‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 26 sur 51 · HENRI VI · texte numérisé non relu

HENRI VI

esprit entreprenant. À peine le mariage fut-il conclu , que Marguerite se lia avec le cardinal et son parti, qui, fortifiés d'un patronage aussi puissant, résolurent la perte de Glocester. Pour exécuter ce projet, on convoqua un parlement, non à Londres, que Ton supposait trop affectionnée au duc, mais à Saint-Edmund'sbury (1447). Glocester, s'étant présenté à l'assemblée, fut accusé de trahison et arrêté; peu de jours après, on le trouva mort dans son fit ; quoique son corps ne portât aucune marque de violence, on ne douta point qu'il n'eût été sacrifié à la haine de ses ennemis.

Le cardinal de Winchester mourut six semaines après son neveu, dont le meurtre lui fut attribué, ainsi qu'à Suffolk , que la reine avait fait duc et premier ministre. Charles Vil trouva le moment favorable pour expulser les Anglais de son royaume. La Normandie fut envahie à la fois par quatre fortes armées : l'une sous les ordres du roi même; l'autre ayant le duc de Bretagne pour chef; la troisième, commandée par le ducd'Alençon, et la quatrième par le comte de Dunois. Charles acheva en un an la conquête de cette province importante (1449). Ses armes eurent le même succès en Guyenne, et les Anglais furent définitivement chassés d'une contrée qu'ils avaient possédée pendant trois siècles.

L'incapacité et la faiblesse de Henri se faisaient sentir tous les jours de plus en plus. Un concurrent à la couronne S'éleva : c'était Richard, duc d'York, premier prince du sang et fils du comte de Cambridge, décapité sous Henri V, et d'Aune Mortimer. Richard était vaillant et habile, et avait eu occasion de déployer ses excellentes qualités pendant son gouvernement de France et dans la répression d'une révolte en Irlande. 11 possédait une fortune immense, grossie par la réunion des successions de Cambridge et dTork d'un côté, et de celle des Mortimer de

l»autre. Ge dernier héritage s'était encore accru des terres > de Clarence et d-Ulster, et du patrimoine de la maison de Marcb. Son mariage avec la fille de Ralph Nevii , comte de Weslmoreland, avait étendu considérablement soOr, crédit parmi le corps formidable de la noblesse. Il était principalement lié avec le comte de Warwick, non moins,, puissant et non moins brave, et qui s'était rendu populaire* par la franchise de son caractère.

La fougue populaire, excitée à l'occasion de l'administration despotique de Suffolk, que ses ennemis parvinrent à faire bannir, et dont ils se défirent ensuite par un. meurtre, se déchaîna et produisit plusieurs séditions qui furent aussitôt réprimées; mais il en éclata une dans le, comté de Kent, qui eut les plus dangereuses conséquences. Un certain John Cade, aventurier irlandais, profita du mécontentement public pour concevoir les projets les plus criminels. Il prit le nom de John Mor limer, rassembla plus de vingt mille partisans et marcha vers Londres. Arrivé à Blackheath, il adressa à la cour un manifeste, dans lequel il développait les griefs de la province de Kent, et promettait de mettre bas les armes aussitôt qu'on y aurait remédié. Personne n'étant disposé à combattre des prétentions si raisonnables, le roi partit pour Kenilworth, et Londres ouvrit ses portes à. Cade. Il lui devint bientôt impossible de contenir l'humeur séditieuse de ses troupes; elles fondirent sur les maisons les plus riches qu'elles pillèrent; les citoyens, alarmés, fermèrent leurs portes, et, secondés, par un détachement que leur envoya lord Scales, gouverneur de la Tour, ils chassèrent les rebelles et entrent un grand carnage. On mit à prix la tête de Cade, et il fut tué par un gentilhomme de Sussex.

- La cour s'imagina que le duc d'York avait été l'instigateur de la tentative de Cade, et les ministres prirent contre lai toutes sortes de précautions. Le duc vit alors l'impossir

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MUÉ de rester dans sa condition de sujet et In nécessité d'aller en avant. Soutenu par la chambre des communes, il quitta l'Irlande, et vint, à la tète d'une armée de dix mille hommes, demander A la cour la réforme du gouveiv Hement et le renvoi de Somerset, qui avait succédé à -Sufrbîk dans le poste de premier ministre. Mais ayant trouvé les portes de la ville fermées, il se retira dans la province de Kent, où le roi le poursuivit avec une armée supérieure en nombre à la sienne, et le força à centrer ^ans le devoir. Le duc vivait donc dans la retraite, lorsque Henri fut attaqué d'une maladie qui augmenta tellement son Incapacité naturelle, qu'il lui devint même impossible de soutenir les apparences delà majesté souveraine (1454). lia reine et le conseil , se trouvant trop faibles pour résister au parti d'York, furent obligés de céder au torrent, lis envoyèrent Somerset à la Tour, et nommèrent Richard lieutenant du royaume: le parlement lui confirma en même temps le titre de protecteur. . ,

Cependant Henri se rétablit assez de sa maladie pour que les ennerais du duc d'York Fexcitassent à reprendre l'exercice de sa souveraineté, à faire sortir Somerset de la Tour, et à lui confier de nouveau les soins de l'administration. Richard, convaincu du danger de sa situation, leva une armée. 11 se livra une bataille à Saint-Albans(145&), *ù les Yorkistes tuèrent plus de cinq mille royalistes. Le roi lui-même tomba au pouvoir de son rival , qui le traita avec le plus grand respect, et l'obligea seulement à se dessaisir de «on autorité. Ce fut le premier sang versé dans cette querelle entre les maisons d'York et de Laacastre, qui dura au moins trente ans, qui coûta la vie â quatre-vingts princes du sang, et qui extermina presque entièrement toute l'ancienne noblesse d'Angleterre. Le caractère irrésolu de Richard l'empêcha de profiter 4e sa victoire. Marguerite , suppléant à la faiblesse de sa pufc-

sance par sa vigueur et son génie, rétablit son mari sur le trône. Une fausse réconciliation s opéra entre les deux partis, par l'entremise de l'archevêque de Canlorbery; mais il était évident qu'une querelle allumée pour la possession d'une couronne ne s'accommoderait pas si facilement, et que des flots de sang couleraient encore avant que la nation jouît d'un gouvernement fixe et affermi.

Bientôt, en effet, les deux factions reprirent les armes pour une insulte faite par un homme de la suite du roi à un des gens du comte de Warwick. Dans cette nouvelle lutte, chacun des deux partis prit un signe de ralliement : les Yorkistes adoptèrent une rose blanche, et les Lancastriens une rose rouge. Les Yorkistes, sous le commandement des comtes de Salisbury et de Warwick i remportèrent deux grandes victoires, Tune à Blore-Heath, et l'autre à Northampton (1460). Henri, cette ombre de roi, fut une seconde fois fait prisonnier. Un parlement fut convoqué à Westminster, où le duc d'York se rendit. Ce prince établit devant la chambre des pairs ses droits â la couronne, et les exhorta à rendre justice à l'héritier légitime. Les pairs, après quelques hésitations, déclarèrent enfin que les titres de Richard étaient indestructibles ; mais ils décidèrent en même temps que Henri garderait la couronne sa vie durant ; que l'administration des affaires resterait entre les mains de Richard, et qu'il serait reconnu héritier naturel et légitime de la monarchie.

Mais l'opiniâtre Marguerite n'abandonna point les droits de la maison de Lancastre. Après la défaite de Northampton, elle s'était enfuie avec son fils, encore enfant, dans les provinces septentrionales, où son affabilité, ses insinuations et son adresse, séduisirent les barons et lui procurèrent une armée de vingt mille hommes. Le duc d'York, instruit qu'elle se disposait à rentrer en Angleterre, se hâta de marcher à sa rencontre avec un corps de

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