent faire diversion à ces querelles religieuses. La funeste maladie] du roi Charles VI et les troubles occasionés, par les factions des Armagnacs et des Bourguignons parurent à l'Angleterre des circonstances favorables pour porter la guerre dans le sein déchiré de ce royaume. Henri fit demander en mariage" Catherine, fille du roi de France, avec la pleine souveraineté de toutes les provinces que les armes de Philippe-Auguste avaient enlevées à l'Angleterre. Quelque exorbitante que fût cette demande, l'état de la France était si déplorable alors, que la cour consentit à accorder Catherine et la moitié des provinces. Henri refusa , et aussitôt il assembla une flotte et une armée formidable à Southampton. Après avoir déjoué une conspiration] formée contre lui , et fait exécuter le| comte de Cambridge, fils du duc d'York, qui en était le chef, il mit à la voile et débarqua à Harfleur, dont il s'empara (1415). Mais bientôt les fatigues et la chaleur immodérée de la saison affaiblirent tellement son armée, qu'il ne put tenter d'autre expédition, et qu'il [fut contraint de se diriger sur Calais pour trouver un lieu de sûreté. Arrivé sur les bords de la Somme , il se proposa de

passer celte rivière au même endroil où Édouard III s'était sauvé des mains de Philippe de Valois. Mais le comte d'Albrct, commandant de l'armée française, avait eu la précaution de rendre légué impraticable. Henri remonta alors la rivière et fut assez heureux pour surprendre un passage mal gardé, près de Saint-Quentin, où il fit passer son armée. Après avoir traversé la petite rivière de Ternois, a Blangi , il aperçut l'armée française rangée en bai aille dans la plaine d'Azincourt, et postée de manière qtfil ne pouvait continuer sa marche sans engager le combat. Sa situation était exactement semblable à celles d r Ëdouard à Crécy, et du Prince-Noir à Poitiers. Il se fortifia et attendit l'attaque de i'ennemi. Les archers français à cheval et leurs hommes d'armes s'avancèrent en rangs pressés sur les archers anglais; mais le sol naturellement gras, et trempé par des pluies récemment tombées, opposa un obstacle invincible à l'impétuosité de leur choc. Toute l'armée ne fut bientôt qu'une scène de confusion et de terreur, et les Anglais, avec leurs haches d'armes, tombèrent sur les Français, qui, dans la position où ils se trouvaient, ne pouvant ni fuir ni se défendre, furent mis ni pièces sans résistance. Jamais bataille ne fut plus fatale 3 la France, par la grande quantité de princes et de gens de distinction qui furent tués ou faits prisonniers. Le connétable, le comte de Nevers et le duc de Brabant, frères du duc de Bourgoguc, furent au nombre des morts; les ducs d'Orléans et de Bourbon furent pris.

Après la journée d'Azincourt , Henri continua sa marche sur Calais et conclut une trêve avec la France; les fureurs de la guerre civile continuèrent à déchirer ce malheureux royaume, et les difFérens partis qu'elle nourrissait dans son sein devinrent chaque jour plus acharnés les uns contre les autres. Henri descendit de nouveau en Normandie (1417), à la lèiede vin^l-cinq mille hommes, et

kokm v.

vint assiéger Rouen qui! prit après une résistance opiniâtre de la part des habiîans. Maître de Gisors et de Pontoise , il menaça bicntùl Paris et obligea la cour à se réfugier à Troyes. Au lieu de se réunir contre lui pour la défense commune, ses ennemis se montrèrent disposés» le chôisir peur l'instrument de leur vengeance les uns contre les autres. Ainsi une ligue offensive fut conclue A Arras entre l'Angleterre et le jeune ducale Bourgogne <> qui acquiesça à toutes los demandes qui lui furent fai^s. Henri se rendit à Troyes pour terminer cet étrange traité, dont les principaux articles étaient nue Charles VI jouirait pendant sa vie du titre et des honneurs de roi de "France; que Henri serait reconnu. et déclaré héritier de cette couronne, et prendrait, dès ce moment, les rênes •du gouvernement; que ce royaume passerait à ses héri^ tiers quelconques; et queues trempes anglaises se joindraient immédiatement à celles du roi Charles.VI et du duc de Bourgogne; pour soumettre les adhérens de Ohaples, .prétendu Dauphin. Ce traité, qui livrait la France -.aux Anglais, fut autorisé^par la reine Isàbeau de Bavière, d'odieuse mémoire.

(Peu de jours après, Henri épousa la princesse Catherine, emmena son beau-père à Paris, et prit possession de '*«ette capitule. 11 tourna aussitôt s^s armes avec succès contre le Dauphin, qui avait pris le litre de régent dès qull avait eu connaissance du traité de Troyes (1420). Ce ^iuce, repoussé au-delà de la Loire par les armées com-| famées d'Angleterre et de Bourgogne, paraissait menacé d'une ruine complète. Pour combler Ja prospérité de •Henri , la reine accoucha d'un fils , qui reçut le nom de son père, et dont la naissance fut célébrée par de pompeuses réjouissances à Paris et à Londres.

Mais, à la veille de parvenir au faîte de la gloire, Henri fut arrêté dans sa carrière. U fut attaqué de la fistule, ma-

ladie que la médecine, dans ces temps reculés , n'était pas encore parvenue à guérir. Sentant sa fin approcher, il consacra ses derniers instans aux affaires de son royaume et de sa famille , et aux devoirs de la religion. Il laissa la régence du royaume de France à l'aîné de ses frères, le duc de Bedford ; celle de l'Angleterre au plus jeune , le duc de Glocester ; et confia l'éducation de son fils au duc de Warwick. Il expira dans la trente-quatrième année de son âge, et la dixième de son règne (1422).

Page 1