CHAPITRE Vffl
Règnes de Henri VI, d'Edouard IV, premier de la branche d'York, et d'Edouard V. — Guerres de la Rose rouge et de la Rose blanche*
Loin d'avoir égard aux dispositions de Henri V, les lords et les communes s'arrogèrent le pouvoir de donna! une nouvelle forme à l'administration. Us nommèrent le duc de Bedford protecteur ou gardien du royaume, investirent le duc de Glocester de la même autorité pendant l'absence de son frère, et, pour limiter la puissance de ces deux princes, ils formèrent un conseil, sans l'approbation duquel ils ne devaient prendre aucune mesure importante. La personne et l'éducation du jeune roi furent confiées à Henri de Beaufort, évèque de Winchester, son grand-oncle. j
La conquête de la France fut le premier objet dont s'oc-' cupa le nouveau gouvernement. Le duc de Bourgogne continuait à poursuivre de son ressentiment le Dauphin, dont le père venait de mourir et qui s'était déclaré roi sous le nom de Charles VU. Bedford , afin de retenir le duc
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dans le parti anglais et de resserrer l'union nationale par des nœuds particuliers , épousa la princesse de Bourgogne. Il parvint ensuite à faire entrer le duc de Bretagne dans la ligue contre Charles, et reprit les opérations militaires. Il gagna en 1424 la bataille de Verneuil en Normandie , qui coûta au roi de France l'élite de ses troupes et de la noblesse du royaume, et après laquelle sa situation parut tout-à-fait désespérée. Mais une suite d'événemens imprévus vint arrêter le cours des triomphes du régent. Jacqueline, comtesse deHainauit et de Hollande, ayant abandonné son mari , le duc de Brabant , cousin du duc de Bourgogne, pour se réfugier en Angleterre où; elle épousa le duc de Glocester, la désunion commença entre les Anglais et les Bourguignons. Le duc de Bretagne se détacha de la ligue formée contre le roi de France, et le brave Dunois, bâtard d'Orléans, à la tète de trois mille hommes seulement, battit complètement le duc de Warwick devant Montargis (1426).
Le régent, indigné de la conduite du duc de Bretagne,. Fattaqua avec une armée, et le força à renoncer à l'alliance de Charles et à rendre hommage de son duché au roi Henri. Après s'être ainsi délivré d'un ennemi dangereux , le prince anglais résolut de s'emparer de la ville d'Orléans, située entre les provinces conquises par le roi d'Angleterre et celles que Charles possédait encore. Le comte de Salisbury s'approcha de la place avec une armée de dix mille hommes , et fut tué dans une reconnaissance par un boulet de canon. Le comte de Suffolk lui succéda dans le commandement des troupes, et investit complètement Orléans. Charles, désespérant de pouvoir mettre sur pied une armée qui osât s'approcher des retranchemens de l'ennemi , pensa à se retirer, avec les débris de ses forces, en Languedoc et en Dauphiné; mais il fut détourné de cette funeste résolution par les instances de Marie d'Anjou, son
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épouse, princesse d'un mérite et d'une prudence rares, et par les représentations de la belle Agn&s Sorel, sa mah tresse.
Dans cette terrible extrémité, une jeune paysanne ém YÎllagede Do m rem i en Lorraine, que l'histoire nomme Jeanne d'Arc, fut appelée par la Providence à relever le trône de son souverain (1429); elle eut des rêves» elle entendit des voix qui lui révélèrent que la France ne pouvais être sauvée que par le bras d'une femme. Une intrépidité rare lui fit mépriser tous les périls qui pouvaient accompagner une entreprise si hardie. Elle se rendit à Chmon, oh la cour de France résidait alors. Elle offrit au roi , an non* du suprême Créateur, de faire lever le siège d'Orléans, et de conduire Sa Majesté à Reims, pour y être sacrée et couronnée. Charles et ses ministres, ayant fait examiner la mission de Jeanne par une assemblée de docteurs et «le théologiens, qui déclarèrent qu'elle était surnaturelle, résolurent de profiter de l'enthousiasme guerrier et religieux de l'héroïne. Elle fut envoyée à Blofe, où Ton* avait préparé un convoi considérable destiné à secourir Orléans, et une armée de dix mille hommes l'accompagna. La sainte fille, à laquelle on donna dès-lors le surnom de Pncelte, prit et déploya une bannière bénie, où l'Elre-Su^ prême était représenté tenant dans ses mains le globe de I» terre entouré de fle«rs de lys. Les Anglais affectèrent d'abord de se moquer de la Pueelle et de sa mission divine. Suffelk n'osa cependant pas attaquer les Français qui kt suivaient; elle entra dans Orléans , revêtue de son costume guerrier et déployant son étendard, et fiit reçue comrae un libérateur céleste. Dès ce moment, les nabi la ns et la gavmson se crurent invincibles sous sa protection sacrée, et les Anglais consternés furent successivement ekassés de tontes les fortifications qu'ils avaient élevées autour de la Tille. Suffolk , sentant qu'il serait dangereux pour lui de
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rester plus long (emps en présence d'un ennemi si courageux, leva le siège et se retira sur Gergeau où il fut attaqué par les Français. Jeanne combattit en cette occasion avec son intrépidité ordinaire. Sufifolk fut pris. Peu de jours après, les restes de Farmée anglaise, sous les ordres de Falstaf, furent défaits et mis en déroute au village de Palay. Deux mille hommes périrent dans l'action; Talbot et Scales furent faits pvisonniers.
La Pucelle avait acquitté une partie de sa promesse; elle insista pour que Charles se pressât d exécuter la seconde entreprise, son couronnement à Reims. Cette ville, située dans une province reculée du royaume, était au pouvoir d'un ennemi victorieux, et la route qui y conduisait était couverte de troupes anglaises. Charles résolut cependant de suivre le3 exhortations de sa guerrière prophétesse; il se mit en route à la tète de douze mille hommes. Troyes et Chàlons lui ouvrirent leurs portes, et il fut reçu dans Reims, où s'accomplit la cérémonie de son couronnement.
Après le sacre de Charles VII, la Pucelle déclara que sa mission était remplie; mais le comte de Dunois l'engagea à persévérer jusqu'à l'entière expulsion des Anglais. En conséquence de ce conseil , elle pénétra dans la ville de Compiègne, qu'assiégeait alors le duc de Bourgogne, secondé des comtes d'Arundel et de Suffolk. Elle se trouva , dans une sortie, si entourée d'ennemis, qu'elle fut prise par les Bourguignons ( 1430). Le duc de Bedford, imaginant que la perte de celte femme extraordinaire qui avait arrêté tous ses succès, le mettrait à même de reprendre son ascendant sur la France, racheta la captive de Jean de Luxembourg, et lui fit faire son procès; elle fut jugée par une cour ecclésiastique, comme sorcière, impie et idolâtre , et fut condamnée à être brûlée vive sur la place du marché de Rouen. L'infàmc sentence fut exécutée (1431),
et la malheureuse victime expia par son supplice les servi* ces signalés qu'elle avait rendus à son roi et à sa patrie. .
Cet acte de cruauté, loin d'avancer les affaires des Anglais en France, rendit leur joug plus odieux. L'habileté de Bedford fut impuissante contre le penchant qui entraînait tous les Français à rentrer sous l'obéissance de leur souverain légitime. Le duc de Bourgogne lui-même, fatigué des hauteurs du régent, se détermina à se réunir à la maison royale de France, dont la sienne descendait. Un congrès fut assemblé à Arras, où les prétentions de Charles VII et de Philippe le Bon furent discutées et définitivement réglées (1435). Le duc de Bedford mourut à Rouen peu de jours après la conclusion de ce traité si funeste aux intérêts de l'Angleterre. Le duc d'York, envoyé par la cour pour lur succéder, trouva, à son arrivée, la capitale de la France déjà perdue.
Le cardinal de Winchester avait toujours appuyé toutes les propositions d'accommodement avec la France, et représenté l'impossibilité d'accomplir la conquête de ce royaume; mais le duc de Glocester, naturellement fier et présomptueux , ne pouvait renoncer à l'espoir de le subjuguer. Malgré son opposition, le comte de Suffblk, dévoué depuis long-temps au parti du cardinal, fut envoyé à Tours pour négocier avec les ministres français. On ne put s'entendre sur les conditions d'une paix durable ; mais on conclut une trêve de vingt mois (1443).
Henri VI était parvenu à sa vingt-troisième année, et son caractère ne paraissait plus douteux aux diverses factions du royaume : il était aisé de prévoir que son règne m serait une minorité perpétuelle. Comme il s'agissait de lut trouver une épouse, le duc de Glocester proposa la fille du comte d'Armagnac; mais les intrigues de Winchester et de SufFolk l'emportèrent et firent agréer Marguerite, fille de René d'Anjou , priticesse douée d'un courage mâle et d'ua